REAL PEOPLE NOC­TAM­BULES

PE­TIT BOU­LOT POUR CER­TAINS, VO­CA­TION POUR D’AUTRES, CES TRA­VAILLEURS DE LA NUIT EX­PÉ­RI­MENTENT LE QUO­TI­DIEN EN DÉ­CA­LÉ. UN MODE DE VIE QUI COM­PORTE SA PART DE SA­CRI­FICES ET SES PLAI­SIRS IN­SOUP­ÇON­NÉS.

Be - - MODE - fa­ce­book.com/ChairFaible

AMBRE

23 ans, phy­sio au Baron,

à Pa­ris 8

Quel est ton par­cours ? J’ai com­men­cé en tant que sta­giaire aux re­la­tions presse pour l’agence d’évé­ne­men­tiel La Clique, qui a lan­cé quelques lieux bran­chés à Pa­ris, dont Le Baron. C’est Lio­nel, l’un des deux fon­da­teurs, et Bak, un phy­sio du Baron, qui m’ont souf­flé l’idée de “faire la porte”. Tra­vailler la nuit, ça im­plique des

sa­cri­fices ? Pas tant que ça, si ce n’est que la vie de couple se com­plique un peu quand l’autre tra­vaille la jour­née. J’ai quand même ra­té le der­nier concert de mon co­pain. Son groupe, T.I.T.S., est le meilleur de Pa­ris ! Il y a des avan­tages ? Oui : je n’ai pas l’im­pres­sion de tra­vailler. En gé­né­ral, je me lève vers mi­di, et j’ai une excellente rai­son de le faire. Que fais-tu de tes jour­nées ? Je ré­ponds à mes e-mails, je vais au ci­né­ma, je passe mon temps à man­ger. Pa­ris, c’est dif­fé­rent la nuit ? Oui, c’est plus re­lax. Et, se­lon moi, c’est aus­si plus beau que de jour. Ton anec­dote noc­turne la

plus folle ? Il y a en a beau­coup. J’ai vu des gens jouer à touche-pi­pi un peu par­tout. Le Baron, c’est un peu l’antre de l’amour et de la fête...

AMÉ­LIE 22 ans, bé­né­vole

à la Croix-Rouge

Quel est ton par­cours ? Édu­ca­trice spé­cia­li­sée de­puis un an, je suis ve­nue à Pa­ris pour suivre un mas­ter en in­ter­ven­tion so­ciale et édu­ca­tion. Je me suis en­ga­gée au­près de la Croix-Rouge : je fais en­vi­ron deux ma­raudes par mois, les ven­dre­dis et di­manches soir. En équipe, on crée un lien avec les SDF du 17e ar­ron­dis­se­ment : on leur parle, on leur ap­porte des bois­sons chaudes, quelques vê­te­ments ou ob­jets d’hy­giène, par­fois les crois­sants in­ven­dus d’un bou­lan­ger du quar­tier. Tra­vailler la nuit, c’est

contrai­gnant ? Bien sûr, il m’arrive de man­quer quelques soi­rées avec des amis. Mais il y a un fort as­pect sym­bo­lique à être de­hors au­près des sans-abri quand les “bien lo­gés” sont tran­quilles chez eux. Et puis expliquer pour­quoi je ne se­rai pas à telle ou telle fête me per­met de sen­si­bi­li­ser mon en­tou­rage à ce que je fais. Quels sont les

avan­tages ? Les ma­raudes sont des mo­ments très cha­leu­reux et convi­viaux. Et comme j’étu­die le jour, tra­vailler le soir me per­met de m’in­ves­tir vrai­ment. Ta plus belle anec­dote noc­turne ? À quelques jours de Noël, Mi­lo, un sans-abri que l’on connaît de­puis long­temps, nous a offert des chocolats. Sa fa­çon à lui de nous re­mer­cier.

