L’EN­FANT SAU­VAGE

À 31 ANS, LA NOU­VELLE ÉGÉ­RIE LA HALLE ET COACH DE “THE VOICE” NE SE RÉ­SUME PAS À UN MI­NOIS ET DEUX MAINS PO­SÉES SUR UN BUZ­ZER. PORTRAIT D’UNE IN­DOMP­TABLE.

Be - - PHÉNOMÈNE - — GAËL L E BELLEGO

Les der­niers mots “Je suis confuse...” de la coach de “The Voice” laissent sans voix. Il est vrai que notre interview à l’Hô­tel Costes échappe aux lois du genre. Jen, en­som­meillée dans son gi­let over­size, ré­pond par “euh...” et “peut-être”. Pas de quoi pan­théo­ni­ser une ci­ta­tion. C’est un chal­lenge d’écrire sur Je­ni­fer. Pour trois rai­sons. D’abord, sa vie n’a pas en­core le re­lief de l’Eve­rest, mal­gré ses 7 al­bums dont 1 live, ses 600 concerts et les “prime” de TF1. En­suite – peu le disent –, parce que la chan­teuse dé­teste le jeu de la pro­mo. “J’ai du mal à par­ler de moi. Pas par manque de lu­ci­di­té – je sais qui je suis –, mais de là à l’expliquer, pfff. Et fran­che­ment, on s’en fout de ma per­sonne, non ? [Long si­lence.] Je suis las­sée de par­ler de moi...” Bien­ve­nue à l’an­ti-“Star Aca­de­my”... Et cette ré­ponse nous amène, d’un re­tour cha­riot, à la troi­sième explication : tout, ab­so­lu­ment tout, et n’im­porte quoi aus­si, a dé­jà été écrit sur elle. Mer­ci la presse people. Qui traque, étale, in­vente, avec un achar­ne­ment qui in­ter­roge, sur ses amours, ses désa­mours, son fils, la chi­rur­gie es­thé­tique, la coke... pêle-mêle ad nau­seam. Il est peu de filles, en France, dont on fe­rait au­tant les choux gras d’un ongle cas­sé ou d’un sel­fie dé­col­le­té. “C’est sans doute son plus grand échec, juge Franck, son pote ma­na­geur. Je­ni­fer vou­lait être dès le dé­but un an­ti­people. Quand je l’ai ren­con­trée pour la pre­mière fois, en 2002, à la sor­tie du “châ­teau”, son exi­gence n° 1 était le res­pect de sa vie pri­vée. Elle y tient fa­rou­che­ment. Sur­tout, que per­sonne ne fasse ir­rup­tion dans sa bulle...” Un plop ! et l’ar­tiste pop s’em­porte. Pro­cès après pro­cès, elle ne calme pour­tant pas les ta­bloïds qui, notre se­maine de bou­clage, ti­traient en­core : “Pre­mière crise dans son couple.” Ah bon ? Elle est avec qui, dé­jà ?! Et quid des ru­meurs de gros­sesse ? On sait, mais on re­ferme le dos­sier, au fond, on s’en fiche un peu.

ICÔNE NA­TIO­NALE

Mais, tout de même, on s’in­ter­roge : pour­quoi les in­té­resse-t-elle tant ? Pour­quoi aus­si, quand le ma­ga­zine “Elle” la met en cou­ver­ture de son “Spé­cial love” à l’été 2013, les ventes ex­plosent-elles ? Sa ré­ponse : “Je suis née à la té­lé, j’avais 19 ans [elle avait rem­por­té la pre­mière édi­tion de la “Star Aca­de­my”, en 2002, ndlr]. Les gens s’amusent de me voir, d’ado bou­lotte, de­ve­nir une femme, une mère.” Syl­vaine, sa ma­quilleuse, sty­liste et BFF, ajoute : “Peut-être que les Fran­çais pensent qu’elle leur ap­par­tient un peu. Que sa car­rière, fi­na­le­ment, elle la doit à un vote. Et puis, Je­ni­fer n’est pas une icône qu’on re­garde d’en bas. Elle est vi­vante et simple, beau­coup se

