Der­rière l’ima­ge­rie des­troy et sul­fu­reuse se cache une femme in­tel­li­gente et cha­ris­ma­tique

Be - - PORTRAIT - — VIOLAINE SCHÜTZ

il ne ces­se­ra de ré­pé­ter qu’elle est une bien meilleure mu­si­cienne que lui. Ac­cro à l’hé­roïne, le couple choque. Ac­cu­sée par “Va­ni­ty Fair” en 1992 d’en avoir consom­mé alors qu’elle était en­ceinte de leur fille Frances Bean (née cette an­née-là), Court­ney perd sa garde pen­dant un temps. Elle la re­ga­gne­ra et la re­per­dra plu­sieurs fois par la suite. Quand Kurt se sui­cide d’une balle dans la tête dans leur mai­son de Seat­tle en avril 1994, il de­vient le mar­tyr et l’idole de toute une gé­né­ra­tion, et Court­ney la veuve mau­dite, res­pon­sable du décès de son ma­ri, qui doit faire face à de vives at­taques sexistes. Pour Phi­lippe Ma­noeuvre : “Ex-strip-tea­seuse, elle s’est re­ti­rée à 35 ans, à la tête d’une for­tune de 250 mil­lions de dol­lars. Clai­re­ment, beau­coup de gens lui font alors payer son ar­ro­gante tra­jec­toire, et un peu On l’ima­gine en sorcière à la vie mou­ve­men­tée, en­chaî­nant les grou­pies mâles et les pipes de crack. Pour­tant, ceux qui l’ont ren­con­trée, ou qui ont tra­vaillé avec elle, savent que der­rière l’ima­ge­rie des­troy et sul­fu­reuse se cache une femme in­tel­li­gente et cha­ris­ma­tique. Rick Owens, créa­teur de mode, dit d’elle : “Elle est gé­niale, une femme ex­tra­or­di­naire. Et je veux la voir de­ve­nir la nou­velle Ja­ckie O.” Ed­ward Nor­ton (son ex, avec qui elle a joué dans “Lar­ry Flint”) et Mi­los For­man, qui l’a di­ri­gée dans le même film, ne ta­rissent pas d’éloges sur son jeu d’ac­trice. Dans la vraie vie, Love en a mar­qué plus d’un. Jean-Da­niel Beau­val­let, ré­dac­teur en chef du ma­ga­zine “Les In­ro­ckup­tibles”, nous ra­conte : “Je l’ai ren­con­trée, nue (au fi­gu­ré) et bou­le­ver­sante. On a par­lé de la scène mu­si­cale de Li­ver­pool des 80s, on y avait vé­cu en même temps, et je me sou­ve­nais de cette pe­tite Amé­ri­caine.” La mu­si­cienne So­phie Gonthier (plus connue sous le nom d’Anything Ma­ria) a, elle aus­si, été émue : “Je pas­sais des disques en 2011 à Cannes dans une soi­rée. À un mo­ment, j’ai joué un mor­ceau des Violent Femmes et puis une blonde ma­gni­fique est ve­nue m’adres­ser la pa­role. J’ai ré­flé­chi quelques se­condes et puis ça s’est im­po­sé comme une évi­dence : « Mais c’est Court­ney Love ! » Puis je me suis ba­la­dée dans la salle pour voir com­ment était la soi­rée. Et là, je la vois, su­blime, toute de blanc vê­tue, por­tant une robe d’une sim­pli­ci­té ter­ras­sante. J’es­saie de lui par­ler, et elle me fait dan­ser pen­dant deux mi­nutes. C’est presque rien, mais sa li­ber­té m’a cou­pé l’herbe sous le pied, et ça ne s’ou­blie pas.” Ma­noeuvre en ra­joute une couche : “J’ai pas­sé deux heures dans la même pièce qu’elle, au Châ­teau Mar­mont, à L.A., en 1998. Nous avons beau­coup par­lé, rock, ci­né­ma, drogue, sexe. Elle n’a au­cun ta­bou, elle est res­tée as­sez dé­li­rante, ne crai­gnant pas de des­cendre de sa li­mou­sine im­ma­cu­lée pour al­ler cra­cher sur le por­tier d’une boîte de strip-tease qui l’avait au­tre­fois hu­mi­liée. Voi­là, tout Court­ney est dans cette anec­dote. Un fa­bu­leux ac­ci­dent en train d’ar­ri­ver en per­ma­nence...” *“Dir­ty Blonde, The Dia­ry of Court­ney Love”, de Court­ney Love (éd. Mac­mil­lian). **“Court­ney Love”, de Pop­py Z. Brite (éd. Denoël).

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