SYM­BOLE NA­TIO­NAL

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En 2008, les au­to­ri­tés bar­ba­diennes ont dé­cré­té que le jour de nais­sance de Ri­han­na, le 20 fé­vrier, se­rait dé­sor­mais fé­rié (elle avait don­né un concert gra­tuit pour cé­lé­brer la nou­velle), et les pa­roles de son der­nier single, “Pour It Up”, sont dé­cryp­tées dans les écoles, bien que les en­fants n’aient pas le droit de voir le clip. Cette vi­déo ul­tra hot dans la­quelle la chan­teuse est dé­gui­sée en strip-tea­seuse, a d’ailleurs cho­qué beau­coup d’ha­bi­tants de l’île. Une femme qui tra­vaille pour l’office de tou­risme de la Bar­bade, nous ra­conte : “Dé­but oc­tobre, j’étais chez le coif­feur, et ce fut la plus longue séance de toute ma vie – cinq heures ! – tel­le­ment la conver­sa­tion s’em­bra­sait. Le su­jet ? Le fa­meux clip de « Pour It Up ». On est très chré­tiens ici. En gros, d’un cô­té les femmes se di­saient hos­tiles, et de l’autre les hommes ne com­pre­naient pas pour­quoi celles-ci n’ap­pré­ciaient pas. À la fin de la dis­cus­sion, une dame d’un cer­tain âge, pieuse et as­si­due à la paroisse, a osé : « Bon, c’est quand même bien que Ri­han­na montre aux Blanches comme Mi­ley Cy­rus ce qu’il faut pour twer­ker : des fesses de Black ! »” La relation des Bar­ba­diens avec Ri­han­na est am­bi­guë, car il y a aus­si chez eux beau­coup de fier­té : l’en­fant du pays était la qua­trième per­son­na­li­té la plus puis­sante du monde en 2012 se­lon le ma­ga­zine “Forbes”, et a été élue la même an­née par “Bill­board” meilleure ar­tiste pop des deux der­nières dé­cen­nies. Elle re­pré­sente même la Bar­bade dans des cam­pagnes de pub pour les tou­ristes. Dans cette île de 430 ki­lo­mètres car­rés pour en­vi­ron 280 000 ha­bi­tants, si­tuée entre la mer des Ca­raïbes et l’océan At­lan­tique, tout le monde a son his­toire sur Ri­han­na. Un pa­tron d’un hô­tel de luxe confirme que les Bar­ba­diens, très pu­ri­tains, ont une opi­nion très contra­dic­toire sur leur pe­tite ché­rie : “On l’ado­rait quand elle ren­dait hom­mage à la mu­sique d’ici (reg­gae, ca­lyp­so, so­ca), jus­qu’à ce qu’elle com­mence à ju­rer, à prendre de la drogue, à po­ser qua­si nue et à por­ter des vê­te­ments im­pri­més ca­mou­flage [in­ter­dits à la Bar­bade, car les dea­lers en portent pour faire un pied de nez à l’ar­mée, ndlr]. Ici, tout le monde dé­passe les bornes sans le dire, mais ce qui choque chez elle, c’est qu’elle l’af­fiche et laisse ain­si croire qu’on est tous comme ça sur l’île. Après, elle a beau être une « mau­vaise fille », c’est sur­tout une bonne am­bas­sa­drice, la meilleure qu’on puisse avoir. Elle vend la Bar­bade à des mil­lions de per­sonnes !” Les filles que l’on ren­contre en boîte de nuit, no­tam­ment au Su­gar et au Pri­va, qui portent des robes mou­lées sur des corps de rêve ta­toués, twerkent et se rasent un cô­té de la tête, sont quant à elles una­nimes : “C’est notre idole, clame l’une d’elles. Con­trai­re­ment à Beyon­cé, qu’on aime aus­si, mais qui est très lisse et semble tout contrô­ler, Ri­han­na ne fait au­cun se­cret de ses ex­cès et ose tout. Elle se moque du re­gard des autres, comme lors­qu’elle s’est re­mise avec l’homme qui l’avait frap­pée [le rap­peur Ch­ris Brown, ndlr] contre l’avis de tous. Elle est vrai­ment libre d’es­prit. C’est notre Ma­don­na à nous.” Elle offre aus­si à ces jeunes femmes la pos­si­bi­li­té d’un rêve, ce­lui d’un ti­cket pour la gloire mon­diale.

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