Ques­tions in­ter­dites

SEXE, SAN­TÉ, TRAVAIL, AMI­TIÉ, LO­GE­MENT, FA­MILLE... IL Y A DES SU­JETS QUE VOUS N’OSEZ PAS ABOR­DER. ICI, AU­CUN N’EST TA­BOU. NOS EX­PERTS VOUS RÉ­PONDENT.

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CLA­RISSE, 25 ANS J’ai beau ache­ter des vê­te­ments de créa­teurs, je n’ai ja­mais de com­pli­ments sur mon style. Comment sor­tir de l’ombre ?

Le fait de por­ter des griffes ne crée pas un style, car cha­cune d’entre elles est do­tée d’une image de marque. Or s’y iden­ti­fier alors qu’elle n’est pas tou­jours en adé­qua­tion avec votre per­son­na­li­té ne fonc­tionne pas. Le style, par dé­fi­ni­tion, est per­son­nel. Il change avec le temps, l’idée qu’on a de soi-même, le cadre dans le­quel on évo­lue... Pour dé­fi­nir le sien, il faut d’abord se po­ser quelques ques­tions : quelle image je veux dé­ga­ger ? Quelle par­tie du corps j’ai­me­rais mettre en avant ou, au contraire, ca­mou­fler ? Au dé­but de chaque sai­son, re­gar­dez sur In­ter­net ce que la mode pro­pose, et créez un dos­sier avec les vi­suels qui vous plaisent. Vous réa­li­se­rez as­sez vite que les pièces que vous avez sé­lec­tion­nées ont des points com­muns : coupes, parties du corps mises en va­leur et image gé­né­rale. Ce que vous avez choi­si vous res­semble, re­flète votre per­son­na­li­té, et donc votre look. Une fois ce shop­ping vir­tuel réa­li­sé, il ne reste plus qu’à faire un tour en bou­tiques. Vous irez da­van­tage – et peut-être in­cons­ciem­ment – vers ce qui vous res­semble. Vous réa­li­se­rez ain­si l’écart qu’il existe par­fois entre votre per­cep­tion de vous-même et vos as­pi­ra­tions. Caroline Ba­ly, conseillère en image et fon­da­trice de l’agence de re­loo­king Image nou­velle.

KATE, 19 ANS Une vie sexuelle est-elle in­dis­pen­sable, phy­si­que­ment par­lant ? N’est-ce pas la so­cié­té qui crée ce be­soin ?

Non, nous n’avons phy­si­que­ment pas be­soin d’une vie sexuelle. Pas au sens strict du terme en tout cas, car l’ab­sence de rap­ports ne dé­clenche pas de trouble so­ma­tique chez l’être hu­main. Mais le mot “be­soin” peut être rem­pla­cé par “as­pi­ra­tion”, “épa­nouis­se­ment”, “réa­li­sa­tion de soi”. Notre sexua­li­té d’être hu­main contem­po­rain ne tient plus de l’ins­tinct, elle est au contraire lar­ge­ment do­mi­née par les as­pi­ra­tions, la culture, les règles de la so­cié­té et de l’époque dans la­quelle on vit. Or notre so­cié­té a plu­tôt ten­dance, de­puis une tren­taine d’an­nées, à va­lo­ri­ser l’épa­nouis­se­ment sexuel. Mais elle to­lère les com­por­te­ments non ma­jo­ri­taires – dont le “no sex”. Le fait qu’il n’y ait plus de dik­tats oblige les gens à s’au­to­dé­ter­mi­ner, c’est-à-dire à se po­ser des ques­tions et à dé­ci­der de ce qu’ils veulent ou ne veulent pas. Si le cou­rant ma­jo­ri­taire de notre so­cié­té va­lo­rise l’épa­nouis­se­ment sexuel, il ne faut pas pour au­tant y voir une in­jonc­tion. Dr Ghis­laine Pa­ris, mé­de­cin so­cio­logue, au­teure de “L’Im­por­tance du sexuel” (éd. Odile Ja­cob) et d’“Un dé­sir si fra­gile” (Le­duc.S Édi­tions).

LÉ­NA, 32 ANS À force de man­ger bio, j’ai dé­ve­lop­pé une aver­sion pour beau­coup de pro­duits. J’ai du mal à al­ler au res­to, et je re­garde ner­veu­se­ment les ca­rottes râ­pées de la can­tine. Suis-je de­ve­nue or­tho­rexique ?

Vous ma­ni­fes­tez pro­ba­ble­ment une an­xié­té par­ta­gée par des cen­taines de mil­liers de per­sonnes. Entre les crises ali­men­taires et les cam­pagnes de pré­ven­tion, l’acte de se nour­rir a été consi­dé­ra­ble­ment dra­ma­ti­sé. Notre re­la­tion à la nour­ri­ture su­bit une im­por­tante mu­ta­tion cultu­relle. Nombre de per­sonnes s’in­ter­rogent et font preuve d’un sur­croît in­ha­bi­tuel de ri­gueur et d’at­ten­tion dans leurs com­por­te­ments ali­men­taires. Sont-elles pour au­tant or­tho­rexiques ? Cer­tai­ne­ment pas, mais le ter­reau est fer­tile dès lors que cha­cun de­vient pri­son­nier de ses aver­sions. La ma­jeure par­tie de l’em­ploi du temps d’un or­tho­rexique est consa­crée à l’or­ga­ni­sa­tion, la re­cherche, la sé­lec­tion et la consom­ma­tion de nour­ri­ture. Il pour­suit un rap­port sain à la nour­ri­ture mais éla­bore une re­la­tion mal­saine à la san­té. À quel mo­ment dé­passe-t-on une at­ten­tion aux ali­ments que nous in­gé­rons pour al­ler vers une fo­ca­li­sa­tion ir­rai­son­née sur le risque ali­men­taire ? Dès lors que nos at­ti­tudes nous amènent à consi­dé­rer que la vie se ré­sume à la san­té, que la san­té se ré­sume à l’ali­men­ta­tion, que le plai­sir ali­men­taire est dan­ge­reux, que l’aver­sion pour un ali­ment et son re­trait du menu sont des ré­ponses à ce ma­laise... Notre corps n’est pas – et ne doit pas de­ve­nir – une sur­face d’ex­pé­ri­men­ta­tion nu­tri­tion­nelle. Pa­trick De­noux, pro­fes­seur de psy­cho­lo­gie in­ter­cul­tu­relle à l’uni­ver­si­té de Tou­louse II-Le Mi­rail, au­teur de “Pour­quoi cette peur au ventre ?” (éd. JC Lat­tès).

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