LA DANSE PREND LE POU­VOIR

PHAR­RELL WILLIAMS ET SON “HAP­PY”, MI­LEY CY­RUS ET SES TWERKS HYPERSEXUÉS, BEYON­CÉ ET SON BOOTY SHAKE... LA DANSE A RA­RE­MENT FAIT AU­TANT BOU­GER LA POP. ET NOUS AVEC.

Be - - MODE -

“Twerk it twerk it twerk it” : la vague lan­cée par les stars du rap amé­ri­cain Bus­ta Rhymes et Ni­cki Mi­naj à l’été 2013, avec leur tube “Twerk it”, s’est trans­for­mée en raz de marée. Cette nou­velle danse est de­ve­nue in­con­tour­nable pour toute star du R’n’B. Et les Amé­ri­cains en sont dingues. En août 2013, un ar­ticle du “New York Times” ti­trait “Le twerk ex­pli­qué à vos pa­rents”. Ins­pi­ré de danses du Con­go et de Côte d’Ivoire, il est ar­ri­vé aux États-Unis il y a plus d’un siècle et s’est pro­pa­gé à tra­vers les groupes de hip-hop de La Nou­velle-Or­léans. Cet en­chaî­ne­ment de mou­ve­ments très sug­ges­tifs a été po­pu­la­ri­sé par Beyon­cé et Ri­han­na. Le 25 sep­tembre 2013, il est en­tré dans le “Livre Guin­ness des re­cords” : 358 Amé­ri­cains se sont réunis à New York pour le plus grand twerk du monde. Tou­chée par cette fièvre conta­gieuse, Mi­ley Cy­rus s’est lan­cée dans une ver­sion beau­coup plus tor­ride, lors de la cé­ré­mo­nie des MTV Vi­deo Mu­sic Awards en no­vembre 2013, en duo avec Ro­bin Thicke. Pré­sent dans la salle, Will Smith les re­gar­dait avec une moue bou­deuse. Cer­tains ar­tistes cri­tiquent les dé­rives ex­hi­bi­tion­nistes, voire vul­gaires de cette danse, qui dé­na­tu­re­raient son es­prit ori­gi­nel, lu­dique et vir­tuose. Beyon­cé et Ri­han­na re­ven­diquent cet es­prit plus fi­dèle aux sources. Tou­jours est-il qu’après le show pla­né­taire de Mi­ley, les écoles amé­ri­caines dé­diées à cette cho­ré­gra­phie ont été prises d’as­saut. “Les modes changent très vite, il suf­fit d’al­ler suivre des cours à New York pour s’en rendre compte, ob­serve Anne Beau­cou­sin, prof de jazz et d’ur­ban jazz au Centre de danse du Ma­rais, à Pa­ris. C’est dû à l’in­fluence de l’in­dus­trie du disque amé­ri­caine, qui a fait évo­luer le hip-hop ces der­nières an­nées. Les mou­ve­ments de­viennent plus vifs, tech­niques. Ce qui at­tire les jeunes.” Dans le hip-hop, la danse a tou­jours été cen­trale, au cô­té de la mu­sique et du graf­fi­ti. Dé­nom­mée b-boying ou break­dance, elle a eu dès les an­nées 1970 une di­men­sion très ath­lé­tique et acro­ba­tique. Ap­pa­rue dans le Bronx, à New York, elle est de­ve­nue po­pu­laire au­près des Afro-Amé­ri­cains no­tam­ment parce qu’on leur re­fu­sait l’ac­cès à des clubs ré­ser­vés aux Blancs. Ins­pi­rée par des styles très di­vers, du char­les­ton aux arts mar­tiaux, elle a dé­bar­qué en Eu­rope dans les 80s. La France a été sa se­conde terre d’ac­cueil. Ré­cu­pé­rée par le mu­sic bu­si­ness et par des sons plus com­mer­ciaux, la danse re­vient au­jourd’hui où elle est née : dans la rue. Avec ce qui fai­sait sa ri­chesse : l’éner­gie et l’im­pro­vi­sa­tion. Par­mi ses dé­cli­nai­sons éton­nantes et son éter­nelle ten­dance à la mé­ta­mor­phose, elle est au coeur du dé­coif­fant suc­cès de Phar­rell Williams, “Hap­py”, qui a es­sai­mé dans le monde au point de faire pleu­rer d’émo­tion le mu­si­cien sur le plateau d’Oprah Win­frey. En France, le site We are hap­py from

