Ques­tions in­ter­dites

Be - - SOMMAIRE - PAR AN­TOINE BOITEL

SEXE, SAN­TÉ, TRA­VAIL, AMI­TIÉ, LO­GE­MENT, FA­MILLE… VOUS N’OSEZ PAS ABOR­DER CER­TAINS SU­JETS. ICI, AU­CUN N’EST TA­BOU. NOS EX­PERTS VOUS RÉ­PONDENT.

LEILA, 33 ANS

Je suis amou­reuse de mon psy, est-ce un trans­fert ?

Par es­sence, un psy est une per­sonne neutre que vous ne cô­toyez que lors de la consul­ta­tion et dont vous ne sa­vez fi­na­le­ment que très peu de choses. Vous ne le voyez pas évo­luer au quo­ti­dien, en fa­mille, au club de sport ou aux toi­lettes. Cette per­sonne, qui est à votre écoute et qui cherche à vous ai­der, joue sou­vent un rôle pré­pon­dé­rant du­rant une pé­riode sen­sible de votre vie. Il est donc tout à fait clas­sique de pro­je­ter sur votre psy des sen­ti­ments que vous ne pou­vez pas ex­pri­mer ailleurs, comme l’amour, par exemple. La ques­tion à se po­ser, c’est : est-ce que je se­rais tom­bée amou­reuse de lui dans un autre contexte ? Si votre psy est un très beau gosse, du genre Dr Ma­mour dans “Grey’s Ana­to­my”, comment ré­sis­ter ? Mais s’il ne cor­res­pond pas du tout à vos cri­tères ha­bi­tuels, c’est d’au­tant plus étrange : vous avez fait un trans­fert. Ce n’est pas si grave, ce­la ar­rive cou­ram­ment, sur­tout chez les femmes qui sont à la re­cherche d’une fi­gure pa­ter­nelle. Freud l’a par­fai­te­ment ana­ly­sé. Mais, quoi qu’il en soit, il vaut mieux tom­ber amou­reuse de son psy que de son propre père !

Doc­teure Émi­lie T., psy­chiatre à Pa­ris.

MA­RIE, 28 ANS

J’ai mal quand je fais l’amour avec mon co­pain. J’ai tou­jours été avec lui, donc je ne peux pas com­pa­rer. Que se passe-t-il ?

Il fau­drait trou­ver l’ori­gine de votre dou­leur. Il se peut qu’an­té­rieu­re­ment, vous ayez eu une in­flam­ma­tion de la vulve ou du va­gin (une va­gi­nite) que vous au­riez ou­blié de men­tion­ner. Ces épi­sodes peuvent lais­ser des traces et pro­vo­quer des dou­leurs. Je vous conseille de consul­ter, en pre­mier lieu, un gy­né­co­logue qui pour­ra vous ai­der à ré­soudre ce pro­blème. Si, lors de cet exa­men, au­cune ori­gine phy­sio­lo­gique n’était consta­tée, une autre rai­son pour­rait ex­pli­quer cette dou­leur : un blo­cage psy­cho­lo­gique. Dans ce cas, il fau­drait ren­con­trer un psy­cho­logue ou un sexo­thé­ra­peute. Vous avez peut-être une ap­pré­hen­sion concer­nant les hommes. Il ar­rive qu’une édu­ca­tion très ré­pres­sive concer­nant la sexua­li­té pro­voque ce type de com­pli­ca­tions : on bloque tout et on re­jette la sexua­li­té. Un sexo­thé­ra­peute peut vous aus­cul­ter comme un gy­né­co­logue si vous pré­fé­rez com­men­cer di­rec­te­ment par cette étape. S’il éli­mine toute cause phy­sique, il cher­che­ra à com­prendre votre en­fance et étu­die­ra votre re­la­tion avec votre par­te­naire. Peut-être avez-vous peur de lui sans vous en rendre compte. Quoi qu’il en soit, cette dou­leur est un signe, il s’agit main­te­nant de sa­voir de quoi. Mais je ne doute pas que vous trou­ve­rez une so­lu­tion. On traite très bien ce genre de sou­cis de nos jours.

Doc­teur Gé­rard Le­leu, sexo­logue, au­teur du “Nou­veau Trai­té des ca­resses” (éd. Flam­ma­rion).

BRI­GITTE, 34 ANS

Beau­coup de femmes son­telles à la fois cli­to­ri­diennes et va­gi­nales, comme moi ?

