‘‘Il y a bien sûr une dis­pro­por­tion entre l’in­té­rêt que je sus­cite et ce que je fais, qui je suis’’

Be - - DRESS CO D E S -

Si vous de­viez choi­sir une musique d’as­cen­seur... Ah oui, c’est sou­vent les pires chan­sons de l’uni­vers ! Hum... du James Blake peut-être. Ou alors la mienne ! Vous pré­fé­rez l’as­cen­sion ou la des­cente ? L’as­cen­sion, évi­dem­ment. Ça fait la tran­si­tion avec votre car­rière... Mais, tu ne peux pas mon­ter à l’in­fi­ni. Un jour, il faut sa­voir re­des­cendre. [Si­lence.] Et ça vaut pour ma car­rière. Est-ce que vous re­dou­tez les sem­pi­ter­nelles mêmes ques­tions ? Genre ? Ça fait quoi de jouer l’ivrogne pour le clip de « For­mi­dable » ? « Pa­paou­tai », c’est un clin d’oeil à votre père, tué au Rwan­da quand vous aviez 12 ans ?... Que les jour­na­listes me posent les mêmes ques­tions ne me dé­range pas. D’abord, c’est une thé­ra­pie, ça me force à ré­flé­chir sur moi. Et au fond, mes ré­ponses ne sont ja­mais tout à fait les mêmes. Le mo­ment, l’in­ter­lo­cu­teur, mon hu­meur, à chaque fois c’est dif­fé­rent. Mes ré­ponses s’af­finent, chaque in­ter­view amé­liore la sui­vante. C’est las­sant de par­ler de soi ? C’est un exer­cice de mé­ga­lo­ma­nie. Il y a bien sûr une dis­pro­por­tion entre l’in­té­rêt que je sus­cite et ce que je fais, qui je suis. Mais at­ten­tion, je ne dis pas que je ne le cherche pas. Comme tous les ar­tistes, je suis un grand nar­cis­sique. Ça vous ar­rive de vous sen­tir bri­dé au mo­ment de l’écri­ture ? Au dé­but, oui. J’avais du mal à si­tuer les li­mites de mon in­ti­mi­té. Main­te­nant, je ne cal­cule plus quand j’écris. Je m’en re­mets à ma sin­cé­ri­té. Si j’ai un thème au­quel je tiens, je n’en suis plus à me de­man­der si j’ose, mais comment et avec quels mots j’en parle. La chan­son de votre al­bum que vous pré­fé­rez ? En gé­né­ral, c’est celle que je fais en der­nier, parce que je ne m’en suis pas en­core las­sé. Di­sons “Moules-Frites”, je l’ai ré­ac­tua­li­sée plu­sieurs fois, jus­qu’au bout. Elle a un cô­té bien belge, au-de­là des moules et des frites. Elle ra­conte quoi ? Un homme qui aime s’amu­ser, sexuel­le­ment par­lant, et un jour, il at­trape une MST. Et puis, il meurt. Ah. On re­trouve là votre goût pour le mé­lange de gaie­té et de gra­vi­té... Je suis un peu dé­çu par la vie. Vous vous at­ten­diez à mieux ? Au dé­but, c’était dans le con­trat : tu te ma­ries, tu as des en­fants... Et je me rends compte que c’est plus com­pli­qué. L’arnaque to­tale. [Rires.] Plus sé­rieu­se­ment, vous avez cette “bi­po­la­ri­té” en vous ? Tout à fait. Un jour­na­liste m’a de­man­dé où je trou­vais ma mé­lan­co­lie, celle de “Alors on danse”. Je lui ai ré­pon­du : “La nuit, en dis­co­thèque.” On y ob­serve une joie obli­ga­toire, ar­ro­sée au cham­pagne, qui cache mal beau­coup de tris­tesse et de so­li­tude. Vos po­los ba­rio­lés, si­gnés Co­ra­lie Bar­bier, c’est un peu comme ce cham­pagne, un trompe-l’oeil ? Peut-être. C’est mar­rant, parce que les mo­tifs sont ins­pi­rés d’un maître du trompe-l’oeil, un ar­chi­tecte qui s’ap­pe­lait M.C. Escher. Vous con­nais­sez ?

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