RA­PHAËL 23 ans, voi­tu­rier au res­tau­rant Le Coq Ri­co, à Pa­ris 18

Quel est ton par­cours ? Étu­diant en jour­na­lisme, j’avais be­soin de ga­gner des sous. L’agence de voi­tu­riers Lea­ving Cars m’a em­bau­ché pour un mi-temps dans ce res­tau­rant de Mont­martre : j’y bosse les ven­dre­dis et di­manches soir. Tra­vailler

la nuit, c’est contrai­gnant ? Pas tant que ça, on prend l’ha­bi­tude. Par contre, je ne rentre pas chez moi avant que le der­nier client ait ré­cu­pé­ré sa voi­ture : j’at­tends par­fois jus­qu’à 2 heures du ma­tin. Des avan­tages ? Oui : ce bou­lot me per­met de ne lou­per au­cunes de mes vingt heures de cours heb­do­ma­daires. Et le res­to est à 300 mètres de chez moi, c’est un bon plan ! Comme je suis quel­qu’un d’as­sez tran­quille, tra­vailler la nuit colle bien à ma per­son­na­li­té. La pres­sion, l’agi­ta­tion baissent. Tout est plus calme. Que fais-tu de tes

jour­nées ? Je suis en cours. Mon ven­dre­di après­mi­di est libre, c’est là que je m’ac­corde un peu de temps pour pro­fi­ter de la vie ! Une anec­dote

noc­turne un peu folle ? Ré­cem­ment, je suis al­lé ga­rer la voi­ture d’un client de­vant le par­king d’un par­ti­cu­lier qui était grand ou­vert. Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai ap­pris que j’avais été le té­moin, sans le sa­voir, d’un cam­brio­lage !

PIERRE 33 ans, fon­da­teur des bou­lan­ge­ries La Four­née d’Au­gus­tine,

à Pa­ris

Quel est ton par­cours ? J’ai un CAP de pâ­tis­sier, un de bou­lan­ger, et j’ai re­çu le pre­mier prix de la Meilleure ba­guette de la Ville de Pa­ris en 2004. De­puis, avec ma femme, nous avons mon­té huit bou­lan­ge­ries à Pa­ris et four­nis­sons nombre de res­tau­ra­teurs. Tra­vailler la nuit, c’est

contrai­gnant ? C’est dif­fi­cile d’avoir une vie so­ciale “nor­male”. Quand on se lève à 4 heures, te­nir jus­qu’à mi­nuit en soirée de­vient très com­pli­qué. Quels sont les avan­tages ? Com­men­cer tôt per­met – la plu­part du temps – de ter­mi­ner tôt : il m’arrive d’al­ler cher­cher mes en­fants à l’école. Et quand je vois la beau­té de Pa­ris à l’aube, je me­sure ma chance.

Les gens sont-ils dif­fé­rents ? Ceux qui se lèvent tôt font souvent des mé­tiers dif­fi­ciles. Alors, à Run­gis, on noue des re­la­tions très dif­fé­rentes de celles qu’on peut avoir au bu­reau : c’est simple, sans chi­chis. Votre meilleure anec­dote

noc­turne ? Il s’en passe des choses au pe­tit ma­tin dans les res­tos de Run­gis ! À 4-5 heures, on y voit des gens man­ger une en­tre­côte de 400 g ac­com­pa­gnée d’un verre de vin blanc. Quand on n’a pas l’ha­bi­tude, ça peut sur­prendre... Can­di­dat à “La Meilleure bou­lan­ge­rie de France”, du lun­di au ven­dre­di, 17 h 20, M6.

DO­RO­THÉE 31 ans, jour­na­liste sur France In­ter pour le 5/7 du week-end

Quel est ton par­cours ? J’ai com­men­cé ma car­rière de jour­na­liste à France Bleu Quim­per. Un pas­sage à France In­fo et France Culture en tant que re­por­ter, puis je suis ar­ri­vée à France In­ter, pour la ma­ti­nale : j’ai d’abord as­su­ré celle de la se­maine, et main­te­nant, celle du week-end. Le sa­me­di et le di­manche, je me lève à 2 h 45. Tra­vailler la nuit,

c’est contrai­gnant ? C’est hy­per fa­ti­gant. Et avec mon mec, on a de quoi se sen­tir en dé­ca­lage : le week-end, quand il rentre de soirée, je pars bos­ser ! Quels sont les avan­tages ? J’adore mon bou­lot ! L’am­biance au studio, avec toute l’équipe, est très convi­viale. Et puis, pen­ser que je ré­veille les gens, que je par­tage leur ca­fé du ma­tin, c’est très in­time. J’es­saie d’avoir le sou­rire dans la voix, de leur rap­pe­ler que le monde ap­par­tient à ceux qui se lèvent tôt... Que fais-tu de tes jour­nées ? Du mer­cre­di au ven­dre­di, je pré­pare mon émission. Lun­di et mar­di, c’est mon week-end à moi. Ex­pos, ci­né, shop­ping... C’est tel­le­ment cool de vivre en dé­ca­lé. Une anec­dote noc­turne à par­ta­ger ? Quand j’al­lais tra­vailler à Quim­per, en voi­ture, les flics m’ar­rê­taient sys­té­ma­ti­que­ment pour me faire souf­fler dans le ballon car j’em­prun­tais une route bor­dée de boîtes de nuit. Quand je leur di­sais que j’al­lais au travail, ils se mar­raient !

