FUCK IT THE­RA­PIE ?

CETTE TRÈS SÉ­RIEUSE MÉ­THODE DE DÉ­VE­LOP­PE­MENT PER­SON­NEL BUZZE EN AN­GLE­TERRE. ON L’A LÉ­GÈ­RE­MENT ADAP­TÉE, POUR QU’ELLE SOIT EN­CORE PLUS EF­FI­CACE.

Be - - PHÉNOMÈNE - — FIO­NA SCH­MIDT * the­fu­ckit­life.com

Pour trou­ver le bon­heur, il suf­fit de le cher­cher à l’in­té­rieur de soi, évan­gile se­lon les psys. Mais comme le bor­del s’y ac­cu­mule et qu’on ne range pas souvent, ça va plus vite d’al­ler cher­cher son bon­heur à l’in­té­rieur d’un Za­ra. Voi­ci le rai­son­ne­ment un poil cy­nique du pu­blic (vous et moi) au­quel s’adressent John Parkin et Gaia Pol­li­ni, les deux théo­ri­ciens de la Fuck it thé­ra­pie*. Ga­ran­tie sans yo­ga ni in­ha­la­tions de ca­mo­mille, la mé­thode consiste en gros à ré­pondre “Fuck it !” (rien à foutre, en VF) à nos sources d’an­goisse. Ces deux ex-pu­bli­ci­taires lon­do­niens partent du prin­cipe que la sur­abon­dance d’in­for­ma­tions et l’om­ni­pré­sence des ré­seaux so­ciaux créent un “bruit” per­ma­nent qui nous em­pêche de nous concen­trer sur ce qui compte vrai­ment. De plus, se­lon eux, nous sommes sou­mis à une mul­ti­tude de pos­si­bi­li­tés, que nous n’avons pas ap­pris à trier, d’où cet ego qui se dé­gonfle de­vant le bou­lot-mec­bé­bé-co­pains-fi­let mi­gnon pho­to­gé­niques de nos amis plus ou moins vir­tuels. Te­nir à dis­tance les in­jonc­tions d’au­trui, les rêves pé­ri­més et les pro­jets avor­tés : c’est l’ob­jet de la mé­thode, dé­cli­née de­puis son in­ven­tion en 2009 en quatre vo­lumes tra­duits en vingt-deux langues, mais aus­si un site In­ter­net de coa­ching, des cycles de confé­rence en An­gle­terre et en Ita­lie, plu­sieurs fans pages sur Fa­ce­book ani­mées par des fu­cki­ters exal­tés, des pro­duits dé­ri­vés, et dé­sor­mais, des sé­jours d’une se­maine en Ita­lie, dont cer­tains ré­ser­vés aux femmes. Jus­qu’ici, la mé­thode est pas­sée re­la­ti­ve­ment in­aper­çue en France. Il est temps d’y re­mé­dier à tra­vers ces huit cas pra­tiques pour les­quels nous avons la so­lu­tion li­bé­ra­toire. Ma­jeurs, à vos marques, prêts ? Ten­dez !

LE NOEUD AU CER­VEAU “La nour­ri­ture ne m’in­té­resse pas tant que ça, en fait”

Avant FIT (fuck it thé­ra­pie) J’ai la sale ma­nie de man­ger mes plats sans les pho­to­gra­phier. Au res­tau­rant, je ne les choi­sis pas en fonc­tion de leur pho­to­gé­nie, et j’es­time que payer un ki­lo de to­mates au prix d’une rhi­no­plas­tie est lé­gè­re­ment ri­di­cule, même si elles sont ven­dues avec leur arbre gé­néa­lo­gique.

Je sa­voure ma Chee­sy Crust,

Sous FIT fuck it mes co­pains qui pré­tendent qu’elle contient sû­re­ment de l’amiante. Je me moque, moi, quand ils posent une se­maine de va­cances pour pré­pa­rer un dî­ner cou­ture, avec du pain créa­teur et des fro­mages cap­sules en sé­rie li­mi­tée ?! Qu’ils me laissent donc man­ger mes la­sagnes sur­ge­lées à même la bar­quette, ou je ne les lais­se­rai pas sau­cer.

