Me­ret Op­pen­heim, fé­mi­niste mo­dèle

ME­RET OP­PEN­HEIM RE­FU­SAIT D’ÊTRE UNE SIMPLE MUSE. ELLE POUR­RAIT BIEN NOUS INS­PI­RER.

Be - - SOMMAIRE - — ANNE- LAURE GRI­VEAU Ré­tros­pec­tive Me­ret Op­pen­heim, mu­sée LaM de Lille. Du 14 fé­vrier au 1er juin.mu­see-lam.fr

Àpeine dé­bar­quée de sa Suisse na­tale, en 1932, une jeune étu­diante en art sé­duit le Tout-Pa­ris sur­réa­liste. André Bre­ton, Al­ber­to Gia­co­met­ti, Mar­cel Du­champ et Max Ernst en tête. Cette nymphe ex­quise, c’est Me­ret Op­pen­heim, 19 ans à l’époque, que Man Ray ne tarde pas à faire po­ser nue. Fé­mi­niste jus­qu’au bout des cils, elle re­fuse néan­moins d’être qua­li­fiée de muse et, bien qu’un brin di­let­tante, se met elle aus­si à créer. Pleine d’hu­mour, elle ex­plore no­tam­ment les fron­tières entre l’homme et la femme, entre l’hu­main et l’ani­mal, entre le fé­ti­chisme et le mé­pris pour le sexe dit faible. Plas­ti­cienne, poète et écri­vaine, elle expose, dès 1933, avec le cercle des sur­réa­listes, avant de de­ve­nir l’une des ar­tistes ma­jeures du mou­ve­ment. Grâce à une oeuvre à poil(s). En­core, me di­rez-vous. Sauf que cette fois, la four­rure est celle des bra­ce­lets qu’elle a ima­gi­nés pour la créa­trice El­sa Schia­pa­rel­li, et qu’elle porte au ca­fé de Flore lors­qu’elle ren­contre Pi­cas­so. Le peintre sug­gère que tous les ob­jets du quo­ti­dien soient ain­si re­cou­verts. C’est ain­si que naît son oeuvre la plus cé­lèbre, “Le Dé­jeu­ner en four­rure”. Ses tasse, sou­coupe et cuiller, ache­tées dans un su­per­mar­ché, ha­billées de poils de ga­zelle, sont ac­quises par le tout nou­veau MoMA (le Mu­sée d’Art mo­derne) de New York. Me­ret n’a que 23 ans. An­ti­con­for­miste, l’icône s’éloigne alors des sur­réa­listes et re­tourne à Bâle, où elle tra­verse une crise iden­ti­taire qui l’em­pê­che­ra de créer pen­dant près de dix-huit ans. Plus Pygmalion que Mi­no­taure, c’est Pi­cas­so qui lui re­donne à nou­veau l’ins­pi­ra­tion lorsque, en 1956, il lui de­mande de réa­li­ser cos­tumes et masques pour sa pièce de théâtre “Le Dé­sir at­tra­pé par la queue”. Très im­pli­quée dans le dé­bat fé­mi­niste, l’ar­tiste de­vient dans les an­nées 70 l’une des fi­gures du com­bat pour l’éga­li­té. À l’heure où être muse est par­fois consi­dé­ré comme un mé­tier, il fait bon dé­cou­vrir l’uni­vers de Me­ret et gar­der les yeux grand Op­pen.

“Fan­tôme”, de Me­ret Op­pen­heim. (1959). Ci-des­sus, pho­to­gra­phiée par Man Ray en 1933.

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