Mises à nu

Be - - SOMMAIRE - GAËL L E BELLEGO

LES CO­MÉ­DIENNES OSENT TOUR­NER DANS LE PLUS SIMPLE AP­PA­REIL. AVEC QUEL EF­FET SUR LEUR CAR­RIÈRE ?

“Jouer nue fait par­tie du job, même si per­sonne n’y prend plai­sir.” Kate Wins­let, en pro­mo de “The Rea­der” au Ber­lin Film Fes­ti­val en 2009, ten­tait de ré­su­mer l’af­faire. Le pa­ra­doxe. Ce­lui de choi­sir le mé­tier le plus im­pu­dique du monde, et qu’une scène à poil ou sexuelle puisse à ce point cris­tal­li­ser ex­ci­ta­tions (des mé­dias, du pu­blic) – comme le buzz ac­tuel sur “Jeune et Jo­lie”, “The Canyons”, “Nym­pho­ma­niac”… – et peurs (des ac­trices).

“Peurs”, il y a des ex­cep­tions : Ju­no Temple ou My­lène Jam­pa­noï ad­mettent n’avoir au­cun mal à “se mettre à nu” face ou fesses ca­mé­ra (la se­conde a même cette phrase : “Bi­zar­re­ment, je suis plus pu­dique dans ma vie sen­ti­men­tale que sur un tour­nage”). Et Jes­si­ca Chas­tain, pour son rôle de Wilde Sa­lome (au théâtre, et bien­tôt au ci­né), de sur­en­ché­rir : “J’ai com­pris que la nu­di­té pou­vait être une drogue. Je n’avais ja­mais joué nue sur scène, ce­la me sem­blait in­sur­mon­table, car je suis très ti­mide. J’étais gê­née, j’avais l’im­pres­sion d’être une proie. Ce rôle m’a ai­dée à dis­so­cier nu­di­té et vic­ti­mi­sa­tion.” Une proie ?! Pour­tant, à bien consi­dé­rer le ci­né­ma amé­ri­cain (en par­ti­cu­lier), il y a ra­re­ment de quoi crier au loup. Au point que l’on se voit glo­ser sur une poi­trine à la dé­ro­bée, un lap dance, ou un mis­sion­naire chas­te­ment re­cou­vert d’un drap. Les (s)ex­perts s’ac­cordent pour dire d’ailleurs que le cul, au­jourd’hui, est bien plus sur la chaîne HBO (“Girls”, “Games of Thrones”…) que sur grand écran. Ques­tion de cen­sure ? Sans doute. Peut-être aus­si que nos ac­trices ont conscience de l’im­pact d’une sé­quence sans che­mise et sans pan­ta­lon. La preuve par le dos­sier. At­ten­tion, car­ré blanc.

Celles que ça a lan­cées Pour le grand pu­blic, Gre­ta Ger­wig a été ré­vé­lée cet été en dan­seuse lo­seuse dans “Frances Ha”. Ce se­rait ou­blier sa che­vau­chée fan­tas­tique dans une prod fau­chée qu’elle réa­li­sa cinq ans plus tôt, “Nights and Wee­kends”. Nue en ama­zone sur son sex part­ner qua­rante-cinq se­condes, puis face à un ki­ki en érec­tion. Au­dace payante, elle se­ra re­pé­rée… Bien avant elle, Ju­liette Bi­noche (“Ren­dez-vous”), Mo­ni­ca Bel­luc­ci (“La Rif­fa”) ou Ch­loë Se­vi­gny (“Kids”) avaient osé dès leurs dé­buts. Pour le meilleur... Eva Green en a vu des vertes et des bien mûres sur le tour­nage des “In­no­cents”, huis clos las­cif où elle of­frit sa “beau­té in­dé­cente”, pour ci­ter le réa­li­sa­teur Ber­nar­do Ber­to­luc­ci. Non sans flip : “On m’avait mise en garde contre le syn­drome Ma­ria Sch­nei­der, qui avait été broyée par le tour­nage du « Der­nier Tan­go à Pa­ris » [du même Ber­to­luc­ci, ndlr]. Ça n’a pas été mon cas. « In­no­cents » a été une vé­ri­table ex­pé­rience hu­maine.” Et un trem­plin : trois ans plus tard, elle de­ve­nait James Bond girl. Marina Vacth, belle de jour en­sor­ce­lante dans “Jeune et Jo­lie”, et Da­ko­ta John­son, fu­ture Anas­ta­sia BDSM de “Cin­quante Nuances de gris”, peuvent donc es­pé­rer, d’un pa­reil al­lu­mage, un beau dé­col­lage.

