“J’en­tends sou­vent : « Tiens, tu n’as pas d’ac­cent »”

Be - - ENQUÊTE - Ro­khaya Dial­lo *“Com­ment par­ler du ra­cisme aux en­fants”, pré­face de Lilian Thuram (éd. Le Ba­ron per­ché).

Jour­na­liste et mi­li­tante, pu­blie un livre sur le ra­cisme des­ti­né aux en­fants*

“J’ai pris conscience que j’étais noire à 6 ans. Avec ma mère, d’ori­gine sé­né­ga­laise, et mon pe­tit frère, nous vi­vions dans un im­meuble du 19e ar­ron­dis­se­ment, à Pa­ris. Un quar­tier ou­vrier où se croi­saient Magh­ré­bins, Juifs, Asia­tiques... : Ba­by­lone. Un jour pour­tant, un en­fant m’a glis­sé : « Mon pa­pa ne veut pas que je joue avec les Noirs. » Stu­pé­fac­tion. Je dé­cou­vrais ma cou­leur. Ma mère s’est dis­pu­tée avec le père. Rien n’y a fait : j’avais per­du un co­pain. Bi­zar­re­ment, c’est jeune adulte que j’ai pris conscience du ra­cisme am­biant. À la té­lé, quand Do­ro­thée chan­tait « La Ma­chine ava­lée » en­tou­rée de « bons sau­vages », les Noirs étaient qua­si in­vi­sibles. Et plus tu grimpes dans les études [Ro­khaya est di­plô­mée de droit à As­sas et d’une école de com­merce, ndlr], moins tu vois de Noirs. C’est donc vers 20 ans, comme « mi­no­ri­té vi­sible », que les re­marques ont af­flué : « C’est mar­rant, tu n’as pas d’ac­cent »... Dès qu’en soi­rée pas­sait du zouk ou Ma­gic Sys­tem, on me di­sait : « C’est pour toi, ça ! » Quand j’au­rai des en­fants, je les pré­pa­re­rai psy­cho­lo­gi­que­ment. Je leur don­ne­rai confiance en eux, en leur iden­ti­té. Il faut être fort pour sur­mon­ter ça.”

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