Faut-il lire pour être heu­reux ?

LES LIVRES DE DÉ­VE­LOP­PE­MENT PER­SON­NEL VOUS PRO­METTENT LE BON­HEUR. CRÉ­DIBLE ?

Be - - SOMMAIRE - – ANNE- LAURE GRI­VEAU

Les ou­vrages de dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel en­va­hissent les li­brai­ries de­puis dix ans. “Cette lit­té­ra­ture s’écoule à plu­sieurs mil­liers d’exem­plaires en France et jus­qu’à plu­sieurs mil­lions aux États-Unis, son pays d’ori­gine”, in­dique Ni­co­las Mar­quis, doc­teur en so­cio­lo­gie à l’uni­ver­si­té Saint-Louis de Bruxelles*. Se­lon la culture amé­ri­caine du “self help”(au­to­no­mie), va­lo­ri­sé dans notre so­cié­té, cha­cun a des res­sources in­té­rieures in­ex­ploi­tées, et le dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel offre des ou­tils pour bien les uti­li­ser. “Ma­jo­ri­tai­re­ment is­sus des classes moyennes et su­pé­rieures, ces lec­teurs ne sont pour au­tant pas lo­bo­to­mi­sés, ils tra­duisent ce qui est écrit sui­vant ce qui ar­rive dans leur vie, ajoute le cher­cheur. Ces pu­bli­ca­tions ont une vo­ca­tion d’aide, on y vient tou­jours pour ten­ter de sur­mon­ter un pro­blème.” C’est le cas de Ju­lie (Alexan­dra La­my), l’hé­roïne du film “Ja­mais le pre­mier soir”** qui, après s’être fait lar­guer, y plonge la tête la pre­mière. Pour re­trou­ver son “che­min in­té­rieur”, elle ap­plique à la lettre les pré­ceptes de sa nou­velle Bible, “Le bon­heur ça s’ap­prend” et de son man­tra “Bon­jour la vie !”, “J’ai été ins­pi­rée par des amies qui n’ar­ri­vaient pas à trou­ver l’amour et s’achar­naient avec ce type de bou­quins. Et par la Fnac !, s’amuse Mé­lis­sa Dri­geard, la réa­li­sa­trice de la co­mé­die. Comme les ados avec les BD, des tren­te­naires squattent le rayon bien-être. Les femmes sont de­ve­nues des car­rié­ristes de leur vie in­time. Elles mettent le bon­heur en équa­tion grâce à ces livres et tentent de sai­sir ra­tion­nel­le­ment ce dont elles n’ont pas tou­jours la com­pré­hen­sion émo­tion­nelle. Je ne suis pas sûre que le bon­heur s’ap­prenne, mais nous pou­vons nous exer­cer à lâ­cher prise, à ne pas tou­jours ap­prendre, jus­te­ment.” Autre ar­tiste à ques­tion­ner la quête du bon­heur, Ste­fan Sag­meis­ter, le gra­phiste qui a tra­vaillé avec les Stones ou Lou Reed. Mé­di­ta­tion, tra­vail, sport, drogue, thé­ra­pie cog­ni­tive ou en­core couple, il in­vite le vi­si­teur de la Gaî­té Ly­rique*** à par­ta­ger ses ex­pé­ri­men­ta­tions pour at­teindre l’état heu­reux. “On est plus dans l’ex­pé­rience, dans la ten­ta­tive, que dans l’in­tros­pec­tion et le fan­tasme. Faire pour savoir, plu­tôt que savoir pour (ne pas) faire”, ajoute Jé­rôme De­lor­mas, le di­rec­teur des lieux. Alors, ac­tion !

*Au­teur de la thèse “So­cio­lo­gie de la pratique de lec­ture du dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel en ré­gime d’au­to­no­mie. Du texte à l’ex­pé­rience.” À pa­raître. **“Ja­mais le pre­mier soir” de Mé­lis­sa Dri­geard. Avec Alexan­dra La­my, Ju­lie Fer­rier, Mé­la­nie Dou­tey. *** Ex­po­si­tion “The Hap­py show”, de Ste­fan

Sag­meis­ter. Gaî­té Ly­rique, Pa­ris 3. Jus­qu’au 9 mars.

Mé­la­nie Dou­tey

et Au­drey La­my en quête du boh­neur.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.