Na­na ché­rie

ICÔNE DES 90s, NE­NEH CHER­RY SIGNE SON GRAND RE­TOUR AVEC LE RÉUS­SI “BLANK PRO­JECT”PRO­JECT”.

Be - - SOMMAIRE - Ne­neh Cher­ry, “Blank Pro­ject” (Small­town Su­per­sound).

Nous avons pro­fi­té de sa der­nière es­cale pa­ri­sienne pour rat­tra­per avec Ne­neh Cher­ry le temps per­du. Bonne nou­velle : la Sué­doise joue tou­jours franc-jeu. Vous re­ve­nez en so­lo après dix-huit ans d’ab­sence. Qu’avez-vous fait pen­dant ce temps-là ? Je conti­nuais la mu­sique, mais j’avais be­soin de prendre du re­cul, de com­prendre où j’al­lais. Peut-être étais-je aus­si fa­ti­guée de moi-même, de mon image. La cé­lé­bri­té peut être gé­nial : faire de la mu­sique chez soi et sou­dain com­prendre qu’elle in­té­resse les gens, c’est gri­sant, mais tem­po­raire. Seules quelques cé­lé­bri­tés ar­rivent à gar­der le haut de l’af­fiche toute leur vie. Ça de­vient un job à plein-temps de res­ter cé­lèbre : ça im­plique de traî­ner dans les bons en­droits avec des per­sonnes en vue, c’est très su­per­fi­ciel. J’ai croi­sé Lind­say Lo­han dans une boîte à New York. Elle n’avait pas l’air de s’amu­ser... Dans les an­nées 90, vous ar­bo­riez un style flam­boyant qui a contri­bué à faire de vous une icône du hip-hop. Comment a-t-il évo­lué de­puis ? Quand je re­garde des pho­tos d’il y a vingt ans, je me dis que j’avais un style très écla­tant, en to­tale adé­qua­tion avec l’es­prit de la mu­sique que je fai­sais. J’ai­mais por­ter de grosses créoles, un chapeau, des col­liers. Ça ré­pon­dait à une in­quié­tude. Dans le mi­lieu où j’évo­luais, j’avais be­soin de me sen­tir plus so­lide. Sor­tir dans la rue avec une su­per paire de bas­kets, ça me gon­flait à bloc ! Au­jourd’hui, je peux mé­lan­ger une pièce de va­leur avec des vê­te­ments qui ne coûtent rien. Je dois aus­si vous avouer qu’avec les an­nées j’ai “ga­gné” quelques tailles... [Rires.] Mais je conserve des ré­flexes mode de cette époque : je res­sors sou­vent du pla­card mes vieux vê­te­ments. Pour vous qui en êtes une pion­nière, l’image de la femme s’est-elle amé­lio­rée dans le hip-hop ? Le hip-hop a beau­coup chan­gé... À l’époque, il y avait des filles ex­tra­or­di­naires comme MC Lyte, Foxy Brown ou Queen La­ti­fah. Il y en a tou­jours. J’aime beau­coup M.I.A. et Azea­lia Banks, son titre “212” est in­croyable. Pour le reste, force est de consta­ter qu’il y avait hier plus de place pour les voix que pour les seins et les jambes re­cou­verts d’huile...

Quelque part, le rap s’est per­du ? Chez cer­tains, oui. Ai­mer faire de l’ar­gent, pa­ra­der dans de grosses voi­tures... Le rap est al­lé très loin dans la sur­en­chère, et par­fois ça en de­vient las­sant. D’un autre cô­té, il y a des gens qui se re­mettent à en faire comme avant, des choses poé­tiques. J’écoute, par exemple, beau­coup Joey Ba­da$$. Toute une nou­velle gé­né­ra­tion émerge, elle est en train de revenir aux ra­cines du mou­ve­ment. — PRO­POS RECUEILLIS PAR LAURENT- DA­VI D SA­MA­MA

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.