Char­lotte Le Bon : la nou­velle brune qui compte

C’est la bru­nette qui compte. Loin de ses an­nées Ca­nal, la Canadienne s’est vite fait une place sur grand écran. Elle se livre à sa ma­nière, sur ses rôles, ses ami­tiés, ses voyages : drôle et sans chi­chis.

Be - - SOMMAIRE - “Libre et As­sou­pi”, de Ben­ja­min Guedj. Avec Bap­tiste Le­ca­plain, Char­lotte Le Bon, Fé­lix Moa­ti. En salles le 7 mai.

Elle nous a tous bluf­fés en Vic­toire Dou­tre­leau, man­ne­quin fé­tiche des six­ties, dans “Yves Saint Laurent” de Ja­lil Les­pert, en dé­but d’an­née. Char­lotte re­vient dans le pre­mier long-mé­trage de son ami Ben­ja­min Guedj, “Libre et As­sou­pi”, où elle joue An­na, une fille hy­per ra­tion­nelle qui pro­pose à un an­cien co­pain de fac ul­tra contem­pla­tif de par­ta­ger sa co­loc, es­pé­rant se­crè­te­ment qu’il lui ôte­ra ses lu­nettes... Mais le Sé­bas­tien en ques­tion (Bap­tiste Le­ca­plain) est bien le seul à ne pas en­vi­sa­ger An­na au­tre­ment qu’en bonne co­pine. Heu­reu­se­ment, Bru­no (Fé­lix Moa­ti), le troi­sième co­lo­ca­taire, a, lui, re­pé­ré le feu qui cou­vait sous la glace. Au­jourd’hui sans lu­nettes mais vê­tue d’un pull rouge (cou­leur fé­tiche d’An­na dans “Libre et As­sou­pi”), Char­lotte Le Bon at­tend sa­ge­ment dans un ca­fé pa­ri­sien de Jus­sieu, son quar­tier. Ni snob ni po­seuse, la Canadienne et ex-“Miss Mé­téo”, née avec un nom pré­des­ti­né à la bien­veillance, sort de deux an­nées char­gées, où elle a en­chaî­né neuf tour­nages. Dé­ci­dé­ment chez Char­lotte, suc­ces­si­ve­ment man­ne­quin, ani­ma­trice TV et co­mé­dienne, tout est bon !

Être la fille qu’on ne re­marque pas, ça vous est dé­jà ar­ri­vé ?

Bien sûr ! Je suis une grande amou­reuse, qui peut s’éprendre aus­si vite qu’elle désaime. Plus jeune, j’avais la ma­nie d’être at­ti­rée par des gar­çons qui étaient mon an­ti­thèse : sombres, tor­tu­rés, mys­té­rieux. Ils ne me cal­cu­laient pas. Moi, je me pre­nais pour un che­va­lier. En al­lant ti­tiller leur ego, je pen­sais les sauver, les ré­vé­ler à eux­mêmes. En dé­fi­ni­tive, c’est moi qui y ai lais­sé des plumes. Ils me ti­raient vers le bas. C’est très dan­ge­reux et pré­ten­tieux de jouer les anges gar­diens.

Vous étiez la bonne co­pine…

... et je le suis res­tée. C’est un rôle qui me convient. Je n’ai que deux amies. Le reste, ce sont des gar­çons. C’est plus re­po­sant. Les filles sont constam­ment en at­tente de ma­mours. Il faut les ma­ter­ner, comme des pe­tites soeurs. Avec les gar­çons, il n’y a pas de com­pa­rai­son, pas de com­pé­ti­tion. J’ai même vé­cu à Mon­tréal, comme dans le film, en co­loc avec deux mecs.

No sexe ?

