Pierre Niney : “Yves Saint Laurent se ser­vait de sa ti­mi­di­té comme d’une arme”

“YVES SAINT LAURENT SE SER­VAIT DE SA TI­MI­DI­TÉ COMME D’UNE ARME” SOUS LES TRAITS DU CRÉA­TEUR DE GÉ­NIE, LE PLUS JEUNE PEN­SION­NAIRE DE LA CO­MÉ­DIE-FRAN­ÇAISE LIVRE UNE PER­FOR­MANCE BLUF­FANTE AU CI­NÉ­MA DANS LE FILM DE JA­LIL LES­PERT. IN­TER­VIEW.

Be - - SOMMAIRE - — PRO­POS RE­CUEILLIS PAR LU­DO­VIC PER­RIN

Pour le joyeux hé­té­ro que vous êtes, ça n’a pas été trop dur de jouer un ho­mo­sexuel ma­nia­co-dé­pres­sif ?

J’ai re­lu les bios, les in­ter­views, écou­té nuit et jour sa voix, et ce que m’en di­saient ses proches, Pierre Ber­gé [co­fon­da­teur de la mai­son Yves Saint Laurent et com­pa­gnon du créa­teur jus­qu’à sa mort en juin 2008, ndlr] mais aus­si Bet­ty Ca­troux, qui était sa muse, sa soeur et son dé­mon, et Do­mi­nique De­roche, qui fut son at­ta­ché de presse. Mais cet homme reste un mys­tère. Je n’en ai don­né qu’une vi­sion par­mi tant d’autres pos­sibles.

Qu’est-ce qui vous a sur­pris dans sa per­son­na­li­té ?

C’était un être ex­trê­me­ment fra­gile, mais qui se ser­vait de sa ti­mi­di­té comme d’une arme. Grâce à ce­la, il a su se faire écou­ter, pro­té­ger. En avait-il conscience ? Un jour, Pierre Ber­gé lui fit re­mar­quer : “Vous, vous par­lez tout bas.” Et Yves Saint Laurent eut cette ré­ponse : “Oui, pour obli­ger l’autre à écou­ter.”

Pierre Ber­gé a don­né son aval au film, con­trai­re­ment à ce­lui de Ber­trand Bo­nel­lo*. Quel a été son rôle ?

Il m’a no­tam­ment par­lé de l’hu­mour et de l’égoïsme du cou­tu­rier. Il nous a aus­si per­mis d’ac­cé­der à la chambre d’Yves Saint Laurent, à son stu­dio de créa­tion, à la vil­la Ma­jo­relle, à Mar­ra­kech. Mais il ne s’est ja­mais per­mis d’in­ter­ve­nir dans le scé­na­rio.

Il pa­raît qu’il est ve­nu sur le tour­nage...

Oui, pour la scène des bal­lets russes [une col­lec­tion de 1976]. Qu’a-t-il pu res­sen­tir du­rant cette sé­quence qui cor­res­pond à une sorte d’ac­mé chez Saint Laurent ? Dif­fi­cile de savoir... Quoi qu’il en soit, pour Ja­lil Les­pert [réa­li­sa­teur du film], il était hors de ques­tion de faire l’im­passe sur la part d’ombre de Saint Laurent – les ba­ckrooms, l’al­cool, la drogue, les mé­di­ca­ments, la dé­pres­sion... Tout l’in­té­rêt du film est là : il ra­conte une lé­gende. Yves Saint Laurent n’a pas ou­blié d’être rock, c’était un grand pro­vo­ca­teur. Lorsque Jeanloup Sieff lui fait son por­trait, il se met à poil, sans pré­ve­nir. Et là, de­vant le pho­to­graphe mé­du­sé, il dit : “Ne t’in­quiète pas, je te jure que ça va être bien.” Dans ces mo­ments-là, il n’écou­tait que lui. Il ne dou­tait pas.

Vous in­té­res­siez-vous à la mode jusque-là ?

Je suis loin d’être un fa­shion ad­dict. C’est en pré­pa­rant le film que ma curiosité pour la mode, ses per­son­nages lé­gen­daires tout comme les cou­tu­riers ac­tuels, s’est dé­ve­lop­pée. J’ai eu la chance d’as­sis­ter ré­cem­ment au tra­vail d’He­di Sli­mane, en backstage, pour son dé­fi­lé. Fas­ci­nant.

Cer­taines scènes sont as­sez tor­rides. Com­ment vous y êtes-vous pris ?

Avec Guillaume Gal­lienne, qui joue Pierre Ber­gé, nous avons lon­gue­ment dis­cu­té avant le tour­nage. Mais, le pre­mier jour, lorsque nous nous sommes re­trou­vés à 8 heures du ma­tin sur les quais de Seine à de­voir nous rou­ler des pelles, ça a été une autre paire de manches ! Mais, très vite, l’his­toire a re­pris le des­sus. Il s’agit de per­son­nages comme on n’en croise plus. Des gens pas­sion­nés, culti­vés, amou­reux de l’art, dont l’un ne sau­rait exis­ter sans l’autre. Ce sont des vases com­mu­ni­cants qui ont su avec gé­nie faire co­ha­bi­ter l’art et les chiffres.

Une sé­quence co­casse : quand Yves Saint Laurent se plaint de perdre ses che­veux alors que Ber­gé se dé­mène pour trou­ver des in­ves­tis­seurs et lan­cer la mai­son Saint Laurent…

Oui, il avait la han­tise d’être chauve. Même quand il ne les per­dait pas, il se met­tait des serviettes sur la tête pour les faire te­nir en­semble. Tout le monde se fou­tait de lui. Les che­veux, c’était son toc.

Et vous­vous, chau­ve­chauve, vous ar­rê­te­riez d’être co­mé­dien ?

Non ! Il y en a de su­perbes. Re­gar­dez Ch­ris­tian Hecq, c’est le meilleur ac­teur chauve qu’on connaisse...

Vous n’avez que 24 ans. Quelle se­ra votre vie après ce rôle ?

Je viens de si­gner avec un agent amé­ri­cain. J’ai­me­rais jouer en an­glais, mais, pour le mo­ment, mon seul pro­jet est un La­biche au théâtre, “Un cha­peau de paille d’Ita­lie”. C’est vrai que le der­nier jour du tour­nage, à Mar­ra­kech, je me suis sen­ti bi­zarre. Je me de­mande quand je re­trou­ve­rai un si beau rôle…

“Yves Saint Laurent”, de Ja­lil Les­pert. Avec Pierre Niney, Guillaume Gal­lienne, Char­lotte Le Bon, Ma­rie de Ville­pin… En salles le 8 jan­vier. * “Saint Laurent”. Avec Gas­pard Ul­liel, Jé­ré­mie Re­nier, Léa Sey­doux... En salles le 14 mai.

Yves Saint Laurent (Pierre Niney) aux cô­tés de Vic­toire Dou­tre­leaux (Char­lotte Le Bon) et de Pierre Ber­gé (Guillaume Gal­lienne).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.