IMANY

‘‘La fé­mi­ni­té, c’est ac­cep­ter qui l’on est’’

Be - - LA UNE - PRO­POS RECUEILLIS PAR ANNE BIANCHI. STYLISME VA­NES­SA CO­QUET. PHO­TOS BEN­NI VALS­SON.

Le suc­cès de son pre­mier al­bum, “The Shape of a Bro­ken Heart” – plus de 300 000 exem­plaires ven­dus dans le monde, disque de pla­tine dans de nom­breux pays eu­ro­péens –, a été ful­gu­rant. On s’est toutes re­con­nues dans ses bal­lades soul-folk, où la chan­teuse à la voix d’or noir trans­cende ses peines de coeur et parle des hommes, “ceux qui [l’] ont bles­sée, ceux [qu’elle n’au­rait] ja­mais dû ren­con­trer, et ceux qu’il ne faut surtout pas es­sayer de chan­ger...” Après 325 concerts en Eu­rope et un ma­riage en 2013, Imany a beau­coup gran­di. À 33 ans, l’ex-man­ne­quin a concré­ti­sé son rêve de gosse. Chan­ter, comme Tra­cy Chap­man. Les­si­vée mais heu­reuse, elle se pose en coup de vent à Pa­ris en ce dé­but d’an­née, et c’est là qu’on l’at­trape. “Ce­la fait presque trois ans que je ne suis pas chez moi... J’ai fi­ni la tour­née sur les ge­noux, alors je souffle un peu, je vais au ci­né­ma, au théâtre, je lis et je vois mes co­pines !” En réa­li­té, Imany, wor­ka­ho­lic au­to­pro­cla­mée, ne s’ar­rête ja­mais. “Je suis une grosse bos­seuse et j’aime ce que je fais, je ne vais pas me plaindre”, sou­rit-elle. Entre Pan­tin, où elle vit, et Da­kar, où elle com­pose, elle est en pleine pré­pa­ra­tion de son deuxième al­bum qui sor­ti­ra à la fin de l’an­née, et met une touche fi­nale à la BO du film d’Au­drey Da­na, “Sous les jupes des filles” (sor­tie le 4 juin), un beau pro­jet de femmes. “Au­drey a réuni un cas­ting de onze ac­trices fan­tas­tiques – Va­nes­sa Pa­ra­dis, Lae­ti­tia Cas­ta, Isa­belle Ad­ja­ni, Ju­lie Fer­rier, Syl­vie Tes­tud, Gé­ral­dine Na­kache, Ma­ri­na Hands... – et vou­lait ab­so­lu­ment que je fasse la mu­sique, qui est comme le dou­zième per­son­nage du film.” Entre deux concerts, elle com­pose la mu­sique, écrit les textes et trouve les chan­teuses, des jeunes femmes qui “ha­bitent” ses chan­sons, comme Axelle Rous­seau pour “Sit­ting on the Ground” ou Émilie Gas­sin, avec “Drop­ped Down”, où sa patte groo­vy, sa cha­leur et sa fé­mi­ni­té puis­sante sont pal­pables. Si elle n’in­ter­prète que le der­nier mor­ceau, “La Flash­mob”, un fu­tur hit à coup sûr, elle confie avoir ado­ré ce nou­veau rôle de ca­pi­taine de na­vire. “J’aime au­tant di­ri­ger les autres qu’être di­ri­gée, c’est l’échange qui me mo­tive.” Cet après-mi­di plu­vieux de jan­vier, on re­trouve Imany au coin du feu, dans le sa­lon d’un hô­tel pa­ri­sien. Elle porte un sweat chi­né “Ain’t Laurent Wi­thout Yves”, une grosse chaîne do­rée en­tre­mê­lée de fils de cou­leur, un jean rouge, des bas­kets mon­tantes léo­pard, son fa­meux tur­ban et, au­tour de ses poi­gnets très fins, des di­zaines de bra­ce­lets afri­cains qui bougent au rythme de ses mains. Loin de l’image hau­taine qu’on lui colle par­fois, Imany est cha­leu­reuse, drôle, ba­varde. Une vraie fille. Avant d’ar­ri­ver, elle a fait un stop chez Marc Ja­cobs, où elle a cra­qué pour une paire de bas­kets noires avec