NA­DIA

26 ans, sage-femme à la ma­ter­ni­té du Groupe Hos­pi­ta­lier

Dia­co­nesses Croix Saint-Si­mon,

à Pa­ris 12

Quel est ton par­cours ? Après un bac S et une fac de mé­de­cine, j’ai choi­si le mé­tier de sage-femme. Trois ans d’ex­pé­rience et plu­sieurs cen­taines de bé­bés mis au monde plus tard, je sais que j’ai fait le bon choix : je vis des mo­ments d’une puis­sance in­ouïe. Tra­vailler la nuit, c’est dif­fi­cile ? Pour la vie so­ciale, oui. Heu­reu­se­ment, beau­coup de mes amies sont sages-femmes, alors elles com­prennent. Ré­cem­ment, on a réus­si à ac­cor­der nos plan­nings et à faire une soirée crêpes toutes en­semble, un vrai mi­racle ! Y a-t-il des avan­tages ? J’aime par­ti­cu­liè­re­ment l’am­biance des gardes de nuit : tout est plus pai­sible, plus se­rein. Et la jour­née ? Je dors beau­coup parce que mes ho­raires changeants me pompent toute mon éner­gie. Les

gens sont-ils dif­fé­rents la nuit ? Parce qu’elles dé­barquent dans un hô­pi­tal où toutes les lu­mières sont éteintes, nos pa­tientes sont souvent plus stres­sées la nuit. Dans le mé­tro qui me conduit jus­qu’à mon lit, le ma­tin, c’est moi qui me sens en dé­ca­lage : avec ma tête dé­faite, j’ai l’air de sor­tir de boîte... Ton sou­ve­nir noc­turne le plus

fou ? Une femme qui n’a pas eu le temps de grim­per les trois étages pour ar­ri­ver jus­qu’à la salle de travail. J’ai dû l’ac­cou­cher au rez-de-chaus­sée. Son bé­bé va très bien.

CA­MILLE ET DO­RO­THÉE 23 et 34 ans, membres du duo de DJettes

Chair Faible

Quels sont vos par­cours ? On s’est ren­con­trées dans un bar, il y a six ans. On a eu en­vie de pas­ser de la mu­sique en­semble. Au dé­but, c’était juste une fa­çon amu­sante de se faire des sous. Mais on s’est prises au jeu et c’est de­ve­nu un mé­tier. Il y a deux ans, on a lan­cé notre duo Chair Faible, qui est aus­si un la­bel et un col­lec­tif voué à pro­mou­voir la créa­tion fé­mi­nine. Vous faites quoi, la jour­née ? Ca­mille : Notre deuxième mé­tier ! Je suis co­mé­dienne, Do­ro­thée est scé­na­riste, réa­li­sa­trice et chan­teuse.

Tra­vailler la nuit, ça im­plique quels sa­cri­fices ? Do­ro­thée : Une or­ga­ni­sa­tion bé­ton dou­blée d’une hy­giène de vie ir­ré­pro­chable, qui nous per­met de faire au­tant de choses. Alors beau­coup d’eau, pas d’al­cool, pas de drogue. Quels sont les avan­tages ? Do­ro­thée : On fait des bou­lots hy­per cool. Prendre son pied, ça per­met de re­la­ti­vi­ser la fa­tigue. Ca­mille : Et en soirée, on passe la mu­sique qu’on veut ! On ren­contre aus­si beau­coup de monde. Votre

anec­dote noc­turne la plus folle ? On a du gros po­tin sur un max de gens ! On ne peut rien dire, c’est comme le se­cret mé­di­cal. Mais toutes nos his­toires concernent : A. Des gens qui se mettent tous nus. B. Des re­quêtes mu­si­cales im­pro­bables. C. Des mecs bour­rés qui nous dé­clarent leur flamme.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.