Le mau­vais goût, ça a du bon !

L’ÉPUI­SANTE DIC­TA­TURE DU BON GOÛT A VÉ­CU, IL EST TEMPS DE S’EN LI­BÉ­RER. AS­SEYEZ-VOUS DONC SUR UNE CAU­SEUSE EN PEAU DE PAN­THÈRE ET DIS­CU­TONS DE CETTE THÈSE HAR­DIE…

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Osons l’écrire bien fort : il ne faut pas avoir honte du mau­vais goût. Et dans cette cu­rieuse croi­sade, des al­liés de choix nous ac­com­pagnent. Dia­na Vree­land, par exemple, qui fai­sait la mode dans les an­nées 60 de­puis son fau­teuil de ré­dac­trice en chef du “Vogue” amé­ri­cain, dé­cla­rait : “La vul­ga­ri­té est un in­gré­dient très im­por­tant de la vie. Un peu de mau­vais goût, c’est comme une bonne pin­cée de pa­pri­ka. On en a tous be­soin – c’est bon pour le coeur,pour la san­té, pour le corps. Moi, c’est contre l’ab­sence de goût que je m’in­surge.” Un hom­mage sin­gu­lier lui est ren­du cet hi­ver dans la cam­pagne Cé­line shoo­tée par Juer­gen Tel­ler, où l’on voit le man­ne­quin Da­ria Wer­bowy ar­bo­rer d’im­menses ongles rouge sang. Di­rec­te­ment ins­pi­rés des hé­roïnes de “Dy­nas­tie” cir­ca 1982? Non, plu­tôt li­bre­ment pom­pés à la di­va Dia­na V., qui ne sor­tait ja­mais sans cette ma­nu­cure dé­mente. Phoebe Phi­lo, di­rec­trice ar­tis­tique hy­per chic et res­pec­tée de Cé­line, met là un sa­cré coup de griffe dans la charte du bon goût 2013 –elle avait dé­jà com­mis d’im­pro­bables Bir­ken­stock en mou­moute (en­fin... four­rées de vi­son) pour l’été 2013 –, et elle vient de re­cy­cler la dis­cu­table es­thé­tique Ta­ti cette sai­son. La­dite Phoebe, qui aime se­couer les cer­ti­tudes mo­deuses, est d’ailleurs ap­pa­rue dans le “Vogue” US en mars der­nier sur un ca­na­pé en im­pri­mé Ti­grou plu­tôt ré­ser­vé aux vo­lants de taxi. Elle y cer­ti­fiait : “Le style est une ques­tion de choix. Bon ou mau­vais goût, si ça a une âme, alors ça a du style.” Amen.

UN MOYEN DE JOUER AVEC LES CONVEN­TIONS

Dif­fi­cile, dans ces condi­tions, de ré­duire le mau­vais goût au laid ou au dé­mo­dé. “Ce qu’on nous pré­sente comme du bon goût n’est sou­vent qu’un mau­vais goût dis­si­mu­lé”, dé­clare pour sa part l’écri­vain Fré­dé­ric Roux dans son “Éloge du Mau­vais Goût” (éd. du Ro­cher). Il faut donc dé­pas­ser les ju­ge­ments cultu­rels tout faits se­lon les­quels le beau ne se­rait por­té que par les riches, le vul­gaire par la plèbe. “Je dé­teste la po­si­tion du cri­tique sta­tu­taire qui as­sène, quitte à se contre­dire ré­gu­liè­re­ment : il faut por­ter/ écou­ter/voir ça. Non ! On peut tout voir, tout écou­ter, tout por­ter si c’est sin­cère, sans cy­nisme”, s’em­porte Ber­trand Bur­ga­lat, mu­si­cien qui in­ter­prète un cu­rieux po­li­cier du style dans sa nou­velle émis­sion de té­lé (lire en­ca­dré).Et le mau­vais goût n’est pas for­cé­ment de l’ama­teu­risme ou de l’igno­rance. Loin de là. Ré­fé­ren­cé, ré­flé­chi et sur­tout ex­po­sé sans condes­cen­dance, un écart au style do­mi­nant s’im­pose au contraire

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