Hot sport

DE­PUIS QUELQUES MOIS, “SPOR­TIVE” RIME AVEC “MÉGASEXY”. MAIS CE PRO­FIL DE BOMBE N’EST-IL PAS PROCHE DE L’EX­PLO­SION ?

Be - - SOMMAIRE - — HOR­TENSE BONAMY

Loin des cli­chés de la cou­reuse en vieux jog­ging XXL ou de la na­geuse aux épaules d’homme, la ten­dance fits­po (contrac­tion de “fit”, comme to­nique, et de “sport”) est par­tout. Consis­tant à s’en­traî­ner ré­gu­liè­re­ment et dans une te­nue mou­lante tout en man­geant équi­li­bré, et à pos­ter le ré­sul­tat sur Ins­ta­gram ou Tum­blr, elle a même conta­mi­né les stars. Der­niè­re­ment, les sel­fies spor­tifs sont de­ve­nus la spé­cia­li­té des man­ne­quins Vic­to­ria’s Se­cret, de Kim Kar­da­shian (post­gros­sesse), de Jes­si­ca Al­ba (po­sant fiè­re­ment de­vant son ta­pis de course), ou de Bar Re­fae­li en pleine séance d’ab­dos-fes­siers. Le mes­sage ? Faites du sport, vous se­rez sexy. Une nou­velle es­thé­tique du corps fé­mi­nin semble ain­si se des­si­ner, à l’image d’une Doutzen Kroes sou­le­vant des poids pour la cam­pagne prin­temps-été 2014 de Vic­to­ria’s Se­cret Sport Col­lec­tion. Mais par­fois, cette mode du fits­po va trop loin…

EX­TRÊME LI­MITE

Comme dans ce ca­len­drier of­fi­ciel de la Coupe du monde de foot­ball : douze cli­chés de filles très hot (qui a dit “su­per vul­gaires” ?), mou­lées dans des poom poom shorts et frap­pant le bal­lon avec muscle et convic­tion. Très li­mite aus­si, ces slo­gans fits­po qui prennent des al­lures d’hymnes trash : “I don’t exer­cise to be healthy, I exer­cise to look sexy as fuck na­ked” (“Je ne m’en­traîne pas pour être en forme, je m’en­traîne pour être sexy à mort toute nue”), le healthy n’est plus la prio­ri­té. Le fits­po res­semble un peu trop au thins­po, cette ten­dance qui met­tait en avant des filles maigres et af­fo­lait les ré­seaux so­ciaux. Pour Amel Ai­touche, créa­trice du blog de sport Hins*, ce phé­no­mène part pour­tant d’une bonne in­ten­tion : “Moi-même, j’aime ces pho­tos mo­ti­vantes, mais je fais la part des choses : je sais ce qu’il faut en­du­rer pour ar­ri­ver à un tel ni­veau.” En ef­fet, la plu­part du temps, les sites de fits­po sont ali­men­tés par des coachs ou des man­ne­quins sports­wear. Mais “les jeunes femmes qui veulent leur res­sem­bler ne se rendent pas compte que ce­la né­ces­site des pro­grammes d’en­traî­ne­ment quo­ti­diens et une ali­men­ta­tion bien spé­ci­fique”, pour­suit la jeune femme. Al­ter­na­tive saine au thins­po, le fits­po n’en reste pas moins une ten­dance vi­sant à contrô­ler son corps dans un sou­ci es­thé­tique. Pour le doc­teur Greg Dé­camps, pré­sident de la So­cié­té fran­çaise de psy­cho­lo­gie du sport**, “à l’ori­gine de ces deux comportements se trouve le même mé­ca­nisme psy­cho­lo­gique : ce­lui de l’in­sa­tis­fac­tion cor­po­relle”. On y va donc mol­lo sur les hal­tères. Ce qui n’est pas pour nous dé­plaire… *Hins : Healthy is the New Sexy. blo­ghins.com **Au­teur de “Psy­cho­lo­gie du sport et de la san­té” (2011) et de “Psy­cho­lo­gie du sport et de la per­for­mance” (2012, éd. De Boeck, col­lec­tion Ou­ver­tures psy­cho­lo­giques).

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