Comme un par­fum d’émo­tion

Sen­tir bon, on sait faire. Mais peut-on sen­tir joyeux, ou même élé­gant ? Bien sûr que oui, ré­pondent par­fu­meurs et spé­cia­listes. La preuve en dix fran­grances qui nous font du bien.

Be - - SOMMAIRE - RÉA­LI­SA­TION AU­RÉ­LIE LAM­BILLON STYLISME MA­RION GUIOT. PHO­TOS BRU­NO BAR­BA­ZAN.

La peau de notre amou­reux, le par­fum de notre mère... Il y a des odeurs que l’on n’ou­blie­ra ja­mais et qui sont ca­pables de nous toucher ins­tan­ta­né­ment. Mais si nous dé­ve­lop­pons tous, au fil de notre vie, une his­toire ol­fac­tive per­son­nelle, cer­taines sen­teurs peuvent dé­clen­cher chez nous, de fa­çon plus uni­ver­selle, une large pa­lette d’émo­tions. “L’odo­rat se dis­tingue des autres sens par une spé­ci­fi­ci­té fonc­tion­nelle, pu­re­ment phy­sio­lo­gique, sou­ligne l’his­to­rienne du par­fum Éli­sa­beth de Fey­deau. Il est le seul à être di­rec­te­ment re­lié à la par­tie lim­bique du cer­veau, qui est le siège des émo­tions. Et l’odo­rat en est un vec­teur d’au­tant plus fort qu’on ne peut pas le com­man­der : qu’on le veuille ou non, on res­pire, donc on sent.” Pas éton­nant, donc, que le par­fum dont on s’as­perge chaque ma­tin puisse lar­ge­ment in­fluen­cer notre hu­meur de la jour­née. Dans “Le Par­fum et l’Amour” (éd. L’Es­prit du temps), la pro­fes­seure en com­mu­ni­ca­tion Pa­tri­zia Lau­da­ti sou­ligne de son cô­té l’im­por­tance des “am­biances sen­so­rielles” et leur “im­pact sur la conduite de l’in­di­vi­du”. Or si les odeurs pré­dis­posent bel et bien notre re­la­tion à notre en­vi­ron­ne­ment, elles condi­tionnent aus­si notre rap­port à nous-même. Rien de tel qu’un par­fum joyeux pour se don­ner la pêche, on l’a bien com­pris. Mais comment le choi­sir ?

L’ODEUR DE L’ÉLÉ­GANCE

“La no­tion d’élé­gance est très cultu­relle : en France ou en Italie, les ac­cords chy­prés sont consi­dé­rés comme l’ar­ché­type du raf­fi­ne­ment alors qu’aux États-Unis, le chic est sou­vent as­so­cié à des odeurs propres, dé­crypte le par­fu­meur Francis Kurkd­jian. Mais de fa­çon gé­né­rale, les par­fums qui nous pro­curent ce sen­ti­ment dé­voilent une construc­tion com­plexe : se­lon moi, un par­fum mo­no­note et fi­gu­ra­tif n’a pas de classe. Par exemple, une va­nille toute bête ne se­ra ja­mais chic, mais si elle est twis­tée – avec une fleur, des bois… –, elle peut le de­ve­nir. L’élé­gance est tou­jours un peu abs­traite : elle naît du mys­tère, d’un cer­tain dé­ca­lage.” Avec Car­ven L’Eau de Toi­lette, une en­vo­lée flo­rale fraîche sur fond mus­qué, il a trans­po­sé l’es­prit his­to­rique de la mai­son de cou­ture dans une com­po­si­tion verte, très mo­derne. Pour L’Eau Cou­ture d’Elie ie Saab, c’est la ma­gie d’une na­ture ur­baine lors­qu’elle éclot au prin­temps qu’il a cap­tu­rée : une fra­grance flo­rale douce et très lu­mi­neuse. Chez Car­tier, Ma­thilde Laurent a ima­gi­né né pour La Pan­thère une mé­lo­die en trois temps : ac­cord chypre en tête, gar­dé­nia en coeur, et fond de muscs pour ce e par­fum ra­cé, ins­pi­ré par le fé­lin em­blé­ma­tique de la mai­son. n. Flo­ral aman­dé. L’Eau Cou­ture, Elie Saab, 50 ml, 64 € (2). Fraî­cheur prêt-à-por­ter. Car­ven l’Eau de Toi­lette, 50 ml, 62 € (4), en ex­clu­si­vi­té chez Co­lette, puis en avril. Gar­de­nia fauve. Eau de par­fum La Pan­thère, Car­tier, 50 ml, 84 € (5), à par­tir du 15 mars.

