Un an après... avoir com­men­cé à trom­per mon mec

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ÉLO­DIE A 34 ANS, VIT AVEC BEN­JA­MIN ET MÈNE UNE RÉELLE DOUBLE VIE. ÉTRAN­GE­MENT, ELLE DIT Y AVOIR TROU­VÉ UN “ÉQUI­LIBRE”. DAN­GE­REUX.

Je ne sais pas com­ment tout ça a vrai­ment dé­bu­té. Est-ce le jour où j’ai re­çu son pre­mier e-mail ? Le jour où on s’est em­bras­sé ? Ou quelques jours avant, quand j’en mour­rais d’en­vie ? Je ne sais plus et fi­na­le­ment ça n’a pas d’im­por­tance. Nous sommes en sep­tembre 2012. Je rentre de va­cances, je me remets au tra­vail, plu­tôt bien, plu­tôt vite, je suis heu­reuse, en­tou­rée, le so­leil tape tou­jours sur le bal­con et les im­pôts ne sont pas en­core ar­ri­vés. Je m’ap­pelle Élo­die, j’ai 33 ans et je suis une fille gen­tille. Je vis avec Ben­ja­min, de­puis deux ans. Ben­ja­min est doux, at­ten­tion­né, drôle, beau et ta­len­tueux. Je le re­garde boire son ca­fé de­bout, dans la cui­sine et à cet ins­tant, je crois à cette vie par­faite, or­ga­ni­sée. Dans l’après-mi­di, je re­çois un mes­sage sur Fa­ce­book. Un cer­tain Oli­vier – que je ne connais pas – me de­mande si c’est bien moi qu’il a croi­sée ce ma­tin au ca­fé de son quar­tier. Ce n’est pas moi, bien sûr. Ce que je lui ré­ponds. S’en­suit alors une cor­res­pon­dance aus­si ba­nale qu’im­pro­bable dans la­quelle nous com­men­çons à nous ra­con­ter plein de choses de nos vies. La sienne est com­pli­quée, il re­vient d’un long voyage, s’ap­prête à di­vor­cer, cherche un ap­par­te­ment et du tra­vail. Oli­vier est brun, un peu bar­bu et sur les pho­tos de son pro­fil, il a les yeux tristes. Tout ce qu’il faut pour me plaire. De fil en ai­guille, bien sûr, nous dé­ci­dons de nous voir. À ce mo­ment-là, mal­gré les “drôles” d’idées qui com­men­çaient à me tra­ver­ser l’es­prit, je me dis que tout va bien, que je n’ai rien fait de mal, que nous al­lons peut-être de­ve­nir amis, c’est ça, amis et que mon âme de saint-ber­nard pour­rait même être de bon conseil et pour­quoi pas, re­mettre sur les rails cet inconnu au coeur bri­sé. Le ren­dez-vous est fixé : mer­cre­di, 12 h 30, à l’angle de la rue Saint-An­toine et de la place de la Bas­tille. Il vient me cher­cher en voi­ture, je le re­con­nais de­puis la vitre. Je monte et la pre­mière chose qui me fait cra­quer, c’est son odeur. Elle me plaît cer­tai­ne­ment un peu trop mais qu’im­porte, al­lez roule, j’ai faim et on va juste dé­jeu­ner. À table, je ne le re­garde pas, je me dé­couvre tout à coup in­croya­ble­ment ti­mide. Je parle très vite, il est très calme. Il fume dou­ce­ment au-des­sus d’un plat de ra­violes très cré­meuses. Je touche à peine à ma sa­lade sans sauce et dé­gueu­lasse. Le temps passe vite, c’est le mo­ment de re­trou­ver ma vie et bi­zar­re­ment, je suis as­sez pres­sée. J’ai hâte de ren­trer chez moi. Ce que je res­sens me donne en­vie de prendre la fuite et de re­tour­ner à ma vie car jus­qu’ici, elle m’al­lait très bien. Et je ne veux pas tra­hir Ben­ja­min. Il me dé­pose, nous nous em­bras­sons, sur la joue. Tout va bien. Sauf que j’ai en­vie de le re­voir, tout de suite, le plus vite pos­sible en réa­li­té.

SUC­COM­BER À LA TEN­TA­TION

C’est lui qui m’en­voie un mes­sage. “Un autre dé­jeu­ner ?” “Oui, pour­quoi pas.” Et nous y re­voi­là. Nous man­geons plu­sieurs fois, en ter­rasse, dans un Pa­ris chaud, do­ré, ma­gique. Et puis nous dî­nons. Dans un res­tau­rant thaï sombre, vide, dan­ge­reux. Je me sou­vien­drai tou­jours de ce pre­mier bai­ser avant le des­sert. Ce bai­ser est fou, in­croyable, il me sou­lève le coeur comme dans un as­cen­seur. Nous nous em­bras­sons long­temps, en­core et en­core, nous sommes seuls au monde et je vais ex­plo­ser. Je rentre. Je dors. Avant de le re­trou­ver tous les après-mi­dis pen­dant des se­maines. Nous ne fai­sons pas l’amour. Nous nous al­lon­geons dans les parcs en man­geant des bon­bons et en re­gar­dant les en­fants. Je mens à Ben­ja­min droit dans les yeux et sans rou­gir, j’in­vente n’im­porte quoi, il ne se doute de rien.

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