LE NOEUD AU CER­VEAU “J’ai­me­rais bien dé­con­nec­ter pour être moins an­gois­sée, le pro­blème, c’est que je ne suis pas hy­per connec­tée de base”

Avant FIT Je suis Twit­ter abs­ti­nente, quand on m’a par­lé d’Ins­ta­gram, j’ai ré­pon­du : “Pique et pique et co­le­gram”, et je ne consulte au­cun blog de mode, car re­gar­der des filles maigres po­ser les ge­noux en X ne m’in­té­resse pas beau­coup, bi­zar­re­ment. Sur Fa­ce­book, je pla­fonne à trois like dont ce­lui de ma grand-mère, dé­cé­dée de­puis, pour une pho­to lé­gen­dée de moi en Bi­ki­ni sur une plage des Mal­dives en 2011. Faut-il me connec­ter d’abord pour me dé­con­nec­ter en­suite, et trou­ver ain­si la paix de l’âme ?

Sous FIT Si l’on me dit “sou­ris”, je ré­ponds spon­ta­né­ment “pote à Do­nald” plu­tôt que “lan­gage html” ? Fuck it, je n’ai pas be­soin de Fa­ce­book pour me fi­ler des com­plexes et me faire culpa­bi­li­ser, j’ai une mère pour ça, eh !

LE NOEUD AU CER­VEAU “Ah bon, Fran­çois Fillon n’est plus pre­mier mi­nistre ?”

Avant FIT Bien sûr, je suis bien l’ac­tua­li­té, mais elle bouge tout le temps, du coup, j’ai tou­jours l’im­pres­sion de re­mon­ter l’au­to­route de l’in­for­ma­tion à contre­sens sur un tri­cycle. Par peur d’avoir ra­té le der­nier épi­sode qui me per­met­trait de faire une re­marque spi­ri­tuelle et per­ti­nente, je ne par­ti­cipe ja­mais aux conver­sa­tions, et me contente de ho­cher la tête, comme un cou­cou suisse déréglé. Les gens doivent pen­ser que je suis idiote, sans doute parce que je le suis, au fond.

Sous FIT 1. Fer­mer sa gueule et ar­bo­rer un sou­rire de Jo­conde sous Tran­xène, c’est le bu­si­ness plan de Kate Moss, or la fille est mil­lion­naire. 2. Faire des cou­rants d’air en ou­vrant la bouche à la moindre oc­ca­sion, c’est un bu­si­ness plan qui mène souvent à l’Ély­sée. Donc “fuck it” compte double, et échec et mat à Jean-Mi­chel Apa­thie (le mon­sieur chauve qui parle po­li­tique au “Grand Jour­nal”).

LE NOEUD AU CER­VEAU “J’ai un seul travail, et en­core, même pas ma­nuel”

Avant FIT J’ai l’im­pres­sion que tout le monde est sty­liste/DJ sur Ca­nal+, et fa­brique des bi­joux avec le com­post de son po­ta­ger bio, qui sont sold out sur Et­sy deux jours après avoir été re­pé­rés par Lean­dra Me­dine et Del­phine Ar­nault. Per­son­nel­le­ment, je suis as­sis­tante mé­di­cale à Châ­lons­sur-Marne, et la der­nière chose que j’ai créée, c’est un em­bou­teillage avec ma Twin­go qui a ca­lé à un rond-point. Suis-je nor­male ?

Sous FIT Les jour­na­listes pensent souvent que la France en­tière, c’est les trois rues au­tour du Flore. Fuck it, si ça se trouve, les pa­rents de ces jour­na­listes qui vivent dans des ap­par­te­ments moins grands que leur sac à main rê­vaient que leur fille soit as­sis­tante mé­di­cale à Châ­lons-sur-Marne, plu­tôt que d’être payée en fringues im­por­tables à ra­con­ter des conne­ries.