de la den­telle. “Je ne fais pas beau­coup de shop­ping mais j’adore la mode, et main­te­nant que j’ai le temps, quand je craque, j’achète !” On pense à Ni­na Si­mone, Jo­sé­phine Ba­ker, Ery­kah Ba­du et Co­co Cha­nel, pour le mix d’in­fluences. Mais non. Avec ses mains tou­jours dans les poches – même sa robe de ma­riée, si­gnée Sa­ki­na M’Sa, en avait ! – et ce cô­té garçon man­qué contra­rié, l’ex­cham­pionne de saut en hau­teur pos­sède surtout une gram­maire mode bien à elle. Un ton juste, for­gé aux confluents de l’Afrique, du hip-hop et d’une cer­taine idée du style, qui a plus à voir avec le fait d’être soi-même et d’ac­cep­ter son corps, ses en­vies, ses formes, plu­tôt que de suivre les autres ou ce que disent les ma­ga­zines. Un mé­lange de sim­pli­ci­té, de gra­phisme et de confort, ad­di­tion­né d’une gé­né­reuse dose de fun. Ren­contre ins­pi­rante. Tu as ré­cem­ment chan­té en fi­nal d’un dé­fi­lé mi­la­nais. Qu’a ressenti l’ex-man­ne­quin de­ve­nue chan­teuse ? J’ai tou­jours vou­lu chan­ter mais long­temps, j’ai cru que c’était im­pos­sible. Je n’avais pas confiance en moi. Là, je re­gar­dais les filles sur le po­dium, à la place où j’étais il y a en­core quelques an­nées, et je me di­sais : “Je suis là où j’ai tou­jours vou­lu être.” Quels sou­ve­nirs gardes-tu de ces an­nées mode ? Man­ne­quin, c’est hy­per­frus­trant, tu es là et, en même temps, tu n’existes pas. J’avais des choses à dire, mais quand tu es mo­dèle, tout le monde s’en fout. On te dit grande gueule et exi­geante. Ton franc-par­ler t’a-t-il des­ser­vi ? Non, au fi­nal, c’est plu­tôt po­si­tif. Je suis grande gueule mais pas bruyante. Je suis plu­tôt cash, je dis les choses sans dé­tour, mais je mets les formes. Exi­geante, oui, dé­fi­ni­ti­ve­ment. Je le suis avec moi­même et avec les autres car je crois que c’est la seule ma­nière d’ob­te­nir le meilleur. Je choi­sis de vivre par l’exemple plu­tôt que par la ty­ran­nie. Je ne donne pas de coups de bâton, et j’es­saie d’être juste. Si je ne me laisse pas al­ler, alors mon équipe

“LES AC­CES­SOIRES, LE TUR­BAN, ÇA VIENT DE MA MÈRE, ELLE ADORE LES BI­JOUX”

(ma­jo­ri­tai­re­ment mas­cu­line) fe­ra de même. Ce qui m’in­té­resse, c’est ins­pi­rer les gens, pas les “em­mer­der”. Tu dis de toi-même que tu es une guer­rière, ça si­gni­fie quoi ? Je suis une spor­tive dans l’âme, j’aime l’ef­fort et les dé­fis, ma men­ta­li­té de guer­rière vient de là. J’ai dû me battre pour de­ve­nir chan­teuse. Avec ma soeur Fa­tou, qui est ma ma­na­geuse, on a frap­pé à toutes les portes. Je ne lâche ja­mais rien, je peux faire une scène avec 40 de fièvre. Ça vient de mon édu­ca­tion, ba­sée sur le fait qu’on n’a rien sans rien, et sur le res­pect qu’on doit à soi-même et aux autres. On di­sait de Co­co Cha­nel qu’elle était “fille de ses propres oeuvres”. Cette ex­pres­sion te cor­res­pond-elle ? Oui. Mon es­time de moi, je l’ai construite toute seule, et c’est la seule ma­nière. S’ai­mer et s’ac­cep­ter telle que l’on est n’est pas fa­cile. Mais une chose est cer­taine, dans la vie, ton meilleur ami doit être toi-même. Le reste suit.

Tu as un mo­dèle de femme ? Si­mone de Beau­voir a chan­gé ma vie. Je viens d’une fa­mille co­mo­rienne mu­sul­mane. Dans notre culture, la place de la femme n’est pas égale à celle de l’homme, et après avoir lu “Mé­moires d’une jeune fille ran­gée”, j’ai com­pris que je pou­vais ne pas me confor­mer au mo­dèle de la femme sou­mise en­fants, qui qui cui­sine. reste à la J’ai mai­son trou­vé avec ma les voie entre ma foi les et tra­di­tions la femme libre de mes que pa­rents, je suis. Oui, Imany on au m’a ci­né­ma, dé­jà fait c’est des pos­sible pro­po­si­tions. ? C’est quelque chose dont j’ai en­vie. Pen­dant mes an­nées new-yor­kaises, j’ai pris des cours de théâtre avec Su­san Bat­son, qui a coa­ché Tom Cruise, Ni­cole Kid­man et la plu­part des ac­teurs phares de Spike Lee. Ça m’a ser­vi de psy­cha­na­lyse. Quels de mode sont ? tes pre­miers sou­ve­nirs Ma mère adore les bi­joux, elle ac­cu­mule les bra­ce­lets en or, qu’elle porte même pour sor­tir les pou­belles. Pour elle, une femme n’a pas le droit d’être dé­faite, c’est une ques­tion de di­gni­té. Les ac­ces­soires, le tur­ban, ça vient d’elle aus­si. Le fou­lard jus­te­ment, qui est de­ve­nu ta marque de fa­brique, c’est un hom­mage à tes ori­gines ? Non, c’était ini­tia­le­ment pour ca­cher mes che­veux dans leurs mau­vais jours. Et puis, un jour, une jeune fille est ve­nue me dire que ça fai­sait femme noire qui s’as­sume, j’ai bien ai­mé. Rien à voir avec la religion. Dans cette sé­rie pho­to, les fou­lards que tu portes sont grif­fés. Dans la vie, tu les achètes où ? Au mar­ché de Pan­tin, dans le bac à 1 eu­ro ! Pour que ça tienne bien, il faut du po­ly­es­ter, pas de la soie ! Bon, j’ai aus­si des im­pri­més ma­gni­fiques si­gnés Gi­ven­chy, une marque que j’aime de­puis long­temps.