Celles que ça a re­lan­cées Elles étaient dans le creux. Ou le mou. Il a fal­lu re­gon­fler leur car­rière. À pleins pou­mons. Ain­si en va-t-il des “vieilles” : Jane Fon­da, to­pless à 52 ans le temps d’une étreinte sur “Old Grin­go”, ou Macha Méril, ac­trice in­tel­lo de la nou­velle vague, qui ose le contre-em­ploi sur ce bi­jou mé­con­nu, “La Bête tue de sang-froid”, en sa­dique tor­tu­rant sexuel­le­ment une étu­diante dans un train. Mais les deux exemples ma­gni­fiques res­tent Ste­fa­nia San­drel­li et Sha­ron Stone. La pre­mière, ra­gaz­za d’une tri­po­tée de chefs-d’oeuvre (“Nous nous sommes tant ai­més !”, “1900”…) expose, à 40 ans tout rond, un po­po­tin

bel­lis­si­mo dans l’érotique “La Clef”, de Tin­to Brass. Scan­dale. “Il y avait un risque évident, confiait-elle au ma­ga­zine “Po­si­tif” en 2012. J’ai tou­jours su que le nu pou­vait tout ba­layer. On m’avait même mise en garde, me di­sant que le ci­néaste était violent. J’ai ré­flé­chi, mais j’étais por­tée par le dé­sir de le faire. Et je n’ai connu au­cune vi­cis­si­tude du­rant le tour­nage.” À la clef ? De nou­velles portes ou­vertes. La re­lance cô­té Sha­ron Stone in­ter­vint dès 34 ans. En­li­sée en na­nar­land (“Po­lice Aca­de­my 4”) et ra­tant d’un che­veu le “Bat­man” de Tim Bur­ton, “Ba­sic Ins­tinct” de­ve­nait l’oc­ca­sion qui fait le co­chon. Son réa­li­sa­teur, Paul Ve­rhoe­ven, l’a tou­jours af­fir­mé : pour la scène de l’in­ter­ro­ga­toire, jambes croi­sées-dé­croi­sées, c’est elle qui dé­ci­da l’au­dace que l’on sait. Un pa­ri… cu­lot­té. Même si – la pers­pec­tive du pas­sé re­la­ti­vise les in­so­lences – une autre ac­trice, cin­quante ans plus tôt, avait dé­jà osé : l’ex­tra­va­gante Tal­lu­lah Ban­khead ou­bliait l’es­sen­tiel sur le “Li­fe­boat” de Hit­ch­cock. Mon­tant et des­cen­dant l’échelle du ba­teau, jupe re­trous­sée. Pour le plai­sir des yeux.

Celles que ça a en­ca­naillées “Il s’est lâ­ché grave !” Sa­ra Fo­res­tier, évo­quant Jacques Doillon qui vient de la di­ri­ger dans “Mes Séances de lutte” en ou­blie­rait-elle son propre cu­lot ? En rup­ture avec des rôles plu­tôt ha­billés (à l’ex­cep­tion du “Nom des gens”), l’ac­trice fait ici des ga­li­pettes longue du­rée dans la boue avec

1, son par­te­naire. Comme pour se­couer l’image trop sage. Elles sont plé­thore à avoir uti­li­sé la nu­di­té pour sor­tir des pré­ju­gés. Kris­ten Ste­wart, afin de ren­voyer la Bel­la cu­cul de “Twi­light” dans son cer­cueil, fait tom­ber le haut dans “Sur la route”. Jen­ni­fer Con­nel­ly, il y a quelques an­nées dé­jà, s’échap­pait du “La­by­rinthe” pour se dé­voi­ler et oser la scène girl-girl dans “The Hot Spot”, avant de jouer une strip-tea­seuse dans “Re­quiem for a Dream”. Même com­bat pour No­ra Ar­ne­ze­der, fillette de “Fau­bourg 36”, qui se pointe en té­tons dans le re­make d’“An­gé­lique” de l’ex-Dis­ney girl Anne Ha­tha­way se ta­pant Jake Gyl­len­haal contre une porte dans “Love, et autres drogues”... Mais la mé­ta­mor­phose la plus spec­ta­cu­laire est celle de Char­lotte Gains­bourg. La ti­mide, la su­sur­rante, la pas très ef­fron­tée, re­pousse ses li­mites chez Lars von Trier. Lors de la sor­tie d’“An­ti­christ” en 2009, elle dé­cla­rait à “Psy­cho­lo­gies Ma­ga­zine” : “Je suis à la fois pu­dique et pas du tout pu­dique. J’ai du plai­sir à être re­gar­dée. Quand je peux me ré­fu­gier der­rière un rôle et des mots qui ne sont pas les miens, ça me per­met de me dé­pas­ser.” On at­tend son “Nym­pho­ma­niac” avec fièvre…