LES NOTES DE LA JOIE

“La joie est liée à des no­tions de fraî­cheur, de jeu­nesse, de lu­mière, ex­plique le par­fu­meur Ber­trand Du­chau­four. Un par­fum peut nous pro­cu­rer ce sen­ti­ment grâce au pé­tillant qui ca­rac­té­rise les notes d’agrumes, ou avec des épices comme la car­da­mome ou les baies roses. De même, les notes frui­tées in­duisent tou­jours une émo­tion joyeuse : les fruits rouges et les fruits d’eau bien ju­teux évoquent in­évi­ta­ble­ment le so­leil, l’éclat, l’éner­gie.” Pour com­po­ser Haute Vol­tige, un par­fum conçu comme un éclat de joie, Ber­trand Du­chau­four n’a pas hé­si­té à jouer sur le double sens du mot “gre­nade”, ce fruit cen­tral de la fra­grance dont le nom si­gni­fie aus­si une ex­plo­sion. Sy­no­nyme de so­leil et de vi­ta­mines, la gre­nade entre en ré­so­nance avec une pi­voine très char­nue, des notes ozo­niques vi­vi­fiantes et des épices vi­brantes. In­ter­pré­ta­tion mo­derne du lé­gen­daire Joy, Joy Fo­re­ver twiste l’ac­cord si­gna­ture de Jean Pa­tou, rose et jas­min de Grasse, à l’aide d’une man­da­rine aci­du­lée et d’une fleur d’oran­ger so­laire. Un par­fum beau comme un sou­rire, por­té par des ma­tières d’ex­cep­tion. Quant au très lu­mi­neux Ex­ta­tic, avec son jas­min de nuit en coeur, il est un clin d’oeil au­da­cieux à l’eu­pho­rie des am­biances de fête… Gre­nade exu­bé­rante. Eau de par­fum Haute Vol­tige, L’Ar­ti­san Par­fu­meur, 125 ml, 140 € (3), à par­tir de mai. Bou­quet mo­derne. Eau de par­fum Joy Fo­re­ver, Jean Pa­tou, 50 ml, 120 € (1). Jas­min té­né­breux. Eau de par­fum Ex­ta­tic, Bal­main, 60 ml, 59 € (6).

LES FA­CETTES DE L’AMOUR

“Un par­fum peut nous faire res­sen­tir de vraies bouf­fées d’amour lors­qu’il est construit par des odeurs po­si­tives, sensuelles et confor­tables, ca­pables de sug­gé­rer à notre es­prit des mo­ments de plai­sir sen­so­riel. Les muscs

