Sa­sha Grey, du por­no à in­tel­lo

Be - - SOMMAIRE - — VIOLAINE SCHÜTZ

EÀ 25 ANS, L’EX-STAR, QUI A RÉ­VO­LU­TION­NÉ LE GENRE PAR SON IN­TEL­LI­GENCE,

SE RÉ­IN­VENTE EN ÉCRI­VAINE, ET ON Y CROIT.

lle n’a plus grand-chose à voir avec la fille hot de la photo. Quand on la ren­contre, Sa­sha Grey res­semble à notre meilleure amie, dans sa ver­sion la plus sexy : car­ré brun, lu­nettes de nerd, che­mi­sier noir. Avec sa peau blanche, sa poi­trine me­nue, son re­gard pé­tillant d’in­tel­li­gence, on a du mal à croire à son sul­fu­reux pas­sé. De 18 à 21 ans, cette Amé­ri­caine a pour­tant été la plus grande star du por­no des an­nées 2000, la plus fas­ci­nante, la plus ai­mée, la plus re­belle. Celle qui a com­men­cé par une scène d’or­gie dans la­quelle elle s’est fait re­mar­quer en ha­ran­guant Roc­co Sif­fre­di d’un “frappe-moi à l’es­to­mac”, a en­suite en­chaî­né les films en fai­sant preuve à l’écran d’une cer­taine rage et d’un vé­ri­table “contrôle” : elle sem­blait uti­li­ser tout le monde comme des sex-toys, et ne pas su­bir ce qui lui ar­ri­vait. Rare. Jus­qu’au jour où elle a choi­si d’ar­rê­ter. Elle a po­sé pour Ame­ri­can Ap­pa­rel, Max Az­ria, Ter­ry Ri­chard­son, joué les DJettes éru­dites, sor­ti un livre de pho­tos, et tour­né dans l’ex­cellent “Girl­friend Ex­pe­rience” de Ste­ven So­der­bergh. Elle se­ra bien­tôt à l’af­fiche de quatre films, dont le très at­ten­due bio­pic de Lin­da Lo­ve­lace avec Aman­da Sey­fried, mais ce qui lui im­porte vrai­ment, c’est la sor­tie de son pre­mier ro­man “Ju­liette So­cie­ty” (éd. Le Livre de Poche). Belle et re­belle Dans ce ré­cit com­pa­ré à “Cin­quante nuances de Grey”, on croit voir Sa­sha dans son hé­roïne, Ca­the­rine. Jeune étu­diante en ci­né­ma, d’ori­gine mo­deste, ma­ligne, jo­lie, cette der­nière voit “Belle de Jour”, de Luis Buñuel, et se trouve confron­tée à ses plus noirs dé­si­rs (ten­dance SM). Elle pé­nètre alors une so­cié­té se­crète réunis­sant les puis­sants de ce monde lors de par­ties fines. “J’ai vou­lu ra­con­ter l’his­toire d’une fille nor­male et forte, à qui on peut s’iden­ti­fier. Car la lit­té­ra­ture érotique d’au­jourd’hui, très dé­mo­dée, n’offre pas ce genre de per­son­nage. Je ne sais pas si c’est fé­mi­niste, mais moi je vou­lais dé­jà mon­trer une fille dans la­quelle je me re­con­nais­sais.” Comme Ca­the­rine, Sa­sha est aus­si une amou­reuse de ci­né­ma (Jean-Luc Go­dard, Or­son Welles, Da­rio Ar­gen­to) qui a choi­si pour pre­mier pseu­do An­na Ka­ri­na avant d’op­ter pour Grey “en ré­fé­rence à Os­car Wilde, et à l’échelle du Dr Kin­sey, la fa­meuse zone grise entre ho­mo­sexua­li­té et hé­té­ro­sexua­li­té”. À l’ins­tar de son hé­roïne, l’ex-star du X – dont la mère était ca­tho­lique – est is­sue d’un mi­lieu mo­deste (père mé­ca­no, pa­rents di­vor­cés) et a gran­di dans la ville agri­cole de Sa­cra­men­to. L’his­toire qu’elle conte sonne comme une vé­hé­mente cri­tique du pou­voir. “Ceux qui vous baisent dans la vraie vie, dans le sens éco­no­mique et po­li­tique du terme, le font aus­si dans leur lit. Ce sont des per­vers à tous les ni­veaux. Mais je veux aus­si lais­ser pas­ser un mes­sage de to­lé­rance. Tout ce qui se passe entre deux adultes consen­tants n’est pas condam­nable. Ceux qui ont un pro­blème avec ça, ont un pro­blème avec eux-mêmes. Il faut en fi­nir avec la culpa­bi­li­té.” Punk un jour, punk tou­jours.

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