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SÉ­DUIRE SANS SUC­COM­BER ? ELLES SONT NOM­BREUSES À RÉIN­VEN­TER LES CODES DE LA DRAGUE. QUI SONT CES FILLES CA­SÉES, EXPERTES DANS L’ART DU “TEA­SING” ?

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à la ter­rasse d’un bar bran­ché de la ca­pi­tale. At­ta­blés au­tour d’une bou­teille de vin blanc, Ca­ro­line, jeune avo­cate de 25 ans, Louise, com­mer­ciale de 26 ans, et deux de leurs amis semblent par­ti­cu­liè­re­ment com­plices. L’at­mo­sphère est dé­ten­due, la conver­sa­tion, lé­gère, et les sou­rires, pleins de sous-en­ten­dus. Sauf que. Ceux avec les­quels Ca­ro­line et Louise sont plon­gées dans cet in­sou­ciant ba­di­nage ne sont pas leurs nou­veaux co­pains mais leurs voi­sins de table, ren­con­trés il y a une heure à peine. “Les vrais, ils sont à la mai­son !”, s’ex­clame Ca­ro­line dans un éclat de rire. “C’est une tra­di­tion entre nous, quoi qu’il ar­rive, on sort au moins une fois par semaine, rien que toutes les deux. Et on en pro­fite”, ap­puie Louise. “Je suis très heu­reuse avec mon mec, mais quand je sens un re­gard in­sis­tant ou une ten­ta­tive d’ap­proche, je m’amuse sou­vent à en­trer dans le jeu. Il ne faut pas se leur­rer. Pour beau­coup, « sor­tie » est sy­no­nyme de « ren­contre ». Per­son­nel­le­ment, je re­fuse de pas­ser pour la ra­bat-joie de ser­vice, celle qui n’a rien à faire là”, ajoute-t-elle. Une heure plus tard, les filles quittent le bar. Sans re­gret, elles plantent là leurs flirts res­pec­tifs pour ren­trer sa­ge­ment chez elles. In­fi­dèles et mal­hon­nêtes, Ca­ro­line et Louise, ou sim­ple­ment prag­ma­tiques et li­bé­rées ? En tout cas, elles sont loin d’être des cas iso­lés. En couple, elles sont de plus en plus nom­breuses à ten­ter l’ex­pé­rience de la sé­duc­tion à l’heure de l’apé­ro ou à la fa­veur d’une soi­rée entre co­pines. Sans culpa­bi­li­té ni contri­tion, cer­taines n’hé­sitent plus à af­fir­mer une fé­mi­ni­té af­fran­chie des codes tra­di­tion­nels. “Notre gé­né­ra­tion a conscience qu’il est illu­soire et dan­ge­reux de se concen­trer uni­que­ment sur la réus­site de sa relation. Faire des ren­contres, flir­ter, ce­la per­met de moins vivre pour son mec et plus pour soi”, af­firme An­neSo­phie Gi­rard, hu­mo­riste et écri­vaine*. Sans se po­ser en “meucs” ex­ces­sives à l’image d’une Ri­han­na ou d’une Mi­ley Cy­rus, qui en­chaînent les pro­vo­ca­tions sexuelles comme les shots de vod­ka, ces jeunes femmes as­sument leurs com­por­te­ments dé­com­plexés et fes­tifs. “Rien de plus nor­mal, sou­ligne Di­dier Nour­ris­son, his­to­rien et écri­vain**. On est au­jourd’hui té­moin d’un plai­sir évident des femmes à évo­luer en groupe, à faire la fête, comme les hommes. Ce­la mo­di­fie pro­fon­dé­ment les rap­ports de sé­duc­tion. Plus elles in­ves­tissent l’es­pace pu­blic, plus elles ont le sentiment de prendre le pou­voir”, ana­lyse-t-il.

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