LA NUIT JE SWITCHE

Be - - DRESS CO D E S -

c’est un choix que je vis bien, mais le fait est que per­sonne ne me dit qu’il aime mes fesses ou mes seins, que je suis jo­lie ou dé­si­rable”, ra­conte Ca­mille. “J’iJ’ima­gine que mon­trer mon corps et vvoir qu’il plaît, ou du moins sus­cite des ré­ac­tions, me fait me sen­tir sexy.” PreP­rendre du plai­sir à être re­gar­dée, ce­la s’ap­pelle de l’ex­hi­bi­tion­nisme, mai­mais dans le cas de notre strip­peuse, c’esc’est une fa­çon de vivre des mo­ments sex­sexués sans s’en­ga­ger. Et sans mor­fler. “CeCes at­ti­tudes ex­tra­ver­ties, un peu ex­trex­trêmes, sont une fa­çon de ne pas com­com­battre ses peurs, c’est une fuite en avaa­vant”, ana­lyse le pro­fes­seur Mi­chel Le­joLe­joyeux, chef des ser­vices psy­chia­trie et aad­dic­to­lo­gie des hô­pi­taux pa­ri­siens Bi­chBi­chat et Mai­son-Blanche et au­teur de “ChC­han­ger… en mieux”*. “Ces filles vont plus loin que la réa­li­té, pour évi­ter de l’af­fron­ter.” C’est sans doute ce qui ex­plique que Maud, 28 ans, ac­trice et, elle aus­si, “bor­der­night”, em­brasse (presque) chaque soir le pre­mier (moche) ve­nu alors qu’au­cun homme n’est as­sez bien pour elle dans la vraie vie. Se lan­cer (et se trom­per) l’ef­fraie tant qu’elle passe de po­ten­tielle amou­reuse à se­rial al­lu­meuse. ême mé­ca­nisme de pro­tec­tion chez Syl­vie qui, alors qu’elle est les­bienne et en couple, couche par­fois avec des hommes lors­qu’elle sort. Le switch de per­son­na­li­té se mue alors en chan­ge­ment de sexua­li­té. “Lorsque ce­la m’ar­rive, il s’agit tou­jours d’un illustre in­con­nu avec qui les choses sont ex­trê­me­ment claires, ça n’ira pas plus loin”, ex­plique la jeune femme : “ça me per­met de sé­duire sans consi­dé­rer que je dé­rape et sans ris­quer de tom­ber amou­reuse.” Ce­la dit, la nuit, tous les chats ne sont pas bi : les filles qui em­brassent leur meilleure amie pour at­ti­rer le flash du pho­to­graphe

Mde la soi­rée ne comptent pas par­mi les swit­cheuses. Cer­taines cèdent sim­ple­ment da­van­tage à leurs pul­sions sexuelles que d’autres. Chez ces filles, le sur­moi (cette ins­tance psy­cho­lo­gique freu­dienne qui nous em­pêche de faire tout ce que nous dicte notre ani­ma­li­té, pour pou­voir vivre en so­cié­té) dé­raille par­fois. “Un sur­moi qui n’as­sure pas son rôle de juge peut ve­nir d’une édu­ca­tion trop coer­ci­tive”, es­time le pro­fes­seur Le­joyeux. “Ré­pri­més parce qu’in­ter­dits dans l’en­fance, les dé­si­rs pro­fonds se ré­voltent et ex­plosent par­fois. À l’in­verse, une édu­ca­tion très ou­verte où l’on en­cou­rage la li­bé­ra­tion des af­fects peut aus­si ex­pli­quer la nor­ma­li­sa­tion de cette perte de contrôle tem­po­raire.” L’édu­ca­tion, OE­dipe, pa­pa et ma­man ne sont néan­moins pas seuls res­pon­sables de la trans­for­ma­tion noc­turne de nos bi­po­laires de la night. “Ce­la se joue beau­coup au ni­veau in­di­vi­duel, mais la crise éco­no­mique et la so­cié­té ac­tuelle n’y sont pas pour rien”, avance Mi­chel Le­joyeux. “Une pen­sée ab­so­lu­tiste am­biante pousse à consi­dé­rer la réa­li­té comme un « tout ou rien ». Soit on se dit : « Ma vie part à la dé­rive avec le monde et je peux adop­ter des com­por­te­ments ex­trêmes », soit : « Je vais ex­cel­ler pour dé­pas­ser la crise. »” Ré­sul­tat : on se laisse (un peu trop) al­ler ou au contraire, de ses amours à son job en pas­sant par son corps, on es­saie de tout contrô­ler. Pour celles qui choi­sissent la se­conde op­tion, la pres­sion est constante. Ce­la d’au­tant plus dans la sphère pro­fes­sion­nelle où le cli­mat est à l’agres­si­vi­té : vendre plus, en moins de temps, pis­ter de nou­veaux clients… Il faut alors trou­ver une sou­pape avant d’ex­plo­ser. Plus de huit Fran­çais sur dix consi­dèrent que pou­voir se lais­ser al­ler est in­dis­pen­sable dans leur vie, et plus de 60 % d’entre eux, dont 65 % de femmes, es­timent que si leur be­soin de lâ­cher prise est aus­si fort,

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