An­na Cal­vi, dra­ma queen

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POUR SON DEUXIÈME AL­BUM POP, L’HYPNOTISEUSE NOUS EM­MÈNE SUR SES MON­TAGNES RUSSES.

Al’heure où tout un pan de l’es­prit an­glais semble ab­sor­bé par la pe­tite pop ea­sy des Amé­ri­caines Ka­ty Per­ry, La­na Del Rey ou Mi­ley Cy­rus, la plus ita­lienne des Bri­tan­niques conti­nue de vivre sur une pla­nète à part, rien qu’à elle... Ou presque : elle la par­tage avec des stars fa­nées et des mu­si­ciens morts. La Cal­las, Jeff Bu­ck­ley, PJ Har­vey, Sioux­sie, quelques notes qu’on croi­rait ti­rées de “Twin Peaks” ou de “Mul­hol­land Drive”, Cal­vi part en tous sens sans ja­mais perdre com­plè­te­ment le contrôle. Comme sur son pre­mier al­bum, l’en­fant vir­tuose qu’elle a été, fas­cine en­core : une grosse gui­tare vous sur­prend ? C’est An­na qui s’amuse... Trente-deux vio­lons chantent la tra­gé­die d’un amour per­du ? C’est trente-deux fois An­na qui s’épanche.

ROCK OU OPÉ­RA ?

“One Breath” est un songe d’au­tomne riche et en­tê­tant. Des séances d’hyp­nose que ses pa­rents thé­ra­peutes ont tes­tées sur elle pen­dant sa prime jeu­nesse, cette au­then­tique com­po­si­trice a re­te­nu l’art de cap­ter l’at­ten­tion. On écoute l’al­bum en apnée et on sort du der­nier mor­ceau avec le goût mé­tal­lique du drame dans la bouche, comme on émerge des limbes d’un som­meil ré­pa­ra­teur : se­rein, mais pas sûr de ce qui vient de se pas­ser. Cô­té in­ter­pré­ta­tion, sa grande voix d’opé­ra contraste avec les rares pas­sages sur les­quels elle miaule presque,

fa­çon Jane Bir­kin. Ro­ckeuse sans chi­chis ou éter­nelle Car­men ? On hé­site et elle pré­fère ne pas tran­cher : “Dans la musique que j’aime, j’ai be­soin d’en­tendre les deux. Il me faut l’éner­gie sexuelle d’une pop song et l’im­mense sen­ti­ment ci­né­ma­tique que vous pro­cure la musique clas­sique.”

SÉ­RÉ­NI­TÉ ET CHOCOTTES

Poé­tesse dé­jà un peu abi­mée par la vie (pe­tite fille, elle a pas­sé ses trois pre­mières an­nées à l’hô­pi­tal), elle avoue que cet al­bum pro­vient d’une an­née sombre qu’elle garde dans le ré­tro­vi­seur. Elle conti­nue de mar­cher on the edge, gué­rie d’amours tu­mul­tueuses, mais pas amné­sique. Elle sait sa propre puis­sance tran­quille et a ap­pris : “Quand on se trouve à un point de l’exis­tence où tout va bas­cu­ler, on se sent à la fois ex­ci­té par toutes les pos­si­bi­li­tés et ter­ri­fié par ce que le sort pour­rait vous ré­ser­ver. Mais quoi qu’il ar­rive, le monde tour­ne­ra tou­jours et de cette idée dé­coule une sen­sa­tion mê­lée de gué­ri­son et de tris­tesse.” “One Breath” ar­rive bien après la souf­france et la re­cons­truc­tion. An­na jure mor­di­cus qu’il est plein de sé­ré­ni­té et qu’ “en art, on ne prend pas du tout le même genre de risques que dans la vie, la vraie”. Quand on lui fait à peine re­mar­quer que par­fois, son al­bum han­té fout un peu les chocottes, elle ri­gole tout doux (on doit être un peu trop sen­sible), mais l’idée sub­siste : il y a des re­lents de spi­ri­tisme dans ce disque.

AU-DE­LÀ DES AP­PA­RENCES

Avec une telle beau­té na­tu­relle, on doit bien lui de­man­der si le ci­né­ma ou la mode ne l’ont pas en­core sol­li­ci­tée. Ni fa­shio­nis­ta ni nerd, elle joue le jeu (on l’a vue au pre­mier rang de quelques ré­cents dé­fi­lés), et les pho­tos qui ac­com­pagnent sa pro­mo­tion montrent as­su­ré­ment qu’elle a le chien qu’il faut pour faire un au­then­tique man­ne­quin. Seule­ment voi­là : ce n’est pas la mode qui l’uti­lise, c’est l’in­verse. Cons­ciem­ment ou non, elle ré­cu­père les codes des shoo­tings, les at­ti­tudes, le de­co­rum. “Je ne me prête à cet exer­cice que pour la musique et tout se rap­por­te­ra tou­jours à elle.”

An­na Cal­vi, “One Breath” (Do­mi­no). Sor­tie le 8 oc­tobre.

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