Dries Van No­ten, le ma­gi­cien

LE CRÉA­TEUR BELGE EST CÉ­LÉ­BRÉ DANS UNE EXPO AU MU­SÉE DES ARTS DÉ­CO­RA­TIFS, À PA­RIS.

Be - - SOMMAIRE - — KA­TELL POU­LI­QUEN

Je ne suis pas tou­jours ins­pi­ré par ce que j’aime, quel­que­fois, c’est par ce que je dé­teste”, avoue Dries Van No­ten. Pour l’au­tomne-hi­ver 2009, il est ain­si par­ti d’un sa­cré choc es­thé­tique. Il a vou­lu trans­po­ser l’em­ploi tor­tu­ré de la cou­leur chez le peintre Francis Ba­con, pour voir “ce que don­ne­raient ces teintes hors normes sur des vê­te­ments”. En pré­ser­vant l’es­sen­tiel d’une oeuvre d’art : l’émo­tion. Qu’on aime ou qu’on haïsse. Le ré­sul­tat ? Une col­lec­tion fai­sant s’en­tre­cho­quer des to­na­li­tés étranges, presque dis­so­nantes, rose écre­visse, rouille, mas­tic, in­di­go, don­nant du ca­rac­tère à des pièces qui au­raient sem­blé as­sez bo­ring, si­non. Le mu­sée des Arts dé­co­ra­tifs a eu la riche idée de jux­ta­po­ser les vê­te­ments du créa­teur belge à des oeuvres l’ayant ain­si puis­sam­ment ins­pi­ré, si­gnées Francis Ba­con, mais aus­si Eli­za­beth Peyton, Mark Ro­th­ko, Yves Klein ou Da­mien Hirst. Des pho­tos, des vi­déos, des ex­traits

de films et des ré­fé­rences mu­si­cales com­plètent cette sorte d’in­tros­pec­tion à la­quelle le pu­blic est convié. “Il se dé­voile beau­coup !”, pro­met Pa­me­la Gol­bin, com­mis­saire de l’expo. An­cien élève de l’Aca­dé­mie royale des beaux-arts d’An­vers, Dries Van No­ten fait par­tie des “six d’An­vers”, ce groupe in­for­mel de jeunes créa­teurs belges de­ve­nu sy­no­nyme d’avant-garde de la mode. Mais le vo­ca­bu­laire de ce­lui que le mi­lieu sur­nomme “Dries” – même si sa ré­serve toute jé­suite, comme le col­lège où il fut élève, n’in­cite guère à la fa­mi­lia­ri­té – est très per­son­nel. Et pas fran­che­ment mi­ni­ma­liste. Nour­ris­sant un ap­pé­tit pour les voyages fan­tas­més (en réa­li­té, il quitte très peu ses bureaux et son jar­din an­ver­sois), il est le cou­tu­rier du mé­tis­sage et de l’im­pri­mé, tant il em­prunte vo­lon­tiers aux tra­di­tions de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique ou du Mexique. Sans rien de lit­té­ral ni de folk­lo­rique. “On a du mal à da­ter ses vê­te­ments”, re­prend Pa­me­la Gol­bin. Le meilleur com­pli­ment pour ce­lui qui en­vi­sage son tra­vail à mi-che­min de l’art, de l’ar­ti­sa­nat, du com­merce mais aus­si, sans doute, de la poé­sie. “La mode n’est pas uni­que­ment une af­faire de vê­te­ments chers et bien faits. Elle est, pour cha­cun, une nour­ri­ture sur le plan créa­tif. C’est cet amour que je sou­haite trans­mettre.”

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3 1. Co­lo­riste vir­tuose (au­tomne-hi­ver 2009), le créa­teur belge a com­men­cé en 1986 par une col­lec­tion homme.

2. Ses lignes fé­mi­nines portent sou­vent la trace de son ap­pé­tit pour le mé­lange des genres (été 2013), où le corps est moins cé­lé­bré que l’al­lure, sou­vent dé­struc­tu­rée.

3. Autre si­gna­ture du style Dries, les im­pri­més foi­son­nants (ex­clu­sifs à 95 %), tels ces ikats d’ins­pi­ra­tion in­dienne (été 2010).

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