LE CHAN­GE­MENT, C’EST MAIN­TE­NANT

Be - - SPÉCIAL BEAUTÉ - — JOY PIN­TO

C’était en 2013 et en deux coups de ci­seaux, Kar­lie Kloss et sa coupe très réus­sie ont ré­veillé les en­vies de chan­ge­ment des filles à tra­vers le monde. Il faut dire que de­puis les 90s, époque des mé­ta­mor­phoses ca­pil­laires spec­ta­cu­laires de Lin­da Evan­ge­lis­ta, les mannequins s’en te­naient aux ba­siques : che­veux longs blonds ou châ­tains, fa­çon toiles blanches prêtes-à-mo­de­ler par leurs clients. Et puis Kar­lie, et puis Da­ria (Wer­bowy) et son chop ra­di­cal sur les pubs Cé­line, et puis Edie (Camp­bell), blonde re­pen­tie nou­velle adepte du noir cor­beau cou­pé fa­çon mu­let... Plus qu’une al­lure, une nou­velle at­ti­tude, qui fas­cine les filles et sé­duit aus­si les marques. “Dé­sor­mais, elles at­tendent une pro­po­si­tion des mannequins. On leur de­mande plus de per­son­na­li­té, une ac­croche avec une cou­leur de che­veux, un ta­touage ou un pier­cing. Sous l’in­fluence des it girls, elles aus­si de­viennent des pe­tites stars”, com­mente Ar­naud Va­lois, agent chez Ford Mo­dels. Du cô­té de L.A., les ac­trices ne sont pas en reste. On n’avait pas vu ça de­puis l’âge d’or de Hol­ly­wood, quand Ma­ri­lyn Mon­roe et les autres icônes du star-sys­tem al­laient jus­qu’à s’épi­ler les ra­cines pour mo­di­fier leur im­plan­ta­tion ca­pil­laire (en forme de coeur pour Ma­ri­lyn). Exit donc les lon­gueurs sa­ge­ment do­rées : c’est la dé­sor­mais fa­meuse et ul­tra courte “pixie cut” qui fait cré­pi­ter les flashs sur ta­pis rouge. La presse people re­laie le phé­no­mène, tout comme les ré­seaux so­ciaux, in­ci­tant du coup bon nombre de filles à faire de même.

CARTE BLANCHE

Au point de se mé­ta­mor­pho­ser en 2014 ? “C’est ten­dance en tout cas, as­sure Del­phine Cour­teille, hair sty­list du sa­lon épo­nyme. De­puis quelques mois, c’est la fo­lie au sa­lon. Soit les femmes me laissent carte blanche, soit elles ré­clament du pla­tine, du roux, de l’ex­tra-court. Elles se veulent plus gla­mour, plus sexe. Et plus le chan­ge­ment est dingue, plus elles sont ravies. Fi­na­le­ment, c’est moi qui dois les frei­ner !” Chan­ger tout parce qu’on ne peut rien chan­ger ? C’est l’une des rai­sons évo­quées par les spé­cia­listes pour jus­ti­fier cette en­vie de re­nou­veau in­sa­tiable. “La crise gé­nère deux types d’at­ti­tude. Les femmes se réfugient dans les codes de la fé­mi­ni­té clas­sique ou, au contraire, jouent avec leur ap­pa­rence pour être au moins maî­tresses d’elles-mêmes, leur sou­pape de fo­lie dans un contexte mo­rose”, dé­crypte Élo­die, chef de pro­jet mar­ke­ting beau­té chez Car­lin In­ter­na­tio­nal. Plus ra­di­cal, le so­cio­logue et an­thro­po­logue Da­vid Le Bre­ton, au­teur de “L’Adieu au corps” (éd. Mé­tai­lié), com­mente : “Nous vi­vons dans une so­cié­té de désar­roi. Les liens pro­fes­sion­nels, amou­reux et fa­mi­liaux sont pré­caires. Comme on est cer­tain de vieillir avec son corps, le mo­di­fier de­vient une source de sa­tis­fac­tion.”