2,

Celles que ça a cou­lées

3 Pour Lind­say Lo­han, c’était l’opé de la der­nière chance. Après la coke, les cures de re­hab, la ré­pu­ta­tion d’in­gé­rable. “The Canyons”, sur un scé­na­rio de Bret Eas­ton El­lis – s’il vous plaît – de­vait la re­mettre cet été sur les rails. Pro­ba­ble­ment que ce thril­ler érotique, à minibudget (185 000 €, ré­col­tés en par­tie via une pla­te­forme de crown­fun­ding), faus­se­ment sul­fu­reux (le har­deur James Deen en co-star), scel­le­ra sa car­rière au ci­né à 27 ans. Si nul, tel­le­ment mas­sa­cré par la cri­tique, qu’il est sor­ti en di­rect-to-DVD. Rien ne sert de se dé­vê­tir, il faut éblouir à point. Avant elle, d’autres pa­pillons s’étaient brû­lés les ailes. Syl­via Kris­tel, bien sûr, Em­ma­nuelle sen­suelle (et pas bête : 165 de Q.I.) qui pur­gea son sta­tut d’icône à 22 ans, à coup de cham­pagne, co­gnac grand cru et poudre blanche. Des ex­cès qui l’em­me­nèrent droit vers l’en­fer. Puis au ci­me­tière, à 60 ans. Même au­to­des­truc­tion chez Lau­ra An­to­nel­li. Sex-sym­bol des an­nées 70, “Vé­nus en four­rure” ici, bonne soeur dé­voyée dans “Ob­sé­dé mal­gré lui”, l’ac­trice ne sup­por­ta pas – après avoir été si belle – les ou­trages du temps. Lors de la pré­pa­ra­tion du re­make de son plus grand suc­cès, “Ma­li­zia”, elle s’en re­mit à un chi­rur­gien es­thé­tique et une in­jec­tion qui la dé­fi­gu­rèrent. Elle vit au­jourd’hui dans la gêne, re­cluse. On pour­rait aus­si ci­ter Va­lé­rie Ka­pris­ky, sex-sym­bole des 80s en deux films (“La Femme pu­blique”, “L’An­née des mé­duses”) qui, par peur de se voir ins­tru­men­ta­li­sée, se rha­billa fis­sa, “mal­adroi­te­ment”, avoue-t-elle. Sa car­rière ne s’en re­met­tra ja­mais. Plus light en­fin, quelques star­lettes firent un pe­tit tour et puis s’en vont. Jane March, la belle An­glaise de “L’Amant”, après un “Tar­zan” de pa­co­tille, se re­ti­ra du cir­cuit ; per­sonne ne sait ce qu’est de­ve­nue Co­rinne Clé­ry, l’hé­roïne SM d’“His­toire d’O”, et Ro­mi­na Po­wer4, après sa Jus­tine gra­ti­née, d’après le “Mar­quis de Sade”, se re­cy­cla en chan­tant des bluettes à l’Eu­ro­vi­sion. Un moindre mal.

Celles que ça a “culti­fiées” Ci­tez un film avec Mag­gie Gyl­len­haal. “La Se­cré­taire”, c’est d’ac­cord. Et si­non ?... Chez cer­taines ac­trices, il y a un cô­té “Après moi nue, le dé­luge”. Le temps d’un film, par­fois d’une scène, elles ont at­teint un pe­tit nir­va­na, et la pos­té­ri­té à ja­mais. Pre­nez Bo De­rek. Un mythe. Phy­sique de sur­feuse ca­li­for­nienne, re­gard myo­so­tis, blon­deur lâ­chée ou tres­sée à l’afri­caine, ses pho­tos d’elle à che­val, ga­lo­pant nue et à cru, s’échan­geaient sous le man­teau. Sa fil­mo se ré­sume à cette co­mé­die : “Elle”. Pour l’anec­dote, quand le réa­li­sa­teur (Blake Ed­wards) l’a vu ar­ri­ver pour le cas­ting, il a prié en boucle : “Pour­vu qu’elle sache jouer, pour­vu...” Pas be­soin en vé­ri­té, elle de­vait in­car­ner ce qu’elle était dans la vie : une bombe ana­to­mique. Peu im­porte la suite de sa car­rière, nulle et pa­res­seuse (Bo pre­nait le ci­né­ma par-des­sus la jambe), le pu­blic re­tien­dra à ja­mais son corps de si­rène cou­rant au ra­len­ti sur la plage. Même cause, mêmes ef­fets pour Britt Ek­land : il faut la voir dans “The Wi­cker Man” (1973), ov­ni du ci­né fan­tas­tique dans le­quel, pour en­voû­ter un flic ve­nu en­quê­ter sur la dis­pa­ri­tion d’une fillette, se met à fre­don­ner et dan­ser nue au mi­lieu de sa chambre, à tam­bou­ri­ner et se frot­ter aux murs ! Sho­cking. Son ma­ri d’alors, la rock star Rod Ste­wart, ra­che­ta d’ailleurs par ja­lou­sie le max de co­pies afin que per­sonne ne puisse se rin­cer l’oeil. En pure perte... Et puis, il y a des ac­trices dont on se sou­vient du corps, des prouesses, et pas du nom. Qui sait, au­jourd’hui, qui est Ei­ko Mat­su­da ? Ou Va­len­tine Var­gas ? La pre­mière cas­trait d’une pipe son par­te­naire dans le cultis­sime “L’Em­pire des sens” ; la se­conde dé­flo­rait le moi­nillon (Ch­ris­tian Sla­ter) dans “Le Nom de la Rose”. Aaah oui ! Ayé, la mé­moire vous re­vient, n’est-ce pas ?

