Soeur-moi fort

Be - - SOMMAIRE - — MOR­GANE

LES OLSEN, DE­LE­VINGNE, CRUZ, MIDDLETON, CASTA, FAN­NING... À DEUX (OU PLUS), ELLES VOIENT LEUR AU­RA MUL­TI­PLIÉE PAR DIX. AVOIR UNE FRANGINE, LA CLÉ DU BON­HEUR ?

Vous ve­nez de vous dis­pu­ter avec votre soeur qui ne vous a pas ren­du votre paire de boots Acne de­puis trois mois (ni votre mec d’ailleurs), et vous lui re­pro­chez tous les mal­heurs du monde ? Par­don­nez ! Car si l’on en croit une en­quête réa­li­sée par le pro­fes­seur de psy­cho­lo­gie To­ny Cas­si­dy de l’Uni­ver­si­té d’Ul­ster (Ir­lande), les per­sonnes ayant une soeur sont gé­né­ra­le­ment plus “aptes au bon­heur”. Comment ex­pli­quer ce­la ? L’étude, me­née au­près de 600 adultes de 17 à 25 ans, ex­plique que “les soeurs en­cou­ragent vi­si­ble­ment plus à la com­mu­ni­ca­tion et à la co­hé­sion dans les fa­milles. Or l’ex­pres­sion des émo­tions est fon­da­men­tale pour une bonne san­té psy­cho­lo­gique. Les femmes ayant des soeurs tendent à être plus in­dé­pen­dantes et plus ac­com­plies ”. Ces ré­sul­tats sont en­core plus im­por­tants au sein des fa­milles re­com­po­sées : “Les soeurs ont ten­dance à s’ap­puyer les unes sur les autres en cas de di­vorce”, ana­lyse le cher­cheur. Ex­té­rio­ri­ser ses émo­tions, se confier, évo­quer ses sen­ti­ments, aide à se sen­tir bien, et les filles sont les meilleures à ce jeu-là. Les jeunes hommes son­dés n’ayant que des frères ont ob­te­nu les ré­sul­tats “les plus faibles”. Pour la psy­cha­na­lyste Lis­beth von Be­ne­dek, au­teure de “Frères et soeurs pour la vie” (éd. Ey­rolles), “on ne peut pas gé­né­ra­li­ser, mais un frère va pré­fé­rer for­ger son iden­ti­té mas­cu­line en jouant avec ses co­pains plu­tôt qu’écou­ter les pro­blèmes émo­tion­nels de sa soeur”. Une autre rai­son de l’épa­nouis­se­ment des soeurs tient à ce que Maryse Vaillant ap­pelle dans son livre “Entre soeurs, une ques­tion de fé­mi­ni­té” (éd. Al­bin Mi­chel) “le com­plexe des Pléiades”. Dans la my­tho­lo­gie, les Pléiades étaient sept soeurs qui se par­ta­geaient les fa­veurs de Zeus et de Po­séi­don. Dans la réa­li­té, ce sont les filles d’une fa­mille toutes amou­reuses de leur père. Quand on a une soeur, on en fi­nit plus vite avec le com­plexe d’OE­dipe, car on voit as­sez ra­pi­de­ment le pa­ter­nel re­por­ter son amour sur la pe­tite der­nière. En réa­li­sant qu’il n’est pas l’homme de notre vie, on par­vient beau­coup plus vite à de­ve­nir une jeune femme ac­com­plie.

UN MI­ROIR AVANTAGEUX

Beau­coup de filles voient aus­si en leur soeur (comme en une mère) une hé­roïne, un mo­dèle, un mi­roir avantageux. Alys­son et Va­nes­sa Pa­ra­dis, Ni­cky et Pa­ris Hil­ton, Ma­rie-Ange et Lae­ti­tia Casta, Liz­zie et Geor­gia May Jag­ger, Mo­ni­ca et Pe­né­lope Cruz, Au­drey et Alexandra La­my, Car­la Bru­ni-Sar­ko­zy et Va­le­ria Bru­ni-Te­des­chi... Sou­vent, la grande soeur ouvre la voix à la ca­dette, qui veut être comme elle plus tard, réus­sir elle aus­si et se faire un pré­nom. Lis­beth von Be­ne­dek ex­plique : “Tout en­fant qui gran­dit au sein d’une fra­trie se construit en fonc­tion de l’iden­ti­fi­ca­tion po­si­tive ou né­ga­tive à son frère et à sa soeur. Une pe­tite soeur au­ra plu­tôt ten­dance à ad­mi­rer, dans un pre­mier temps, en tout cas, sa grande soeur, jus­qu’au mo­ment où la ri­va­li­té in­ter­vient.” Et il est vrai que l’en­vie s’en mêle sou­vent. En gran­dis­sant, il ar­rive que l’une de­vienne plus jo­lie que l’autre, ait plus de suc­cès, qu’on les com­pare... Toutes les fa­milles ont leurs pro­blèmes et la re­la­tion so­ro­rale com­porte son lot de dis­putes et d’am­bi­guï­té amour-haine. “Elle a tou­jours été la pré­fé­rée de pa­pa”, “Ma­man lui par­donne tout”... On pense à Pip­pa Middleton vo­lant la ve­dette à Kate lors du ma­riage