Tu col­lec­tionnes les ac­ces­soires ? J’ai une pas­sion pour les bas­kets. J’ai com­men­cé par les Ree­bok Classic. C’est lié au choc es­thé­tique que j’ai eu en voyant “Fla­sh­dance”, où Jen­ni­fer Beals porte cette paire rose à trois scratchs. Une ré­vé­la­tion ! J’ai aus­si des Adi­das, des Con­verse... Qu’est-ce qui te sauve les jours où tu ne sais pas comment t’ha­biller ? Les me­lon ac­ces­soires. – le vrai nom Mon de fou­lard mes tur­bans ou mon de mé­mère brille ou –, que et ça mes s’agite bi­joux. aux Quand mains ça ou aux oreilles, ça dé­tourne l’at­ten­tion.

Tu à Il ton a t’ha­billes une ma­ri idée ? très comment pré­cise pour du style, faire et plai­sir il est al­ler­gique Il aime les à trucs la ba­na­li­té, simples, donc un peu j’ai an­dro­gynes la pres­sion ! et Des surtout con­seils pas à vul­gaires. don­ner aux filles ? N’ayez pas peur de la cou­leur ! Le noir in­té­gral, c’est bien à 15 ans, après c’est triste. Il ne faut pas avoir peur du mau­vais goût, d’un dé­tail qui crie un peu. En mode comme dans la vie, il faut faire des faux pas. À force d’es­sayer, on fi­nit par trou­ver Qui t’ins­pire ce qui au­jourd’hui nous va vrai­ment. ? J’ai fas­ci­née gran­di par en ma­dame re­gar­dant Car­ring­ton “Dy­nas­tie” et ses à la looks té­lé, eig­thies. dra­ma­tique, J’aime voire Til­da clow­nesque Swin­ton, par­fois. son cô­té Et je trouve Na­ta­lie Port­man très classe. Sous son air po­li­cé, elle pour­rait avoir le dos en­tiè­re­ment ta­toué. J’aime ce dé­ca­lage entre ce que l’on montre et ce que l’on cache.

La fé­mi­ni­té, ça si­gni­fie quoi pour toi ? Ac­cep­ter qui tu es. Donc c’est dif­fé­rent pour cha­cune d’entre nous.

Comment trouve-t-on son style ? Le style, c’est as­su­mer qui l’on est, d’où l’on vient. Aus­si faut-il sa­voir ce que ce­la veut dire. De fait, puisque nous sommes chan­geantes, il n’est ja­mais fi­gé, il évo­lue se­lon les âges et les hu­meurs.

Tu as trou­vé le tien sur le tard ? À 17 ans, j’étais à l’école, et je fai­sais du saut en hau­teur en com­pé­ti­tion. J’étais un vrai garçon man­qué, j’écou­tais du hip-hop très poin­tu, je por­tais des tresses ul­tra longues et je m’ha­billais chez Karl Ka­ni. Donc, oui, le che­min a été long pour trou­ver mon style, mais je ne re­grette rien !

Quelle pièce culte as-tu dans ta pen­de­rie ? Le T-shirt. J’adore par­ti­cu­liè­re­ment les im­pri­més et ceux à mes­sage.

Ton sac au quo­ti­dien ? J’ai ma vie avec moi, ma mu­sique… Donc il est énorme. En ce mo­ment, je porte le Bal­let de Ni­na Ric­ci et le New Sac­ca de Gi­ven­chy.

Ce­lui que tu rêves d’avoir ?

Un clas­sique Cha­nel. Noir ou bleu ma­rine.

Ton pro­chain achat mode ? Un ou vin­tage. vrai beau trench Burberry. Neuf

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