Fran­che­ment, non, vous n’êtes vrai­ment pas nom­breuses. C’est, bien sûr, très dif­fi­cile à me­su­rer parce qu’il y a en­core trop peu d’études sur le plai­sir sexuel fé­mi­nin, mais on es­time qu’entre 10 % et 15 % de femmes seule­ment sont dans votre cas. C’est une grande chance ! Ne vous po­sez pas trop de ques­tions. Le mieux, c’est de vous lais­ser por­ter par la vie et d’en pro­fi­ter.

Doc­teur Syl­vain Mi­moun, sexo­logue, an­dro­logue, psy­cho­ma­ti­cien et di­rec­teur du centre d’an­dro­lo­gie de l’hô­pi­tal Co­chin, à Pa­ris.

LUCILLE, 30 ANS

Pour­quoi ne tient-on ja­mais ses ré­so­lu­tions de ren­trée ?

Les bonnes ré­so­lu­tions sont un symp­tôme clas­sique de nos né­vroses : le sur­moi es­saie de re­prendre le des­sus et de nous rendre “meilleurs”, à la ma­nière du pe­tit ange po­sé sur l’épaule de Do­nald Duck dans les des­sins ani­més. “Cette an­née, je fais du sport, j’ar­rête de fu­mer, je mange moins et je ne dis plus de mal de mes col­lègues.” Si vous cher­chez à cor­ri­ger des pe­tits pro­blèmes de ce type, rien de bien grave. En re­vanche, s’il s’agit de quelque chose qui gé­nère plus de souf­france, comme : “Cette an­née, j’ar­rête de fouiller dans les af­faires de mon com­pa­gnon tous les jours”, c’est que vous man­quez un peu de confiance, et un pas­sage chez le psy pour­rait être bé­né­fique. Mais, pour les ré­so­lu­tions plus tra­di­tion­nelles, ne culpa­bi­li­sez pas le moins du monde : elles ne sont pas faites pour être te­nues ! Sans ces pe­tites ma­ni­fes­ta­tions de nos né­vroses, la vie se­rait en­nuyeuse. Ce sont de vraies

ma­chines à pen­ser qui sti­mulent notre es­prit. Cer­tains ar­tistes pré­fèrent même ne pas ter­mi­ner leur ana­lyse de peur de se re­trou­ver gué­ris et de n’avoir plus rien à dire. Pre­nez de bonnes ré­so­lu­tions et ne les te­nez pas, si­non vous de­vrez en trou­ver de nou­velles pour l’an­née sui­vante.

Doc­teure Émi­lie T., psy­chiatre à Pa­ris.

ELSA, 24 ANS

Je me trouve plu­tôt jo­lie mais mon nez me com­plexe et j’ex­clus la chi­rur­gie es­thé­tique. Que faire ?

Rap­pe­lez-vous bien que lors­qu’on est tou­ché par la dys­mor­pho­pho­bie – qui se tra­duit par la peur ob­sé­dante et exa­gé­rée d’être laid ou mal­for­mé tout ou en par­tie –, on a tou­jours un pro­blème avec son corps, on le per­çoit très dif­fé­rem­ment de ce que les autres voient. Donc la chi­rur­gie es­thé­tique ne chan­ge­rait rien dans votre cas. Par consé­quent, vous avez tout à fait rai­son, il vaut mieux évi­ter l’opé­ra­tion et vous concen­trer sur votre plas­tique que vous dites “bien faite”. Vous êtes ma­ni­fes­te­ment une jo­lie fille et n’au­rez au­cun mal à trou­ver de l’aide au­près d’un vi­sa­giste, spé­cia­li­té que pra­tiquent de nom­breux coif­feurs ou cer­tains ma­quilleurs. Cette per­sonne réus­si­ra à mettre en avant ce qui vous plaît dans votre vi­sage et à mettre en re­trait ce qui vous gêne, comme votre fa­meux nez.

Doc­teur Syl­vain Mi­moun, sexo­logue, an­dro­logue, psy­cho­ma­ti­cien, di­rec­teur du centre d’an­dro­lo­gie de l’hô­pi­tal Co­chin, à Pa­ris.

AU­RÉ­LIE, 32 ANS

Je suis une no­vice en vins, et je n’ai pas un bud­get énorme. Comment faire pour ne pas ra­me­ner une pi­quette chez mes amis ?

