“La Belle et la Bête” avant/après

RE­MAKE DU CLAS­SIQUE DE COC­TEAU, LA VER­SION DE CH­RIS­TOPHE GANS S’EM­MÊLE LES CRAYONS.

Be - - SOMMAIRE -

La Belle La Jo­sette Day de l’ori­gi­nal (1946) avait la go­di­che­rie d’une Per­rette et le pot au lait, le cour­roux en­fan­tin (sour­cils fron­cés...), et sem­blait pri­son­nière de ses robes ca­mi­soles. Léa Sey­doux fait pé­ter car­cans et dé­col­le­té. Ob­jet sexuel, même en­ca­pu­chon­née fa­çon Boucle d’Or, elle s’éman­cipe, et n’a pas peur d’ap­pe­ler une bête une bête. La Bête Chez Coc­teau, elle avait la dic­tion théâ­trale, jo­li­ment ma­nié­rée de Jean Ma­rais, et les traits de Mou­louk, son chien (si). Af­fable, elle ser­vait du “S’il vous plaît”, quand Vincent Cas­sel pré­fère l’ani­ma­li­té me­na­çante. Tête de Chew­bac­ca, avec cri­nière en ar­rière et bouche prune, voix sé­pul­crale, cette bête veut bluf­fer quand l’autre cher­chait à émou­voir. La fo­rêt Pour les psys, la fo­rêt sym­bo­lise, par son obs­cu­ri­té et son en­ra­ci­ne­ment, nos ter­reurs in­cons­cientes. Pas moins. En­nei­gée, ba­layée par les vents à ne pas y voir à un pas de da­da, celle du re­make exa­gère la di­men­sion im­pé­né­trable. Et forme, bar­rière épi­neuse que seul un sé­same peut ou­vrir, une cou­ronne, qui n’est pas sans rap­pe­ler celle du Ch­rist. La croix et la bar­rière, donc. Le châ­teau Le film de Coc­teau était tour­né dans un chouette mé­li-mé­lo de dé­cors na­tu­rels (l’ab­baye de Royau­mont...) et de stu­dio, re­cou­sus en­semble par le gé­nie du dé­co­ra­teur Re­né Mou­laert. Notre re­make, c’est un dé­dale de pas­se­relles, d’es­ca­liers, de cou­loirs. L’en­semble est sur­plom­bé d’une tour sor­tie tout droit d’un jeu vi­déo et ceint par des fa­laises ge­lées. Ici, hé­las !, les cou­tures nu­mé­riques se voient... Les cos­tumes Dans les deux films, la luxu­riance est là. En re­vanche, à la rai­deur des vestes et robes à col­le­rettes de l’ori­gi­nal, les chaînes bling et le noir et blanc li­mi­tant les éclats, Ch­ris­tophe Gans et son équipe ré­pliquent par un dé­fi­lé de tex­tures et de cou­leurs qui ex­plosent. La ma­gie L’idée coc­tesque des mains hu­maines sor­tant des murs, reste une dia­ble­rie. Il y a aus­si les larmes de dia­mant, le gant passe-mu­raille, les ca­ria­tides vi­vantes... Rem­pla­cés par quoi ? Un fes­ti­val d’ef­fets py­ro­tech­niques, une apo­théose gran­di­lo­quente avec géants de pierre et ciel d’éclairs. Ch­ris­tophe Gans au­rait-il bu le philtre de tra­vers ? La poé­sie Il était une fois un conte, si­gné ma­dame Le­prince de Beau­mont. Coc­teau l’avait com­pris, y in­suf­flant sa fo­lie sur­réa­liste, le charme de la len­teur, le mer­veilleux cruel d’un Gus­tave Do­ré... À la place, “La Belle et la Bête” V2 fait de la poé­sie au mar­teau-pi­queur et cette er­reur clas­sique : croire que le pu­blic, plus il crie, plus il jouit. — GAËL L E BELLEGO “La Belle et la Bête”, de Ch­ris­tophe Gans. Avec Léa Sey­doux, Vincent Cas­sel. En salles le 12 fé­vrier. “La Belle et la Bête”, de Jean Coc­teau. Avec Jo­sette Day, Jean Ma­rais. (Stu­dio Ca­nal).

Léa, une Belle éman­ci­pée qui n’a pas peur d’ap­pe­ler

une bête une bête...

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