Vam­pires sto­ry

ÉLÉ­GANT ET FROID, “ONLY LOVERS LEFT ALIVE”, DE JIM JAR­MUSH, MORD LÀ OÙ ÇA FAIT MAL. NOTRE FILM DU MOIS.

Be - - SOMMAIRE - — GAËL L E BELLEGO

Leur vie semble du­rer une éter­ni­té. Nor­mal, Adam et Eve sont vam­pires. Lui est un mu­si­cien pro­dige et in­dé­mo­dable, souf­flant un ada­gio à Schu­bert au XIXe siècle, com­po­sant au­jourd’hui, dans son home stu­dio, du rock go­thique. C’est Tom Hidd­les­ton. Elle n’a pas de mé­tier, mais un amour pour Adam grand comme la Bible. C’est Til­da Swin­ton, cri­nière blanche et teint de sta­tue, qui lui prête son étran­ge­té. En­semble, ils ne croquent pas la pomme, mais des cous. Même s’ils pré­fèrent – mo­der­ni­sa­tion du mythe oblige, et parce que le sang y est “plus pur” – s’ap­pro­vi­sion­ner à l’hô­pi­tal. Pa­rias, ils se cachent, vivent leur dif­fé­rence en huis clos, à l’écart des vi­vants. Le film de Jim Jar­musch (“Dead Man”, “Ghost Dog”...) est donc vam­pi­ro-cen­tré. Il n’y a pas d’ef­fet mi­roir, mais on s’at­tache pour­tant à ces deux âmes en peine. Au-de­là de la love sto­ry, Jar­musch offre une pro­me­nade som­nam­bule dans les rues de Tan­ger et sur­tout De­troit, no man’s land fan­to­ma­tique de­puis que ses usines ont fer­mé. Lent, même ané­mié (sur­tout la pre­mière heure), “Only Lovers...” en­voûte mal­gré tout, por­té par un ro­man­tisme noir digne de John Keats ou de Sa­muel Co­le­ridge. Et l’ar­ri­vée à mi-film de la soeur d’Eve (Mia Wa­si­kows­ka), vam­pi­rette dé­ver­gon­dée, ap­porte du sang neuf. On en­tend aus­si, en écho, le dis­cours dé­çu du réa­li­sa­teur, an­ti-Hol­ly­wood, an­ti-You­Tube, an­ti­mu­sique mains­tream, comme si lui-même, lu­nettes noires sur nuits blanches, se ver­rait bien vivre à l’écart du monde. “Only Lovers Left Alive”, de Jim Jar­musch. Avec Til­da Swin­ton, Tom Hidd­les­ton, Mia Wa­si­kows­ka, John Hurt. En salles le 19 fé­vrier.

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