Dans la peau de... Isa­bel­la Blow

L’ICÔNE DE MODE BRI­TISH EST L’OB­JET D’UN LIVRE ET D’UNE EX­PO À LONDRES : IL N’EN FAL­LAIT PAS PLUS À FIO­NA SCH­MIDT POUR SCHIZOPHRÉNER...

Be - - SOMMAIRE - “Isa­bel­la Blow : Fa­shion Ga­lore !”, par Ca­ro­line Evans, Alexander Fury, Sho­nagh Mar­shall, Nick Knight (éd. Riz­zo­li). En li­brai­rie aux États-Unis le 4 fé­vrier (en an­glais).

Grande bour­geoise, bi­po­laire, bi­po ex­cen­trique,

j’ai étu­dié l’art à New York, frayé avec Bas­quiat et Wa­rhol, ven­du des scones et as­pi­ré des chambres d’hô­tel avant que la mode me rat­trape par la manche et me fasse muse, sty­liste, con­sul­tante et di­rec­trice du ma­ga­zine “Tat­ler” et du sup­plé­ment style du “Sun­day Times”. Fi­na­le­ment, mon es­prit était bien plus far­fe­lu que mes te­nues.

Oui, j’ai sou­vent une mine de vieux toast au­jourd’hui :

le désher­bant que j’ai bu pour me sui­ci­der en 2007 m’est res­té sur l’es­to­mac. Ne faites pas : “Han !”, je suis, en­fin, j’étais aus­si douée en mode qu’en hu­mour noir. Mes deux ma­ris (suc­ces­sifs) me re­pro­chaient d’être ob­sé­dée par la mort, mais ce peut être si drôle, la mort ! D’ailleurs, je crois avoir tra­ver­sé ma vie comme une bal­le­rine ivre tom­bée du cer­veau de Tim Bur­ton.

Le seul sou­ve­nir que j’ai de ma mère,

c’est son cha­peau, je l’es­sayais en­fant, avant qu’elle ne parte en nous ser­rant la main à mon père, mes soeurs et moi. Mon frère se noya dans la pis­cine à 2 ans, et mon père me déshé­ri­ta : c’est peu dire que ma fa­mille res­sem­blait à une ar­moire Ikea dont on au­rait je­té la no­tice de mon­tage.

J’étais spec­ta­cu­laire par pu­deur.

Mes fa­meux cha­peaux, créés pour moi par mon ami Philip Trea­cy, te­naient le réel à dis­tance. Même mes sui­cides furent théâ­traux : j’ai no­tam­ment sau­té d’une mont­gol­fière et fait une over­dose sur une plage in­dienne, avant de réus­sir à me tuer pen­dant une fête que j’or­ga­ni­sais. Bref, j’ai in­ven­té le sui­chic – sui­cide chic.

À ce pro­pos, mes fu­né­railles ont été un concen­tré

de la plus réus­sie des fa­shion weeks : Hus­sein Cha­layan, Stel­la Ten­nant, Alexander McQueen..., un bi­bi de Philip Trea­cy pour cou­ronne mor­tuaire et un hom­mage d’An­na Win­tour, dont je fus l’as­sis­tante ! Comme si Dieu ta­po­tait le dos de Moïse en di­sant : “Bien ouèj, pe­tit.”

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