Moi, belle et mé­chante

Be - - SOMMAIRE - — ANNE- LAURE GRI­VEAU

ALORS QUE L’ON S’AP­PRÊTE À VIVRE UNE QUA­TRIÈME JOUR­NÉE DE LA GEN­TILLESSE1, LIVRES ET FILMS FONT LA PART BELLE

AUX AF­FREUX JO­JOS. POUR­QUOI TANT DE HAINE ?

Il ne faut pas être hy­po­crite, nous avons tous une part de noir­ceur, et la so­cié­té n’est pas si gen­tille que ce­la”, iro­nise Ch­ris­tophe Re­gi­na, his­to­rien et co­di­rec­teur du “Dic­tion­naire de la mé­chan­ce­té” 2 où se cô­toient por­traits de Ma­dame de Mer­teuil, Cruella d’En­fer, Pa­trick Ba­te­man ou en­core Gilles de Rais. “Frus­tra­tion, ja­lou­sie, ven­geance, sentiment d’in­jus­tice, peur de perdre ce que l’on a... La mé­chan­ce­té dit beau­coup de soi et de l’époque.” Dans une ère tou­jours plus com­pé­ti­tive, être rosse ap­pa­raît alors comme une condi­tion à la réus­site. Nombre d’ou­vrages psy­cho (comme “Ar­rê­tez d’être trop gen­tille au bu­reau”, de Lois P. Fran­kel et J.-C. Gaw­se­witch3, ou “Ces­sez d’être gen­til, soyez vrai”, de Tho­mas d’An­sem­bourg4) ex­hortent d’ailleurs ces jours-ci à moins de ten­dresse. À l’image de Mi­ran­da Priest­ley, l’hé­roïne du “Diable s’ha­bille en Pra­da” (dont la suite, “Re­venge Wears Pra­da, The De­vil Returns” 5, pu­bliée cet été aux États-Unis, ne de­vrait pas tar­der à sor­tir ses griffes ma­nu­cu­rées en France), bien dé­ci­dée à ne pas lais­ser le pou­voir lui échap­per. “Les femmes peuvent faire preuve d’une vio­lence in­ouïe, au moins égale à celle des hommes. Mais, so­cia­le­ment ta­boue, elle sur­prend plus”, ra­conte Ch­ris­tophe Re­gi­na, éga­le­ment au­teur de “La Vio­lence des femmes” 6. La mé­chan­ce­té est sou­vent re­pré­sen­tée par la lai­deur de la sorcière ou du monstre, mais les beau­tés per­fides, celles qui ont peur de voir leur jeu­nesse ou leur ma­gné­tisme s’éva­nouir sont les pires !” D’ailleurs pour re­pous­ser l’inexo­rable, cer­taines ac­trices, plus vrai­ment jeunes pre­mières, ont fait le choix d’in­car­ner pro­chai­ne­ment d’hor­ribles per­son­nages. An­ge­li­na Jo­lie joue­ra ain­si la Reine mal­fai­sante (photo ci-contre) de “Ma­lé­fique” (avec Elle Fan­ning), Cate Blan­chett, la ma­râtre dans le “Cen­drillon” de Ken­neth Bra­nagh, Ca­me­ron Diaz, la mé­chante Miss Han­ni­gan dans le re­make de la co­mé­die mu­si­cale “An­nie”, et Kate Wins­lett, la ven­ge­resse Jea­nine Mat­thews dans “Di­vergent” (l’adap­ta­tion du best-seller de Ve­ro­ni­ca Roth). En sep­tembre, cette der­nière a même dé­cla­ré sur MTV News avoir ac­cep­té le rôle pour que ses en­fants la trouvent “co­ol”. Comme les bad boys font vi­brer les filles, les hé­ros im­mo­raux – parce qu’ils font le sale bou­lot à notre place – font rê­ver et contri­buent aus­si au suc­cès des sé­ries té­lé. Par­mi elles, “Dex­ter”, “Brea­king Bad”, “Mad Men”, “Re­venge”, “Game of Thrones”, “Han­ni­bal”, “Bates Mo­tel”... “Le mé­chant a plus de re­lief”, ana­lyse Ch­ris­tophe Re­gi­na re­pre­nant Hit­ch­cock pour qui “plus réus­si est le mé­chant, plus réus­si se­ra le film”.

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