CHAN­GE­MENT 2.0

De là à la jouer comme Beyon­cé, qui af­fiche qua­si au­tant de styles et de coupes de che­veux qu’elle a lan­cé de clips, pour la sor­tie de son nouvel album ? “On calque de plus en plus nos vies sur la fa­çon dont on fonc­tionne sur In­ter­net, ana­lyse Fe­riel Ka­raoui, crea­tive con­sul­ting ma­na­ger chez Pro­mos­tyl. Sur Fa­ce­book, la ti­me­line nous rap­pelle les looks que l’on a eus à chaque mo­ment de notre vie et pousse au re­nou­vel­le­ment. Sans comp­ter l’obli­ga­tion d’iden­ti­tés plu­rielles pour com­mu­ni­quer de fa­çon dif­fé­rente sur chaque ré­seau so­cial.” BCBG sur Lin­kedIn, na­ture sur Fa­ce­book, ar­ty sur Ins­ta­gram... Heu­reu­se­ment que la cos­mé­tique nous aide à re­cueillir des “like” ! “C’est la fin des éti­quettes. Avec les hair­chalk, on a les che­veux roses pour quelques heures ; avec les ex­ten­sions, on passe du court au long en un cla­que­ment de doigts... Plus ja­mais pri­son­nier de notre image, on peut jouer de son ap­pa­rence à chaque ins­tant T et s’adap­ter à toutes les si­tua­tions. Au dia­pa­son, le wor­ding de l’uni­vers du soin joue sur la tem­po­ra­li­té avec des soins in­ti­tu­lés Le Wee­kEnd ou Len­de­main Dif­fi­cile, et des doses-shots pour chaque mo­ment de la jour­née”, dé­crypte Élo­die Ni­gay.

BÊTE DE SCÈNE

On en vient presque à s’au­to­mar­ke­ter avant de se lan­cer, telle une col­lec­tion cap­sule, sur les ré­seaux so­ciaux. “En se ren­dant vi­sible et en fai­sant sa pro­mo­tion, on est dé­jà l’au­teur de quelque chose. On a par­fois même le droit à son quart d’heure de cé­lé­bri­té”, re­marque Isa­belle Que­val, phi­lo­sophe, au­teur du “Corps au­jourd’hui” (éd. Fo­lio Es­sais). Une théâ­tra­li­sa­tion de l’ap­pa­rence qui de­mande des trans­for­ma­tions re­mar­quables. “Exit le na­tu­rel et la dis­cré­tion, confirme Élo­die Ni­gay. Le re­tour du bling s’amorce avec l’émer­gence de pays comme la Chine et l’Inde.” La vague qui a dé­fer­lé dans un dé­luge de laques à ongles et ac­ces­soires as­so­ciés s’étend à tous les at­tri­buts de la cos­mé­to-dra­ma : fausse frange, faux cils, faux ta­touages, jus­qu’aux per­ruques, y com­pris sur les dé­fi­lés les plus poin­tus.

ICÔNES HORS NORME

“Au­tre­fois, on se dé­mar­quait via les vê­te­ments et le ma­quillage. Au­jourd’hui, on re­pousse les li­mites du corps. D’ailleurs, les icônes de la min­ceur ou de la force phy­sique comme Ma­don­na, De­mi Moore ou Gwy­neth Pal­trow, sé­duisent sur­tout les plus de 35 ans, tan­dis que les jeunes sont plu­tôt fas­ci­nés par des per­son­na­li­tés comme l’ar­tiste Orlan qui a été jus­qu’à se faire po­ser des im­plants en si­li­cone sur le visage”, dé­crit la phi­lo­sophe. Des mo­dèles moins nor­més, qui mul­ti­plient les sources de vi­si­bi­li­té pour glo­ri­fier l’ex­pres­sion de soi. L’ex­pres­sion de soi : cette nou­velle va­leur car­di­nale, celle qui a per­mis à Kim Kar­da­shian de pas­ser du sta­tut de it girl de l’Amé­rique rin­garde à ce­lui d’icône de mode en un ré­gime post-ba­by et une couv de “CR”, le ma­ga­zine de Ca­rine Roit­feld. Et même si cha­cun n’a pas for­cé­ment le pou­voir d’écrire sa propre his­toire, il a ce­lui de fa­bri­quer son ap­pa­rence. “Le corps n’est plus vu comme une don­née ir­ré­vo­cable ou un des­tin, mais comme une ma­tière pre­mière à fa­çon­ner, ex­plique Da­vid Le Bre­ton, so­cio­logue. Il fau­drait le prendre en main, le tra­vailler, qu’il soit en per­pé­tuelle évo­lu­tion pour tou­jours s’ins­crire dans l’air du temps.”