(wea­re­hap­py­from.com) en re­cense les ver­sions dé­cli­nées dans le monde en­tier : il en comp­tait plus de mille dé­but avril, dont deux cents Fran­çaises, de Lille à Bor­deaux. Ses créa­teurs sont deux tren­te­naires de Nantes, Loïc Fon­taine, pho­to­graphe, et Ju­lie Fer­sing, ar­chi­tecte d’in­té­rieur. “On re­çoit une ving­taine de vi­déos par jour, ex­plique Loïc. Et il y a de tout ! Mais on re­fuse les ver­sions com­mer­ciales et po­li­tiques.” Anne Beau­cou­sin confirme : “Il y a un fort en­goue­ment chez mes élèves au­tour de Phar­rell Williams. Quand je leur ai de­man­dé s’ils étaient prêts à al­ler dan­ser « Hap­py » dans la rue, ils m’ont tous ré­pon­du oui en choeur.” À Mar­seille, le pro­jet est né dans un pe­tit res­tau du quar­tier de la Plaine, un soir de no­vembre 2013. “J’avais en­ten­du le mor­ceau sur No­va, ra­conte Bar­ba­ra El­fas­sy, 39 ans, char­gée de pro­duc­tion. On a réuni une bande de potes et on a fait notre ver­sion !” Avec ses amis, elle a contac­té une fan­fare lo­cale ré­pu­tée, la Ban­da du Dock, et mo­bi­li­sé une tren­taine de proches pour réa­li­ser une des adap­ta­tions fran­çaises les plus réus­sies de “Hap­py”. “La joie était com­mu­ni­ca­tive, se sou­vient-elle. Les plus ti­mides se sont vrai­ment lâ­chés.” Un an au­pa­ra­vant, c’était le “Gan­gnam Style”, ve­nu de Corée du Sud, qui avait pro­pa­gé son vi­rus élec­trique à tra­vers la pla­nète et se­coué les corps. Dé­but 2014, la vi­déo de Psy avait été vi­sion­née près de deux milliards de fois. Des re­cords qui sont loin d’im­pres­sion­ner la reine in­con­tes­tée des dan­ce­floors, celle qui fait et dé­fait les modes sur un cla­que­ment de reins : Beyon­cé. Elle a re­çu les hom­mages ap­puyés de Ste­vie Won­der et de Bar­bra Strei­sand, et les louanges de la first la­dy amé­ri­caine, qui la cite en “mo­dèle”. Pour jouer son rôle dans “The Bling Ring”, Em­ma Wat­son a ré­vé­lé s’être ins­pi­rée de sa ges­tuelle. Des écoles pro­posent des cours pour “ap­prendre à dan­ser comme Beyon­cé” (lire en­ca­dré). “Tous mes élèves la connaissent, sur­tout les plus jeunes, té­moigne Anne Beau­cou­sin. Ils re­gardent ses clips et ai­me­raient dan­ser comme elle. Mais ils réa­lisent as­sez vite que ça de­mande du travail et du temps. Et puis les Fran­çais n’ont pas cette éner­gie, cette spon­ta­néi­té des Amé­ri­cains !”

QUAND LA TÉ­LÉ S’EN EM­PARE...

Aux États-Unis, le vi­rus de la danse se pro­page à un rythme in­fer­nal dans des mi­lieux les plus di­vers et les plus in­fluents. Der­nier phé­no­mène en date : Lil Buck, gé­nie afro-amé­ri­cain de Mem­phis d’une souplesse sur­hu­maine, en fu­sion entre les cou­rants, du hip-hop au clas­sique. Dans un autre re­gistre, les soeurs Haïm, sa­luées comme de dignes hé­ri­tières du bon vieux rock des 70s, fa­çon Eagles ou Fleet­wood Mac. Dans le clip de son single “If I Could Change Your Mind”, ex­trait de son album “Days Are Gone”, le trio de ro­ckeuses en blou­son en cuir, pro­duit par Jay-Z, s’est conver­ti à la cho­ré fa­çon R’n’B. Le mé­lange est aus­si sa­vou­reux que dé­ton­nant. Cette mode

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