Ten­dance : pour ou contre la mule ?

CE SOU­LIER PLEIN DE SEX-AP­PEAL ET UN BRIN KITSCH NOUS FAS­CINE. DÉCRYPTAGE.

Be - - SOMMAIRE - PAR MAR­TA REPRESA

Au­cun ac­ces­soire ne di­vise l’opi­nion comme elle : ai­mée et haïe avec une fer­veur ha­bi­tuel­le­ment ré­ser­vée aux Crocs, sa­bots et autres “man re­pel­ling shoes”, elle fait des come-back et sombre dans l’ou­bli avec un rythme com­pa­rable aux cycles de l’éco­no­mie ca­pi­ta­liste. Cette chaus­sure, mi-es­car­pin, mi-slip­per, qui laisse le ta­lon dé­nu­dé (et qui peut s’avé­rer re­mar­qua­ble­ment dif­fi­cile à gé­rer si on a une vie mou­ve­men­tée) a été por­tée par des reines, des pin-up fif­ties, des bom­bas ita­liennes, et Car­rie Brad­shaw, qui, dans les pre­mières sai­sons de “Sex & The Ci­ty”, en raf­fo­lait tel­le­ment qu’elle al­lait jus­qu’à dé­pen­ser ses 400 der­niers dol­lars dans une paire si­gnée Ma­no­lo Blahnik. Se­lon le créa­teur : “Cléo­pâtre por­tait dé­jà des mules, en or et ivoire. J’en ai tou­jours créé, dit-il. Elles exigent une dé­marche un peu dif­fé­rente, que je trouve ex­trê­me­ment sexy. Il n’y a rien de plus ex­quis.” Cet été, la mule, re­vient, et plu­tôt deux fois qu’une : de Cé­line, en ver­sion archi (la mule in­tel­lo, c’est pos­sible !) à Vic­to­ria Beck­ham (poin­tue pour gla­dia­trice des villes) ou en­core en bois re­cy­clé chez Stel­la McCart­ney : vous n’y cou-pe-rez pas !

TA­CKY OU PAS TA­CKY ?

“S’il y a une chose que je ne por­te­rai ja­mais, ce sont les mules. Je les dé­teste. Je dé­teste le bruit qu’elles font. Clomp, clomp, clomp. Je ne les trouve ab­so­lu­ment pas chic.” Cette opi­nion ex­pri­mée par Ca­rine Roit­feld est ra­di­cale, mais com­pré­hen­sible. Long­temps, la mule fut le comble du mau­vais goût : elle était as­so­ciée à la pros­ti­tu­tion au XIXe siècle, et ce n’est pas par ha­sard si Ma­net choi­sit de peindre son Olym­pia vê­tue uni­que­ment de ces sou­liers. Dans les 90s, la mule de­vient pour­tant l’élé­gance ul­time. Avant d’être re­niée, en­core... Jus­qu’à cette sai­son.

COMMENT LA POR­TER ?

“Une des rai­sons pour les­quelles j’aime les mules, c’est le fait qu’elles sont fa­ciles à por­ter, dit Ales­san­dra Lan­vin, fon­da­trice de la marque Aper­laï. Per­son­nel­le­ment, je les porte souvent de fa­çon dé­ca­lée, avec un short mas­cu­lin ou une robe gra­phique un peu aus­tère... Elles ont le pou­voir de rendre ces looks ul­tra fé­mi­nins.” Même s’il y a quelques fa­shion faux pas à évi­ter (les robes gai­nées as­so­ciées à des mules risquent de vous faire res­sem­bler à une ca­ri­ca­ture de Kim Kar­da­shian), elle reste ver­sa­tile et se com­bine aus­si bien avec un jean et un blazer qu’avec une jupe éva­sée.

L’OB­JET DU DÉ­SIR

Y-a-t’il quelque chose de plus éro­tique – et de plus pro­met­teur – qu’une chaus­sure qui, par ac­ci­dent, glisse du pied de sa pro­prié­taire ? Pas pour Gil Elv­gren, le plus cé­lèbre des illus­tra­teurs de pin-up des 40s, qui se ser­vait sans cesse des mules pour sou­li­gner le ca­rac­tère co­quin et hu­mo­ris­tique de ses ta­bleaux. Même avis de la part des mil­lions de fé­ti­chistes du “shoe dan­gling”, qui trouvent ir­ré­sis­tible la vue d’une mule en équi­libre pré­caire sur un pied fé­mi­nin.

TOUTE UNE HIS­TOIRE

Le nom “mule” vient du la­tin “mul­leus”, une chaus­sure de cé­ré­mo­nie por­tée par les nobles à l’An­ti­qui­té. Sa conno­ta­tion éli­tiste perdure jus­qu’à la fin du XVIIIe siècle, mo­ment où, tout comme la no­blesse, la mule de­vient non gra­ta. Il fau­dra at­tendre les an­nées 40 pour qu’elle re­de­vienne po­pu­laire, grâce aux reines du gla­mour Bet­ty Grable et Ma­ri­lyn Mon­roe. Mais chez les ar­tistes, elle l’a tou­jours été. Ta­bleau my­thique d’Édouard Ma­net, “L’Olym­pia” (1863) fi­gure une pros­ti­tuée qui nous dé­fie dans sa splen­dide nudité... à l’ex­cep­tion des mules. Sub­ver­sives, donc. Hot aus­si car rouge sang chez l’im­pres­sion­niste amé­ri­cain William McG­re­gor Pax­ton, la mule peut même avoir de l’hu­mour : Wa­rhol la des­sine en 1955 dans sa sé­rie de des­sins “À la re­cherche du shoe per­du”...

2.

1

STEL­LA McCART­NEY 1. En cuir et mé­tal, Ca­sa­dei, 620 €.

2. En veau ve­lours et cuir, Aper­laï, 620 €.

3. En cuir, Za­ra, 100 €.

4. En va­chette avec pom­pons en ma­ra­bout amo­vible, Er­nest, 220 €.

5. En py­thon et cuir, Gian­vi­to Ros­si, 720 €

2

De Jayne Mans­field à So­phia Lo­ren, la mule les a toutes

chaus­sées.

3

4

5

CE­LINE

VIC­TO­RIA BECK­HAM

ALTUZARRA

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.