“Il m’arrive de man­quer de confiance en moi. Ma seule cer­ti­tude, c’est que la mu­sique est vi­tale pour moi”

pro­jettent en elle.” Pas un ha­sard donc si La Halle – en­seigne mul­ti­marque po­pu­laire – l’a choi­sie pour in­car­ner sa cam­pagne prin­temps-été 2014 (lire en­ca­dré p. 116). Avec cette si­gna­ture co­co­ri­co : “Comme les Fran­çaises sont jo­lies.” Et celle qui, en un pré­nom, a su se faire un nom, est jo­lie, per­sonne ne le conteste. Foi de moi-même qui passe qua­rante mi­nutes et un thé dar­jee­ling les yeux dans les yeux, qu’elle a rieurs, “avec cette pe­tite fê­lure at­ten­dris­sante”, pour re­prendre Franck-son-ma­na­geur. Pré­ci­ser que son jean boy­friend la moule par­fai­te­ment se­rait in­dé­li­cat. On s’égare. En­tendre, par “jo­lie”, d’une beau­té ac­ces­sible. Ce qui nous conduit à ce truisme, lu par­tout : Je­ni­fer est la pe­tite fian­cée des Fran­çais. Comme il fut dit en leur temps et en Amé­rique, des ac­trices Ma­ry Pick­ford et Shir­ley Temple. Elle est la girl next door, la grande soeur sym­pa dont on pique un look ou un trait d’es­prit. Et con­trai­re­ment à d’autres teen stars, “elle n’a pas pé­té un plomb, rap­pelle Franck. Elle ne s’est pas ra­sé la tête, n’a pas fi­ni en HP. En 2014, elle est de­bout. Fi­dèle à ce qu’elle a tou­jours été. En­vers et contre tout”. Tê­tue comme une Corse.

VIE PRI­VÉE, DÉ­FENSE D’EN­TRER

Une Corse qui prend le maquis dès que son in­dé­pen­dance se trouve me­na­cée. Une pa­pa­raz­zade de trop, des at­taques sur “The Voice” (fa­vo­rise-t-elle Ginie Line ?), un ac­croc avec France Gall l’an pas­sé sur son album de re­prises “Ma dé­cla­ra­tion”, et elle part se re­faire sur son île de Beau­té. Je­ni­fer, l’en­fant sau­vage. Ja­mais mon­daine, pas très RP, ce cô­té ber­nard-l’er­mite qui “rentre fa­ci­le­ment dans sa co­quille”, pré­cise Syl­vaine. Vient-elle, tel Rahan, des âges fa­rouches ? “Jen a un cercle d’amis res­treint, quatre ou cinq, pour­suit la ma­quilleuse. Elle est dure à ap­pri­voi­ser. C’est une mu­raille.” Elle porte sur son visage ce cô­té “leave me alone”. Tel­le­ment qu’on ra­vale la ques­tion sur le nez re­fait, qu’on mur­mure celle de sa gros­sesse pré­su­mée sur un air de “veuillez nous ex­cu­ser pour la Jen oc­ca­sion­née”. Une mu­raille. Voi­là qui sur­prend la fan de “The Voice”, ce bar­num du té­lé-cro­chet mon­trant Je­ni­fer rire plus qu’un so­leil, fré­tiller sur son fau­teuil rouge, souf­fler le show plus que le froid. On la sait ago­ra­phobe, un trac à ta­chy­car­der, mais aus­si sin­cère et sans filtre. Comment fait-elle alors pour as­su­rer le cirque* ? Les mau­vaises langues au­ront ta­pé “sa­laire + Je­ni­fer” dans Google, et dé­dui­ront que 400 000 eu­ros, ça fait pous­ser le nez rouge. N’em­pêche, elle l’avoue en­fin : “Je fais un mé­tier en contra­dic­tion avec ce que je suis in­ti­me­ment. J’as­pire à une vie simple. Il m’arrive aus­si de man­quer de confiance en moi, à me de­man­der si je mé­rite ce bon­heur, cette cé­lé­bri­té, ce confort. Ma seule cer­ti­tude, c’est que la mu­sique est vi­tale pour moi.” Elle sait qu’elle n’a pas la voice d’Et­ta James ou de Ja­nis Jo­plin (ses pré­fé­rées), mais son sens de l’ex­plo­sion sur scène bluffe jus­qu’aux scep­tiques. Même si – elle l’ad­met – sa trouille de prendre le mi­cro gran­dit avec l’âge. On lui ré­pond po­li­ment cet em­prunt fait à Sarah Bern­hardt : “Le trac, ce­la vient avec le ta­lent.” Elle sou­rit. À de­mi. Contrôle. Des fois qu’une ama­bi­li­té ca­che­rait une ques­tion per­so. *Qu’elle ar­rê­te­ra en cas de sai­son 4, disent les can­cans.

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