Un an après... avoir ar­rê­té le X

RARES SONT LES PORN STARS QUI, PAGE TOUR­NÉE, AC­CEPTENT DE TOUT RA­CON­TER. AU­DREY, 26 ANS, TROIS CENTS SCÈNES AU COMPTEUR, S’EST PRÊ­TÉE AU JEU.

Be - - SOMMAIRE -

Je m’ap­pelle An­gell, euh non, Au­drey. An­gell Sum­mers, c’était mon nom dans le mé­tier. Je m’y perds moi-même par­fois... Je suis née et j’ai gran­di à Chartres, au coeur de la Beauce. Plus exac­te­ment dans un ha­meau de deux cents ha­bi­tants, à trente ki­lo­mètres de là, en­tou­ré de champs. Ma mère était femme de mé­nage et mon père, ou­vrier à la chaîne. Les deux bos­saient dans la même usine qui pro­duit des bar­quettes ali­men­taires. Inu­tile de pré­ci­ser que, dans un tel mi­lieu so­cial, on ap­prend la va­leur de l’ar­gent. À mes 12 ans, mes pa­rents se sé­parent, je pars vivre avec ma mère à Chartres, la grande ville. Mes trois frères, plus grands, sont dé­jà dans la vie ac­tive, des bou­lots ma­nuels qui com­mencent par “c” : car­ros­sier, cui­si­nier, chau­dron­nier. Je suis la pe­tite der­nière, un “ac­ci­dent”. Et je rêve alors d’être avo­cate ou vétérinaire. De toute ma­nière, d’un mé­tier pas comme les autres. Bond dans le temps. J’ai 19 ans, en bac pro com­merce. J’au­rais pu conti­nuer vers le BTS, les ré­sul­tats sui­vaient, mais j’avais en­vie de ga­gner ma vie tôt. Mon co­pain a cinq ans de plus que moi. Noël ap­proche, il veut un cadeau “ex­cep­tion­nel”. Sur un coup de tête, me voi­là qui réa­lise un ca­len­drier avec des cli­chés de moi pris par ma belle-soeur. En mère Noël, en Bi­ki­ni sur une plage... Rien de bien af­frio­lant. Mais j’aime l’ex­pé­rience. Me mettre en scène, m’ex­hi­ber. J’ai alors l’idée de créer un blog amateur gen­ti­ment sexy : des pho­tos de bain moussant, en lin­ge­rie... On sait com­bien la Toile peut vite s’en­flam­mer. Une fille me contacte : elle as­sure des shows sur des sa­lons éro­tiques, me trouve jo­lie, et pro­pose que je passe la voir sur ce­lui de Pa­ris. Ban­co, j’y vais, ac­com­pa­gnée de mon mec. À son stand, on sym­pa­thise, elle me co­opte : “Reste avec moi. Ça te di­rait de dan­ser ? J’ai un show, du strip-tease de­bout sur le comp­toir du bar. C’est juste to­pless...” À ce mo­ment, il me faut pré­ci­ser, j’étais une pe­tite pro­vin­ciale, une fille nor­male à la sexua­li­té ba­nale. M’ima­gi­ner me tré­mous­ser seins à l’air de­vant des in­con­nus... Com­ment dire ? L’an­goisse... Et l’ex­ci­ta­tion de l’in­ter­dit. Je n’avais pas le temps de ré­pondre : “Faut que j’y ré­flé­chisse, on se rap­pelle”, c’était là, main­te­nant. Étourdie par le dé­fi, le rouge aux joues, me voi­là donc qui la re­joins, et me tré­mousse de­vant un at­trou­pe­ment. Mo­ra­li­té ? J’aime ça. Le jeu flatte, sans doute une vieille pul­sion nar­cis­sique. Et le bif­ton, à la fin, éloigne mes der­niers scru­pules. C’est un pe­tit mi­lieu. Entre mon blog et quelques spec­tacles les­biens très soft (frot­ti-frot­ta et sans gode) sur d’autres sa­lons, Dor­cel et VCV, pro­duc­teurs che­vron­nés, me re­marquent. Nous sommes en 2008, j’ai 21 ans. Ils me pro­posent de la fi­gu­ra­tion sur des tour­nages. En­ten­dons-nous bien : par “fi­gu­ra­tion”, com­prendre “scènes non sexuelles”. À 200 eu­ros, tous frais payés, pour cou­rir en T-shirt et shor­ty sur du sable une de­mi-jour­née, je dis oui. Le Dor­cel s’ap­pelle “Sec­tion dis­ci­pli­naire”, l’ac­tion se dé­roule dans un camp de filles me­nées à la ba­guette. Cu­rieuse, je de­mande à voir une scène hard. J’ob­serve donc une prise hé­té­ro ba­sique, entre un har­deur res­pec­tueux et une jo­lie star­lette. Loin des lieux com­muns qui dia­bo­lisent le X, des filles bat­tues et du si­da. Deuxième fi­gu­ra­tion : sur le tour­nage du film “Les Ma­jo­rettes”. Am­biance bon en­fant et bar­be­cue par­ty. Je pose une foule de ques­tions, sym­pa­thise avec l’ac­trice Sa­bri­na Sweet, me fais al­lu­mer par une autre, nym­pho no­toire dans le mé­tier. Sans le savoir, je mets le doigt dans l’en­gre­nage.

JE RE­DOUTE LA RÉ­AC­TION DE MA FA­MILLE

Un mois après, ce qui de­vait ar­ri­ver ar­rive : on me pro­pose un vrai rôle. Une “Alice au pays des mer­veilles”, mais à poil face ca­mé­ra, et en le­vrette. Pres­sion maxi, c’est un gros bud­get, le film se­ra dif­fu­sé sur Ca­nal +. Je co­gite. On me ras­sure sur les condi­tions d’hy­giène. Je dé­couvre les ta­rifs, conven­tion­nés comme des pres­ta­tions de plom­bier : 400 eu­ros la va­gi­nale, 500 l’anale, 700 la double pé­né­tra­tion. Des four­mis dans le ventre, j’ai en­vie d’ac­cep­ter, pour le chal­lenge, pas pour l’ar­gent. Mais je re­doute la ré­ac­tion de ma fa­mille. Alors, je leur écris une lettre, à ma mère, mon père et mes frères, pour jus­ti­fier l’in­jus­ti­fiable. Que c’est un choix mû­re­ment ré­flé­chi,

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