Es­sayez dif­fé­rents ca­vistes, com­pa­rez les offres et tes­tez les ven­deurs en ex­po­sant d’em­blée votre bud­get. Si on vous pro­pose sys­té­ma­ti­que­ment des vins trop chers, cher­chez ailleurs, car on ne ré­pond pas à vos be­soins et on vous pousse à l’achat. Si vous n’y con­nais­sez rien, évi­tez le su­per­mar­ché et fiez-vous aux pro­fes­sion­nels. Mais si vous n’avez pas le choix, il y a quelques pe­tits “trucs” à re­te­nir. Les vins dits “mé­daillés” ne ren­voient pas à grand­chose. Pré­fé­rez les ré­fé­rences clas­siques à des prix pas trop éle­vés. Pour le rouge, pri­vi­lé­giez les cou­leurs claires. Avec les vins de Bour­gogne ou les beau­jo­lais, vous ne pren­drez pas de risques, car ils sont plus lé­gers que les bor­deaux. Pour ce qui est des “mo­no­cé­pages” (com­po­sés d’une seule variété de rai­sin) qu’on trouve dans les grandes sur­faces (une mode ve­nue des États-Unis), on peut dé­plo­rer la perte de la no­tion de ter­roir, mais c’est pra­tique et pas cher. Vous pour­rez fa­ci­le­ment réa­li­ser vos ac­cords mets-vins, d’au­tant que les sug­ges­tions sont gé­né­ra­le­ment in­di­quées sur les éti­quettes. Le sy­rah s’ac­cor­de­ra avec les plats épi­cés et le mer­lot avec des choses plus lé­gères, comme une sa­lade. Ré­ser­vez le ca­ber­net-sau­vi­gnon pour les re­pas plus cor­sés, à base de gi­bier ou de ta­pas. Si vous vou­lez vrai­ment une bonne bou­teille, vous de­vez pas­ser au-des­sus des 6 eu­ros. Concer­nant le ro­sé, il est en ce mo­ment très clair, mais ce­la ne change rien au goût. Quant au blanc, choi­sis­sez un bio : le len­de­main de la fête, il fait moins de dé­gâts. En­fin, si vous cher­chez un bon vin pé­tillant abor­dable, al­lez di­rec­te­ment vers ceux de la Loire ou d’Alsace (mont­louis-sur-loire, cré­mant, etc.) en choi­sis­sant une bou­teille au­tour de 14 eu­ros.

Ma­thilde B., com­mer­ciale pour Le Vin en Tête.

JU­LIE, 26 ANS

Les re­la­tions sexuelles ne m’in­té­ressent pas trop et les pré­li­mi­naires me stressent. Mon co­pain se lasse peu à peu de moi. Que faire ?

Ha­bi­tuel­le­ment, l’avan­tage des pré­li­mi­naires, c’est le plai­sir. Il s’agit même du mo­ment pen­dant le­quel la plu­part des femmes res­sentent le plus de plai­sir par rap­port à la to­ta­li­té du rap­port sexuel. Vous de­vriez vous de­man­der pour­quoi cette phase vous stresse. Il y a peut-être quelque chose qui vous échappe, que vous n’ar­ri­vez pas à ac­com­plir. Par­ve­nez-vous à at­teindre la jouis­sance ? Si cette si­tua­tion vous fait souf­frir, vous de­vriez ap­prendre à ai­mer votre corps et à mieux l’uti­li­ser dans les mo­ments in­times. Il n’y a au­cune obli­ga­tion à prendre du plai­sir, mais si vous res­sen­tez une gêne im­por­tante, il faut trou­ver une so­lu­tion. La règle à re­te­nir est celle de “l’égoïsme par­ta­gé” : si votre par­te­naire prend du plai­sir, vous de­vriez être à éga­li­té. Vous dites qu’il se lasse de vous, il doit donc sen­tir que ça cloche. Afin d’évi­ter l’échec amou­reux et pour les re­la­tions que vous au­rez éven­tuel­le­ment à l’ave­nir, vous de­vriez vous pen­cher sur ce pro­blème pour l’ar­ran­ger. Car on doit connaître le plai­sir soi-même pour pou­voir le don­ner à l’autre.

Doc­teur Syl­vain Mi­moun, sexo­logue, an­dro­logue, psy­cho­ma­ti­cien et di­rec­teur du centre d’an­dro­lo­gie de l’hô­pi­tal Co­chin, à Pa­ris.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.