Ouh, les tri­cheuses ! “Être dou­blé, c’est la mort de l’ac­teur.” Dixit Ma­ri­lou Ber­ry, au ma­ga­zine “Elle”, lors de la sor­tie en juin des “Reines du ring”. Et là, on ri­gole. Car de Kei­ra Knight­ley (la scène de lap dance dans “Do­mi­no”) à Jes­si­ca Al­ba pour le très at­ten­du “Sin Ci­ty 2 : J’ai tué pour elle” de Mi­la Ku­nis (“Sexe entre amis”, les seins sont les siens, mais pas les fesses !) à Na­ta­lie Port­man (pour “Votre Ma­jes­té”, il s’agit du der­rière d’une étu­diante ir­lan­daise, car, se­lon la star, “l’eau était froide”...), pra­ti­que­ment toutes au­jourd’hui ont re­cours à des dou­blures corps. Idem en France, Ami­ra Ca­sar, pour “Ana­to­mie de l’en­fer” de Ca­the­rine Breillat (avec Roc­co Sif­fre­di), avait même de­man­dé que soit ins­crit cette men­tion cute dans son contrat : “Pas d’entrailles, pas d’ori­fices” ! À sa place, une cer­taine Pau­line Hunt (pseu­do) a fait le bouche-trou. Le phé­no­mène n’est d’ailleurs pas neuf : dé­jà Mau­reen O’Sul­li­van, la Jane des Tar­zan avec John­ny Weiss­mul­ler dans les an­nées 30, cé­dait sa place à une cham­pionne olym­pique (Jo­se­phine McKim) pour une sé­quence de na­ta­tion sous-ma­rine olé olé. En 2013, c’est de­ve­nu un bu­si­ness. Lin­da Te­glo­vic – les jambes de Rene Rus­so dans le re­make de “L’Af­faire Tho­mas Crown” – di­rige aux States la grosse agence Bo­dy Parts Mo­dels, et four­nit le Tout-Hol­ly­wood en dos, mains, fesses, et ro­plo­plos

5, par­faits. En France, des Fré­dé­rique Bel ou Laë­ti­tia Milot (“Plus belle la vie”) ont ca­che­ton­né ain­si à leurs dé­buts. En re­vanche, le por­no “n’ap­pro­vi­sionne” plus. Loin les an­nées 70, quand la star Clau­dine Bec­ca­rie dou­blait à corps per­du les ac­trices trop chastes. “Les har­deuses en 2013 sont ta­touées, pier­cées, les seins re­faits, note Ma­rie-Lau­rence de Ro­che­fort, at­ta­chée de presse chez Dor­cel de longues an­nées. Leurs corps ne ré­pondent plus à la de­mande. À la norme. Le ci­né­ma tra­di­tion­nel veut des filles bien fou­tues mais nor­males, et pas des freaks. Du coup, je ren­voie les agences de cas­ting vers les sites li­ber­tins.” Une ex­cep­tion : “Nym­pho­ma­niac”. Lars Von Trier6 au­rait fait pas­ser ses ac­trices Char­lotte Gains­bourg et Sta­cy Mar­tin au rayon X, les dou­blant par des look-a-like por­nos. Hop, ni vu ni connu. Mais fi­na­le­ment comme le rap­pelle le dic­ton, qu’im­porte le fla­con, pour­vu qu’on ait l’ivresse.—

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