L’al­lure de l’hi­ver pour 0 €

Be - - SOMMAIRE - — VIOLAINE SCHÜTZ

SUR LES PO­DIUMS DÉ­FILENT DES ROBES INABORDABLES, DES SACS QUI COÛTENT UN BRAS… MAIS AUS­SI DES EF­FETS DE STYLE. ANDRÉA OTTAVIANI A TES­TÉ CES TRUCS QUI NE S’ACHÈTENT PAS.

Bonne nou­velle en pro­ve­nance des po­diums au­tomne-hi­ver 2013-14 : on peut avoir de l’al­lure en sor­tant en nui­sette et pei­gnoir (por­té comme un man­teau chez Vuit­ton), ha­billée d’un sac Bar­bès à car­reaux (Cé­line) ou de la robe à fleu­rettes de nos 15 ans quand on était amou­reuse de Kurt Co­bain (Saint Laurent). C’est connu, en France, on n’a pas de pé­trole, mais on a des idées. Pas be­soin d’avoir le compte en banque de Ri­han­na pour être bien loo­kée, les filles sty­lées sont aus­si celles qui ont de l’ima­gi­na­tion, le sens du dé­tail (qui tue), l’art du dé­tour­ne­ment. Un col re­le­vé, une ceinture co­lo­rée sur un man­teau noir, des chaus­settes vio­lettes sur des col­lants, un fi­let à lé­gumes en guise de sac : avoir du chien tient par­fois à peu de choses. C’est une ques­tion d’as­su­rance, de ré­fé­rences cultu­relles, de per­son­na­li­té. Les ar­tistes sont des maîtres en la ma­tière. Fau­chés à leurs dé­buts, cer­tains af­fi­chaient pour­tant un look in­croyable : le pe­tit col rou­lé noir de Sa­gan, le to­tal look an­dro­gyne de Die­trich, le mar­cel blanc de Bran­do, les Re­pet­to sans chaus­settes de Gains­bourg, les jeans de James Dean, le ca­bas en osier de Jane Bir­kin, le man­teau d’homme éli­mé de Pat­ti Smith... Par­fois, il suf­fit juste d’oser. Oser sor­tir en pan­toufles, en bleu de tra­vail (en soi­rée), ne pas te­nir compte des sai­sons, ni des genres, ni du ri­di­cule, ni des fausses notes, fouiller dans d’autres pla­cards (ce­lui de sa grand-mère, de sa mère, de son mec), ou­blier les ta­bous. On connais­sait une fille qui tei­gnait ses che­mises blanches avec des sa­chets de thé pour qu’elles soient blanc cas­sé, un peu dan­dy, un peu mau­dit, et les por­tait, trop grandes, sans sou­tien-gorge. Ça al­lait de pair avec sa pas­sion pour Os­car Wilde, et le ro­man­tisme d’un autre temps. On ne l’a ja­mais ou­bliée. La per­son­na­li­té écor­chée et le tem­pé­ra­ment punk de Court­ney Love don­naient à ses robes vin­tage ache­tées dix dol­lars dans des fri­pe­ries, un sup­plé­ment d’âme qu’on ne peut pas se payer si fa­ci­le­ment. Le vé­cu et la grâce n’ont pas de prix. C’est la lutte (de classe) de l’éphé­mère (la ten­dance) contre l’éter­ni­té. Culti­ver sa vie in­té­rieure, voir une ex­po, lire, cher­cher qui on est et as­su­mer ce qui de­vien­dra une si­gna­ture, plu­tôt qu’al­ler cla­quer son sa­laire dans une bou­tique fashion, c’est un bon dé­but. Pour pas­ser à l’étape su­pé­rieure, et ap­pli­quer à la lettre la le­çon d’Yves Saint Laurent – “Les modes passent, le style de­meure” –, Andréa Ottaviani, ré­dac­trice mode, a tes­té, pour de vrai, des as­tuces qui ne de­mandent qu’un peu de temps et d’ima­gi­na­tion.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.