LE NOEUD AU CER­VEAU “Je com­mence à avoir 32 ans, et le seul mec avec qui j’aie ja­mais eu une re­la­tion sé­rieuse, c’est mon conseiller Bouygues Té­lé­com”

Avant FIT À chaque fois qu’un homme me de­mande du feu, mon hor­loge bio­lo­gique bipe, li­mite si je ne lui de­mande pas s’il y a des ma­la­dies gé­né­tiques dans sa fa­mille avant de connaître son pré­nom.

Sous FIT Si on ré­flé­chit ob­jec­ti­ve­ment, à quoi ça sert, un en­fant, à part à nous dire qu’on est la plus belle contre un Pet Shop ? Sans comp­ter qu’ils se­ront trop au chô­mage pour payer nos deux jours de re­traite avant le ci­me­tière. Et puis de­man­dez donc à Li­liane Bet­ten­court ce qu’elle en pense, de la ma­ter­ni­té...

LE NOEUD AU CER­VEAU “Je com­mence à avoir 32 ans, et je suis en couple mo­no­théiste de­puis quinze ans”

Avant FIT Je fixe la pointe de mes sou­liers lors­qu’au bout d’un quart d’heure, je com­prends que ces zones aux noms de conflits au Moyen Orient dont parlent mes copines cé­li­ba­taires à mi-temps sont en fait des zones éro­gènes, que leurs amants ont vi­si­tées la se­maine der­nière. Je me de­mande alors si mon mec et moi, on n’est pas de­ve­nu le Co­ca Zé­ro du couple.

Sous FIT Les zones éro­gènes dont on n’a pas en­core in­ven­té le nom peuvent bien al­ler se faire fu­cki­ter : mon mec connaît par coeur ma zone éro­gène block­bus­ter, et tant pis s’il pense que c’est le nou­veau blen­der à smoo­thies.

LE NOEUD AU CER­VEAU

“Je com­mence à avoir 32 ans”

Avant FIT De­puis quelques an­nées dé­jà, être née entre 1960 et 1997 est has been. L’âge hype, c’est 72 ans ou 16 ans. Su­zy Menkes se fait dé­bau­cher du “New York Times” par “Vogue” à 70 ans, les mannequins qui comptent n’ont pas en­core ou n’ont plus toutes leurs dents, bref, être ma­jeure mais avec mo­dé­ra­tion est un han­di­cap que je tente de ca­mou­fler, en de­man­dant du Vian­dox pour pim­per mon Blé­di­na à la can­tine.

Sous FIT Les ten­dances étant de plus en plus ver­sa­tiles, ce qui est culte main­te­nant se­ra dé­mo­dé dans une de­mi-heure. Le temps de faire une sieste, et 32 ans se­ra le nou­veau 72 ans.

LE NOEUD AU CER­VEAU “Je n’aime pas beau­coup les san­dales de cu­ré”

Avant FIT Cet été, ni­veau mode, c’est piscine ou couvent. Je trouve que c’est mieux si les cla­quettes de maître na­geur res­tent sur Flo­rian Ma­nau­dou, mais je sais que si je porte des sou­liers com­pa­tibles avec une vie sexuelle, la fa­shion po­lice va me col­ler en cel­lule de dé­gri­se­ment pen­dant tout l’été. J’ai donc le choix : les groles de Franck Dubosc dans “Cam­ping”, ou pas­ser l’été sur le banc de touche de la ten­dance.

Sous FIT Je me rends compte que Phoebe Phi­lo, la DA de Cé­line, c’est un peu la Ma­doff de la mode. Et pen­dant que mes copines re­gardent leur montre en at­ten­dant que passe la ten­dance chaus­sez aux moines (at­ten­tion : jeu de mots LOL), je col­lec­tionne les nou­veaux 06 mas­cu­lins comme Sar­ko­zy les mises en exa­men.

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