La ques­tion se pose tou­jours à un mo­ment. Mais, mal­gré des flirts pos­sibles, je crois en l’ami­tié entre filles et gar­çons. Ça dure. Mes amis les plus chers sont des hommes, Ra­phaël Cioffi et Ben­ja­min Guedj. Ra­phaël, c’est lui qui m’a ac­cueillie lorsque je dé­bar­quais de Mon­tréal. Il m’a in­vi­tée à contri­buer à son web­zine, “Spank”. Et c’est avec lui que j’ai écrit mes sketches de “Miss Mé­téo”. Tout de suite, ça a col­lé. Du­rant un an, nous nous sommes re­trou­vés tous les jours face à face, le nez col­lé sur nos or­di­na­teurs, à écrire “en ping-pong”. À 11 heures, on nous com­mu­ni­quait le nom de l’in­vi­té. À 17 heures, il fal­lait li­vrer un texte. Cer­tains jours, ce n’était fran­che­ment pas hé­roïque. Mais bon… même dans les bides, il faut avan­cer tête haute. Il reste de grands mo­ments, comme lorsque j’ai pu ar­ra­cher un sou­rire à Ro­bert De Ni­ro. Après ça, je t’as­sure, tu peux mou­rir !

JE SUIS UNE GRANDE AMOU­REUSE’’

Comment vous sé­duire ? Avec des fleurs ? Vous con­nais­sez la for­mule, les femmes exigent des preuves d’amour car elles savent que l’amour n’existe pas…

Vous sa­vez, j’en ai plus offert que l’on ne m’en a offert. Pour toutes mes his­toires im­por­tantes, c’est moi qui ai fait le pre­mier pas. Et dans ces cas-là, je mets le pa­quet cô­té sé­duc­tion ! Je me montre très dé­mons­tra­tive. Ça va de l’hu­mour à l’au­to­dé­ri­sion, en passant par les pe­tites ex­cur­sions sym­pas que j’or­ga­nise. J’es­saie de pro­vo­quer des sen­ti­ments de joie. Et une fois ma proie fer­rée, je peux faire pi­pi au­tour pour mar­quer mon ter­ri­toire !

Homme qui rit à moi­tié dans ton lit : autre pré­cepte mai­son. Vous êtes une ri­go­lote, mais aus­si une rê­veuse…

En­fant, j’étais comme ça, tou­jours dans la lune. J’en ai même des­si­né une, rue des Pru­niers, dans le 20e ar­ron­dis­se­ment, avec une corde, pour que les gens puissent la dé­cro­cher. Long­temps, comme le per­son­nage de Sé­bas­tien dans “Libre et As­sou­pi”, je n’ai pas su quoi faire de ma vie. Mille pos­si­bi­li­tés s’of­fraient à moi. J’étais fi­gée dans ma peur, in­dé­cise, oc­cu­pée à pen­ser que je per­dais mon temps, alors que c’est ma­gique de s’en re­mettre à son sort. J’ai tou­ché le fond pen­dant ma car­rière de man­ne­quin : dé­pres­sion. J’es­sayais de pro­vo­quer des chan­ge­ments au­tour de moi. J’ai même vou­lu re­prendre des études de de­si­gn in­dus­triel à la fac pour des­si­ner des meubles. Mais rien. De mes 16 à 23 ans, je me suis conten­tée d’être une image de pub pour ma­ga­zine. J’au­rais pu être la plus drôle, la plus in­tel­li­gente, la plus ta­len­tueuse des filles, on ne l’au­rait pas re­mar­qué. Je ne me trou­vais pas au bon en­droit. Quand j’en ai par­lé à mes pa­rents, ils m’ont ras­su­rée : “Mais tu ne fais pas rien, tu em­ma­ga­sines ; c’est l’école de la vie !”

Ce que vous dé­si­riez, c’est que l’on voit votre cer­veau… Votre beau­té vous pa­rais­sait-elle en­com­brante ?