prin­cier grâce à ses fesses sculp­tu­rales mou­lées dans une robe par­ti­cu­liè­re­ment bien choi­sie. Dans son livre d’au­to­fic­tion “Une fa­mille” (éd. Grasset), la DJette et ro­man­cière Cléo Le-Tan parle de sa pré­cieuse grande soeur, Olym­pia (sous le pseu­do de Pé­né­lope) avec beau­coup d’ad­mi­ra­tion et de sen­si­bi­li­té. Elle ra­conte : “Pé­né­lope s’est oc­cu­pée de Wi­lo (Cléo) comme si c’était sa fille. Wi­lo la connaît mieux qu’elle ne se connaît elle-même. Et Pé­né­lope peut lire les émo­tions de sa soeur aus­si fa­ci­le­ment que les pages d’un livre d’en­fant. C’est elle qui a fait la plus grande par­tie de son édu­ca­tion, et Wi­lo en est fière. Quand les deux soeurs ne s’en­tendent pas, elles peuvent se dé­tes­ter en­core plus fort qu’elles s’aiment. La gé­né­ro­si­té de Pé­né­lope plaît à Wi­lo, elle est fas­ci­née par sa grâce, sa pré­sence.” D’après Lis­beth von Be­ne­dek : “Au-de­là des que­relles, le groupe de la fra­trie a ten­dance à res­ser­rer les rangs et à faire corps pour pro­té­ger un de ses membres des agres­sions ve­nant de quel­qu’un

d’ex­té­rieur à la fa­mille. D’une ma­nière gé­né­rale, ce n’est pas tant la soeur qui ap­porte le bon­heur, ou plu­tôt le bien-être, la joie de vivre, que la di­men­sion fé­mi­nine construc­tive, c’est-à-dire la ca­pa­ci­té à être en lien pro­fond avec soi-même et avec au­trui – par la voie de la mère, de la soeur – qui per­met un ac­cès à l’épa­nouis­se­ment.”

COM­PLÉ­MEN­TAIRES

Com­plices, fu­sion­nelles, sem­blables et im­pré­gnées de la même édu­ca­tion, beau­coup de fran­gines fi­nissent par tra­vailler en­semble. Comme les six soeurs Ably – Alice, Lu­cie, Jeanne, Su­zanne, An­gèle et Ma­de­leine – qui, toutes mor­dues de mode, ont uni leurs ta­lents pour fon­der la marque Six­soeurs, une e-bou­tique re­grou­pant une sé­lec­tion poin­tue de vê­te­ments vin­tage (lire té­moi­gnage ci-contre). Une aven­ture que connaissent bien aus­si les deux soeurs d’It Mylk, une en­tre­prise de yaourts gla­cés 0 %, très hype. “Nous sommes plu­tôt com­plé­men­taires dans nos com­pé­tences et nos goûts, ex­plique Ma­thilde, la moi­tié du duo. Avec du re­cul et après avoir tra­ver­sé des pé­riodes dif­fi­ciles, nous ne sommes pas sûres que nous y se­rions par­ve­nues avec quel­qu’un d’autre. Le lien fa­mi­lial étant plus im­por­tant que tout et in­cas­sable, il nous a obli­gées à nous re­mettre en ques­tion, à re­la­ti­vi­ser, et à trou­ver des so­lu­tions quand nous au­rions pu tout aban­don­ner. Le ton peut vite mon­ter, il n’y a pas de bar­rière de lan­gage ni de re­te­nue, con­trai­re­ment à un col­la­bo­ra­teur tra­di­tion­nel. Les re­la­tions de tra­vail sont plus pas­sion­nées. Mais la confiance et les va­leurs com­munes font qu’il n’y au­ra ja­mais de pro­blème d’ar­gent ou de tra­hi­son entre nous.”

L’UNION FAIT LA FORCE

Cette har­mo­nie de la fra­trie, les contes (Cen­drillon), la lit­té­ra­ture (“Les Quatre Filles du doc­teur March” de Loui­sa May Al­cott, 1868 ; “Les Trois Soeurs” de Tche­khov, 1901), le ci­né­ma (“Les De­moi­selles de Ro­che­fort” de Jacques De­my, 1967 ; “Vir­gin Sui­cides”de So­fia Cop­po­la, 2000) et la musique en

raf­folent. Sur scène, ça fonc­tionne aus­si, à voir le suc­cès éclair de Haim, groupe ca­li­for­nien folk-rock for­mé ré­cem­ment par trois soeurs. Quant à Kin­cy, 25 ans, une des ju­melles du groupe de rap Or­ties, elle confie : “Tout est tel­le­ment évident que c’est na­tu­rel d’avoir créé un groupe – nous vi­vons éga­le­ment en­semble. Le fait d’avoir gran­di dans la même mai­son nous per­met de créer sans trop de­voir ex­pli­quer à l’autre ce qu’on vou­drait, car nous sommes en fu­sion. Nous nous com­pre­nons ins­tinc­ti­ve­ment. Il n’y a pas de dif­fi­cul­tés, et sur­tout ja­mais de ja­lou­sie entre nous, plu­tôt l’en­vie de faire tou­jours aus­si bien que sa ju­melle, ce qui est po­si­tif et mo­teur pour le groupe. Grâce à Or­ties, per­sonne ne nous sé­pa­re­ra, ce se­ra tou­jours comme quand on était ga­mines, on conti­nue­ra de jouer en­semble à la ré­créa­tion en se par­ta­geant un bout du gâ­teau.” Fille unique ? Cher­chez bien, vous avez sû­re­ment une amie que vous ai­mez comme une soeur.

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