Ju­lien Do­ré : “Pour­tant, il me manque quelque chose”

Be - - SOMMAIRE - — PRO­POS RE­CUEILLIS PAR LU­DO­VIC PER­RIN

SON TROI­SIÈME AL­BUM L’A RE­MIS SUR LES RAILS APRÈS UN CHA­GRIN D’AMOUR. DE­PUIS, ON A EN­VIE DE

SOI­GNER SON COEUR DE LION EN PE­LUCHE.

Løve, al­bum de rup­ture ?

Dans ce mot, j’ai­mais la forme du “o” bar­ré. On di­rait à la fois une ci­ca­trice et une bous­sole. Un ar­tiste su­blime son vé­cu. C’est son rôle. Ces trois der­nières an­nées, j’ai consta­té que j’étais ca­pable d’une relation amou­reuse stable, struc­tu­rée, équi­li­brée. Et main­te­nant, je me re­trouve à 31 ans comme plein de gar­çons de ma gé­né­ra­tion : je pro­longe mon ado­les­cence. Je fais de la mu­sique, je pos­sède la gui­tare de mes rêves et j’ha­bite en co­loc avec mon meilleur pote [Bap­tiste, l’an­cien bat­teur des “Dig Up El­vis”, ndlr]. Mais il me manque quelque chose, une prin­cesse char­mante avec la­quelle je pour­rais par­ta­ger un bout de che­min, même loin de Pa­ris, loin des mé­dias. Cette idée ne m’a ja­mais quit­té.

Une rup­ture de lien ?

Il y a le pre­mier lien, le cor­don om­bi­li­cal avec la mère. En­suite, l’amour en crée de nou­veaux. Quand on les coupe avec un cou­teau, c’est plus dou­lou­reux que sous anes­thé­sie gé­né­rale. Bien que j’aie ga­gné ra­pi­de­ment mon in­dé­pen­dance fi­nan­cière, dès l’âge de 18 ans, du cô­té af­fec­tif ça a été plus long. J’ai l’im­pres­sion de sor­tir à peine de l’eau. C’est une se­conde nais­sance. À par­tir de 30 ans, on ne s’oc­cupe plus que de soi­gner son en­fance.

Une rup­ture gé­né­ra­tion­nelle ?

J’ai été un en­fant so­li­taire, qui avait du mal à se so­cia­bi­li­ser dans la cour d’école. Fils unique, je sais aus­si à quel point les pa­rents peuvent aimer leur pro­gé­ni­ture. J’adore les gosses, mais j’au­rais trop peur de les étouf­fer de mon trop-plein d’amour. Les en­fants ne de­mandent rien, ils ne doivent rien à leurs pa­rents.

La mu­sique, rup­ture du quo­ti­dien ?

À Nîmes, je tra­vaillais pour une en­tre­prise de net­toyage. J’ins­tal­lais mon écha­fau­dage, je net­toyais la fa­çade, je chan­geais les néons, puis je re­fer­mais et je re­par­tais. Dans les bu­reaux, der­rière les baies vi­trées, pas un bon­jour, per­sonne ne me voyait. De­puis six ans, je suis en contact per­ma­nent avec les autres. Grâce à la mu­sique, je suis al­lé au bout de ma dé­marche d’in­tro­ver­ti : bran­cher une gui­tare à un am­pli, hur­ler, trans­pi­rer, bou­ger, sai­gner des doigts. J’ai dé­cou­vert aus­si que “løve” si­gni­fiait “lion” en da­nois. Ce cô­té ins­tinc­tif, ani­mal me plaît bien.

Ju­lien Do­ré, “Løve” (Co­lum­bia/So­ny Mu­sic).

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