Mes pa­rents n’ont ja­mais été avares de com­pli­ments. Quand j’étais en­fant, ils ont su me dire que j’étais jo­lie. J’ai vrai­ment été cou­verte d’amour. Pour un ga­min, ce­la ne peut pas être mau­vais. Le pire, ce sont quand les pe­tites filles ré­pondent : “Je sais.” Pestes ! Moi, ma beau­té ne m’a ja­mais sem­blé être un ac­quis. J’ai tou­jours pen­sé que je pou­vais don­ner plus. Et le man­ne­qui­nat m’a ap­pris une vé­ri­té : de nou­velles filles, plus jeunes, plus jo­lies, dé­barquent chaque jour sur le mar­ché. Ce vi­vier in­épui­sable, c’est ce qui rend les top-mo­dèles si fra­giles. Leur sta­tut de beau­té est sans cesse re­mis en ques­tion. C’est l’école de la so­li­tude.

Pe­tite, que vou­liez-vous faire comme mé­tier plus tard ?

Tout d’abord, j’ai vou­lu être dres­seuse de dauphins, dans un centre aqua­tique comme Marion Co­tillard dans “De rouille et d’os”. Puis, j’ai eu ma pé­riode joueuse de base-ball, chan­teuse, pi­lote d’avion. Mais co­mé­dienne, ja­mais. Pour­tant, mes pa­rents le sont tous les deux. J’ai gran­di dans un dé­brie­fing per­ma­nent. En pa­ral­lèle de leur mé­tier, ils conti­nuaient à prendre des cours de théâtre. Je les voyais jouer, ré­pé­ter, s’in­ter­ro­ger sur des scènes. Je leur don­nais même par­fois la ré­plique. Mais je n’ai ja­mais eu de mo­dèle.

De­puis ?

J’ad­mire les An­glo-Saxonnes : Hi­la­ry Swank, Cate Blan­chett, Kate Wins­let ou Jen­ni­fer La­wrence – cette ac­trice hy­per jeune, hy­per libre, hy­per bien ba­lan­cée dans ses éner­gies mas­cu­line et fé­mi­nine. Là-bas, on envisage les co­mé­diennes au­tre­ment que dans la vul­né­ra­bi­li­té. Ils ont rai­son, on est tel­le­ment plus que ça…

Quel rôle vous pro­pose-t-on le plus ?

Dans la fou­lée de “Miss Mé­téo”, j’ai bas­cu­lé dans la case “ac­trice fraîche et jo­lie”. Moi, je crois plus aux contre-cas­tings. Der­niè­re­ment, Ma­thieu Sa­pin m’a pro­po­sé

PE­TITE, JE REVAIS D’ETRE DRES­SEUSE DE DAUPHINS OU PI­LOTE D’AVION

un rôle dans son court-mé­trage “Hen­ri Cer­veau”. Il s’agis­sait d’être l’as­sis­tante d’Hen­ri Cer­veau, l’homme le plus in­tel­li­gent du monde qui, lors de ses pics de concen­tra­tion, s’en re­met à ses étu­diantes pour lui mas­ser le crâne afin d’échap­per aux mi­graines. J’ai dit à Ma­thieu, OK, mais Hen­ri Cer­veau, c’est moi ! Deux jours plus tard, il me pro­po­sait d’être Ri­ta Cer­veau. Le même, mais en fille. Moi aus­si, j’ai le droit d’être la plus in­tel­li­gente du monde pour dra­guer de jeunes étu­diants !

Vous no­tez vos rêves. Sa­vez-vous ce que votre cer­veau abrite ?

Non, je n’ai ja­mais sui­vi d’ana­lyse. Et je me fous pas mal de ce genre d’in­ter­pré­ta­tions. Mes rêves, je les note, je les en­re­gistre, mais pour créer des images. Une par jour, des­sin ou pho­to, que je poste sur Ins­ta­gram. La créa­ti­vi­té sert à être par­ta­gée.

Rê­vez-vous tou­jours de faire l’amour avec Ja­red Le­to, avec qui vous aviez eu un coup de foudre “ami­ca­lien” ?

Je ne sais pas pour­quoi je vous ai ra­con­té ça la der­nière fois qu’on s’est vus. Mais vous avez re­mar­qué, de­puis, il a rem­por­té un os­car !

