POU­PÉE DE SOI

Be - - TOUT DE SUITE - — ANNE- LAURE GRIVEAU

Avec plus de 567 mil­lions de dol­lars de chiffre d’af­faires en 2012 (425 mil­lions d’eu­ros) et des ventes en hausse en 2013, les pou­pées Ame­ri­can Girl com­mencent à mar­cher sur les ta­lons de Bar­bie, éga­le­ment pro­prié­té du géant Mat­tel. Ce suc­cès, la marque l’a construit en pro­po­sant aux pe­tites filles de cus­to­mi­ser un jouet à leur image. Che­veux, yeux, vê­te­ments, cou­leur de peau : la pou­pée de­vient un re­flet que l’on ap­pri­voise. “Dans notre so­cié­té du « me, my­self and I », il n’y a plus de hé­ros, à part soi-même”, ex­plique Yves La­mon­tagne, psy­chiatre et co­au­teur de “La San­té men­tale des en­fants et des ado­les­cents”*. “C’est une forme de cé­lé­bra­tion de l’in­di­vi­du par la­quelle on dit à l’en­fant com­bien il est im­por­tant puis­qu’il a un ob­jet à son ef­fi­gie”, ajoute Ilo­na Sz­warc**, pho­to­graphe de 29 ans ori­gi­naire de Po­logne, qui, à force

INS­PI­RÉE PAR LA “SEL­FIE-MA­NIA” QUI SÉ­VIT SUR LES RÉ­SEAUX SO­CIAUX, L’IN­DUS­TRIE DU JOUET A TROU­VÉ UN FI­LON

JU­TEUX : DES POU­PÉES QUI RES­SEMBLENT TRAIT POUR TRAIT (OU PRESQUE) À LEURS PRO­PRIÉ­TAIRES.

de croi­ser ces éton­nants bi­nômes (moi + mon mi­ni­moi) dans les rues de New York, où elle s’est ins­tal­lée, a dé­ci­dé de ti­rer le por­trait de cette gé­né­ra­tion d’”Ame­ri­can Girls”. Al­ter ego, pe­tite soeur ou meilleure amie : elle a ob­ser­vé au­tant d’usages que de su­jets, soit une cen­taine de “ju­melles” im­mor­ta­li­sées dans leur chambre ou leur jar­din (pho­to ci-des­sus). Pour Ilo­na Sz­warc comme pour Yves La­mon­tagne, ces jouets sont un ou­til de construc­tion de l’iden­ti­té. “Pour pou­voir se re­pré­sen­ter dans une pou­pée, la pe­tite fille va de­voir se de­man­der qui elle est et qui elle vou­drait être, ex­plique le psy­chiatre. C’est un bon moyen de voir comment elle se per­çoit, si elle s’idéa­lise ou se dé­nigre. Sa vi­sion se­ra sou­vent fan­tas­mée, mais c’est bon pour l’es­time de soi.” Fan­tas­mée, certes, mais aus­si, par­fois, for­ma­tée, se­lon Ilo­na Sz­warc. “Ces pou­pées ne sont pas si uniques que ce­la, on peut sur­tout per­son­na­li­ser leurs vê­te­ments et leurs che­veux. Ce­la veut-il dire que l’in­di­vi­dua­li­té de la femme ne passe que par le style ?”, s’in­ter­roge-t-elle. “Beau­coup plus réa­liste que Bar­bie, Ame­ri­can Girl offre néan­moins aux pe­tites filles une autre vi­sion du corps”, ajoute l’ar­tiste, dont le tra­vail ques­tionne aus­si la construc­tion de la fé­mi­ni­té et des sté­réo­types. Le phé­no­mène ne touche pas que les États-Unis. Au Royaume-Uni, Ma­kies réa­lise une pou­pée à votre image ; au Ja­pon, un Pho­to­ma­ton 3D vous trans­forme en fi­gu­rine ul­tra réa­liste ; en France, Re­born pro­pose des bé­bés per­son­na­li­sés plus vrais que na­ture... Et puis il y a Mi­ley Cy­rus : dans le clip de “We Can’t Stop”, la chan­teuse em­brasse une pou­pée qui lui res­semble. Le “self­kiss”, ce bai­ser que l’on se donne à soi-même, est lui aus­si un must du mo­ment. *Bé­li­veau Édi­teur. Sor­tie le 18 sep­tembre. **ilo­nasz­warc.com/ame­ri­can-girls.

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