et les notes pou­drées lé­gè­re­ment vanillées vont nous évo­quer la peau et donc une cer­taine in­ti­mi­té. Les notes plus ad­dic­tives, comme les fruits rouges, jouent la carte d’un plai­sir gour­mand, par­fois un peu ré­gres­sif. En­fin, cer­taines ma­tières pre­mières nous évoquent l’amour par des as­so­cia­tions d’idées plus ou moins sub­li­mi­nales, comme la rose, et de fa­çon gé­né­rale tous les par­fums fleu­ris très fé­mi­nins”, ex­plique le par­fu­meur Serge Ma­joul­lier, qui vient de si­gner l’eau de toi­lette Elle L’Aime. Pour cette fra­grance qui nous parle d’une femme amou­reuse et rayon­nante, il a nim­bé un jas­min sen­suel du rouge vif et frais de la gro­seille. Quelques pé­tales de rose dé­voilent en­suite un fond ca­res­sant de bois blancs et de muscs. La fleur em­blé­ma­tique des amou­reux est la star de Marni Rose, une fra­grance dé­li­cate qui cé­lèbre la rose en sou­li­gnant suc­ces­si­ve­ment ses in­fi­nies fa­cettes : pou­drée, aro­ma­tique, boi­sée, épi­cée… Ja­mais tout à fait la même, mais tou­jours fol­le­ment fé­mi­nine. Flo­ral sen­suel. Eau de toi­lette Elle l’aime, Lo­li­ta Lem­pi­cka, 40 ml, 54 € (7). Mul­tiple rose. Eau de par­fum Marni Rose, 65 ml, 90 € (8).

LES MA­TIÈRES DU VOYAGE “Les par­fums qui nous trans­portent ailleurs contiennent sou­vent une over­dose d’une ma­tière na­tu­relle que l’on as­so­cie à un lieu, que ce soit cultu­rel­le­ment ou à tra­vers notre propre ex­pé­rience. Ain­si, les épices et le jas­min évoquent l’Inde, les bois fu­més la Chine, la fleur d’oran­ger le Ma­roc ; la fleur de tia­ré, c’est la plage, la figue, elle, sug­gère le bas­sin mé­di­ter­ra­néen… Par­mi les ma­tières syn­thé­tiques, ci­tons la ca­lone : cette mo­lé­cule qui sent l’iode et les em­bruns a été spé­cia­le­ment créée pour nous trans­por­ter au bord de la mer !, ana­lyse Jo­han­na Mo­nange, di­rec­trice du dé­ve­lop­pe­ment des par­fums L’Oréal chez IFF. Les par­fu­meurs jouent sur ces pré­ju­gés ol­fac­tifs qu’on nous in­culque de­puis tou­jours, et ils sont d’ailleurs les pre­miers à pui­ser dans leurs voyages pour com­po­ser. Du cô­té des marques, cer­taines dé­ve­loppent un uni­vers tel­le­ment fort au­tour de leurs par­fums qu’on fi­nit par as­so­cier au­to­ma­ti­que­ment leur odeur à l’ima­gi­naire qui leur est lié : c’est le cas de Sha­li­mar avec l’Inde, par exemple.” Ain­si, le der­nier par­fum de Ro­ger & Gal­let nous em­mène à Zan­zi­bar grâce à une sur­dose énergisante de gin­gembre, tra­vaillé de fa­çon très lu­mi­neuse afin d’évo­quer un feu d’ar­ti­fice au mi­lieu de l’océan In­dien. Avec son Eau Tro­pi­cale, Sis­ley nous en­traîne dans la douce cha­leur d’une jungle ima­gi­naire en exal­tant avec fraî­cheur et sen­sua­li­té l’odeur en­voû­tante des fleurs blanches. — SA­RAH BOUASSE Gin­ger fever. Eau fraîche Gin­gembre Rouge, Ro­ger & Gal­let, 100 ml, 39,10 € (9), le 1 avril. Pluie de fleurs blanches. Eau Tro­pi­cale, Sis­ley, 50 ml, 67,50 € (10), en mai.

Mise en beau­té Sis­ley par Cy­ril La­noir avec Glo­bal Per­fect. Ma­quillage avec Phy­to-Teint Éclat Soft Beige n° 2, Phy­toSour­cils Per­fect Blond n° 1, Mas­ca­ra So In­tense Deep Brown n° 2, Phy­to-Ombre Éclat Gar­den Rose n° 9, et le Phy­to-Lip Shine Sheer Balm.

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