Vos pen­sées lui ont por­té chance…

Vous croyez vrai­ment ? Ré­cem­ment, j’ai fait un rêve étrange. Mon corps était re­cou­vert de boules d’épi­derme comme des pe­tites perles que je grat­tais. En des­sous, ma peau était à vif, comme brû­lée. Un li­quide sor­tait, comme du jaune d’oeuf. J’al­lais le ra­con­ter à ma mère, qui n’avait pas l’air in­quiète. Elle me ten­dait

un va­po­ri­sa­teur avec une sorte d’huile aro­ma­tique. C’est là que je me suis ré­veillée. Je me sen­tais su­per bien, j’avais en­vie de me blot­tir contre ma mère.

Et vous, vous vous ima­gi­nez ma­riée ? Mère de fa­mille ?

Fran­çois Truf­faut di­sait que la vie a plus d’ima­gi­na­tion que nous. Pour l’ins­tant, elle n’a pas ar­rê­té de me sur­prendre. Alors, je lui fais confiance. Mais il n’existe pas une dé­fi­ni­tion du bon­heur. Ça peut être de vivre sur une île dé­serte, de fon­der une fa­mille ou bien de des­si­ner jus­qu’à la fin de ses jours, re­cluse dans un pe­tit appartement.

Pro­fes­sion­nel­le­ment, avez-vous des pro­jets ?

Ces deux der­nières an­nées, j’ai beau­coup tra­vaillé : huit longs-mé­trages et un court. Là, je suis de­vant une page blanche et ça me plaît bien. Je compte la meu­bler au mieux, en voya­geant, en dessinant, en ren­con­trant de nou­velles per­sonnes.

Ben­ja­min Guedj a dé­cla­ré que vous étiez “cein­ture noire de va­cances”… Quelles sont les pro­chaines ?

J’adore voya­ger. Dès que je peux pous­ser ailleurs, je le fais. Rien que du­rant l’an­née 2013, je suis al­lée aux États-Unis (à New York), au Costa Ri­ca, au Canada (à Mon­tréal voir ma fa­mille), au Maroc (dans le dé­sert du Sa­ha­ra), en In­do­né­sie, en Afrique du Sud, en Ita­lie (à Ve­nise et Flo­rence). Et là, je pars pour Los An­geles. C’est ain­si que j’oc­cupe mon temps libre. Je loue seule des ap­par­te­ments ou bien je vais à l’hô­tel. Ça me rap­pelle ma vie de man­ne­quin. Je par­tais à l’aven­ture. C’est très ré­con­for­tant de se créer une rou­tine dans une ville qui ne nous res­semble pas. Ça aide à se bâ­tir. Même si ma mai­son est ici, dé­sor­mais, avec toute l’abon­dance, le plai­sir, la beau­té, la ri­chesse qu’offre une ville comme Pa­ris, af­fi­chée sur les murs, dans les res­tau­rants, dans les rues. Les gens se ba­ladent au mi­lieu de tout ça, sans s’éton­ner ! Sans pa­raître rien re­mar­quer.

( H&K)

Pro­pos re­cueillis par Lu­do­vic Perrin Réa­li­sa­tion Isa­belle Pey­rut Pho­tos Marc de Groot

Robe en rayonne, Iro. Bras­sière en cuir, Ir­fé. Cu­lotte en po­ly­amide, Wol­ford. Es­car­pins en cuir, Ch­ris­tian Lou­bou­tin. Pho­tos Marc de Groot/H&K. As­sis­tants pho­to­graphe Kiet Duong et Sem­my Dem­mou. Assistantes sty­lisme Léo­nie Gwerder et Mar­gaux Doi­teau. Mise en beau­té La Roche-Posay par Ré­gine Be­dot. Coif­fure Fré­dé­ric Birault chez La­bel Agence. Ma­nu­cure Mar­cea Gomes.

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