LE PLAS­TIQUE, C’EST FAN­TAS­TIQUE !

Dans ce contexte, pas étonnant que la chi­rur­gie es­thé­tique pro­gresse de 10 % par an dans le monde. Et qu’en pro­fi­ter soit tel­le­ment ad­mis que l’on en parle do­ré­na­vant à table comme de son nou­veau blond. “Dans les an­nées 80, la chi­rur­gie était stig­ma­ti­sée et les femmes qui y avaient re­cours étaient consi­dé­rées comme des com­plexées cré­dules. Au­jourd’hui, on donne le nom du chi­rur­gien, le prix de l’acte et les dé­tails de la trans­for­ma­tion. C’est même un plai­sir d’en par­ler, une forme de va­lo­ri­sa­tion de soi, sur­tout si l’on peut ser­vir de mo­dèle aux autres”, dé­crit le so­cio­logue. Voi­là pour­quoi la nym­phette Na­billa s’est of­fus­quée qu’on la soup­çonne d’avoir re­ti­ré ses im­plants. “Avant on re­pro­chait à la chi­rur­gie de ne pas être na­tu­relle. Dé­sor­mais, l’ar­ti­fi­ciel fait par­tie de notre vie quo­ti­dienne avec les té­lé­phones bran­chés sur oreillette et les or­di­na­teurs tou­jours al­lu­més. Les ré­ti­cences et les com­plexes s’en­volent”, conclut Isa­belle Que­val.

LI­BER­TÉ OU NOU­VEAUX CAR­CANS ?

Plus de li­ber­té, moins de pré­ju­gés : vive la so­cié­té du chan­ge­ment ? Oui, à condition de ne pas cé­der aux dik­tats. “Avec les pro­grès de la mé­de­cine et l’al­lon­ge­ment de l’es­pé­rance de vie, le corps est de­ve­nu le lieu de « cen­tra­tion » de l’iden­ti­té contem­po­raine. On a le culte de l’ap­pa­rence, ce­lui de la per­for­mance et de la maî­trise de soi, mais aus­si un fan­tasme de créa­tion presque di­vin”, ana­lyse Isa­belle Que­val. Sti­mu­lant au­tant qu’usant si l’on doit se dé­les­ter de ses ki­los de gros­sesse en un cla­que­ment de doigts (comme cette blo­gueuse fit­ness nor­vé­gienne qui a pos­té un sel­fie ab­dos contrac­tés quatre jours pile après son ac­cou­che­ment) ou sur­veiller la moindre ombre sur son pla­tine au risque de se faire taxer de lais­ser-al­ler. À moins d’as­su­mer ses chan­ge­ments et d’en jouer. Re­fu­ser d’être une po­tiche et en­dos­ser une nou­velle fé­mi­ni­té plus po­wer­ful, c’est dé­jà être fé­mi­niste. Alors oui, le chan­ge­ment, c’est main­te­nant ! Et mer­ci Kar­lie...

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Lin­da Evan­ge­lis­ta

La ru­meur dit qu’elle au­rait chan­gé 17 fois

de cou­leur en 4 ans. Re­cord

bat­tu ?

Kar­lie Kloss

En un coup de ci­seaux, Kar­lie

est de­ve­nue la reine des po­diums

new-yor­kais.

Da­ria Wer­bowy

Tou­jours au car­ré, Da­ria ? Oui, mais sans

las­ser grâce à des ef­fets de lon­gueurs

et de ma­tière.

Edie Camp­bell

De blonde in­si­pide à brune

in­cen­diaire, l’An­glaise s’est for­gé

un nom.

Ma­ri­lyn Mon­roe

Di­vine Ma­ri­lyn et son im­plan­ta­tion en forme de coeur, pas du tout

na­tu­relle.

Ch­loe Nor­gaard

Ch­loe et ses che­veux Mon Pe­tit Po­ney, le rose en ex­clu pour le show Ro­darte

de l’hi­ver 2015.

Kim Kar­da­shian

Le cas Kim K ou comment pas­ser

de fa­shion pa­ria à fa­shion

idole ?

Beyon­cé

Au­tant de coupes que de clips pour Beyon­cé ?

Presque !

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