Ma­ri­na Hands : “J’ai eu beau­coup d’amours pla­to­niques”

EN­FANT DE LA BALLE, ELLE A SU SE FAIRE UNE PLACE DE CHOIX DANS LE CI­NÉ­MA FRAN­ÇAIS. REN­CONTRE AVEC UNE AC­TRICE SEN­SIBLE, QUI PÈSE SES MOTS, À L’AF­FICHE DE “SOUS LES JUPES DES FILLES”, D’AU­DREY DA­NA.

Be - - ÉDITO - — PRO­POS RE­CUEILLIS PAR LU­DO­VIC PERRIN

Au dé­but, elle ne voit rien, com­plè­te­ment myope, des hu­blots sur le nez. Puis, elle se fait opé­rer et là, elle y voit plus clair. Sa tête ne passe plus les portes, elle a des cornes, des vraies, des grandes, de com­pé­ti­tion : co­cue, au su et au vu de tous. La ven­geance se­ra ter­rible. Pen­dant ce temps-là, on se cal­feutre dans notre siège. Ju­bi­la­toire : Ma­ri­na Hands, fille de l’ac­trice fran­çaise Lud­mi­la Mi­kaël et de l’an­cien di­rec­teur de la Royal Sha­kes­peare Com­pa­ny à Londres, Ter­ry Hands, fait ex­plo­ser les cadres de la co­mé­die “Sous les jupes des filles” (d’Isa­belle Ad­ja­ni à Va­nes­sa Pa­ra­dis en passant par Lae­ti­tia Cas­ta, une di­zaine de co­mé­diennes dans le cas­ting le plus im­pres­sion­nant de ce prin­temps). “Je t’ar­ra­che­rai un à un les poils du cul.” C’est le genre de phrase qui peut sor­tir de votre bouche ? Bien sûr. J’ai la co­lère hy­per­gros­sière. Mais pour moi, ce n’est pas sale. C’est li­bé­ra­teur. Et il n’y a au­cune per­ver­si­té der­rière ça. C’est l’avan­tage. Et la ven­geance ? Car vous avez conscience qu’avec ce rôle vous al­lez de­ve­nir l’icône de toutes les co­cues de France... J’ad­mire les gens qui passent à l’acte, et pas uni­que­ment dans le cadre de l’adul­tère. Mal­heu­reu­se­ment, j’en suis in­ca­pable. Dès qu’on me blesse, je prends la fuite. Con­trai­re­ment à mon per­son­nage dans le film d’Au­drey [Da­na], je n’ai pas le cran d’hu­mi­lier en pu­blic la per­sonne qui m’a fait du mal. Ce­la vous est-il ar­ri­vé ? Oui, très souvent... J’ai des sou­ve­nirs d’école. Au col­lège, je me rap­pelle d’ins­crip­tions sur les murs, d’in­sultes sur les pu­pitres de classe, d’aver­tis­se­ments sous forme de rè­gle­ments de compte : “Toi, on va te mettre des gifles à la ré­cré.” Mais le plus ter­rible, c’est de voir sa confiance tra­hie. La tra­hi­son en ami­tié... On livre ses secrets, une in­ti­mi­té, et d’un coup, voi­là qu’on les dé­couvre di­vul­gués à l’échelle d’un groupe, d’une classe, de toute l’école. Des gens se servent de la po­si­tion d’amis proches pour dé­voi­ler votre vie ou col­por­ter des men­songes. J’ai connu bien des dés­illu­sions en ami­tié. Il y a eu beau­coup de coups de ca­nif dans mes con­fi­dences.

“Moi, je ne trompe pas. Comme amou­reuse, je suis très en­tière, très en­ga­gée”

De­puis, je me mé­fie. Mon cercle d’amis est très res­treint, car je crois que la confiance né­ces­site du temps. En ami­tié comme en amour, elle n’est ja­mais im­mé­diate. C’est un pro­ces­sus très long. Aviez-vous le sen­ti­ment à l’école qu’on vous fai­sait payer le fait d’avoir des pa­rents cé­lèbres ? Ça a pu mo­di­fier les rap­ports. Par­fois, on se rap­pro­chait de moi parce que ça brillait. Mais non, mes pa­rents, ce n’était pas De­par­dieu non plus ! À pro­pos de votre mé­tier, vous ra­con­tez souvent qu’il est né d’un échec dans votre par­cours de ca­va­lière. Ac­trice, c’était donc un pis-al­ler ? À 20 ans, j’ai fait une dé­pres­sion. Je ve­nais de me bles­ser à che­val. L’équitation, c’était fi­ni pour moi. Un monde s’écrou­lait. Je n’étais pas as­sez bonne ca­va­lière pour pas­ser pro. C’était le constat. Que faire après ? Même s’il y avait la pers­pec­tive du théâtre, je ne sa­vais pas par quel bout re­prendre le fil de ma vie. Au fond, même si je trou­vais ab­surde de de­voir m’ins­crire dans une conti­nui­té fa­mi­liale, j’ai­mais l’idée d’être dans un mi­lieu ar­tis­tique. C’est un en­droit où l’on est libre d’être un peu han­di­ca­pé, un peu trop sen­sible, fra­gile.

L’équitation, c’est fi­ni de­puis ? Non, j’ai re­pris il y a deux se­maines. Donc, fi­na­le­ment, le rêve n’est ja­mais par­ti. L’échec, c’est être confron­té à sa propre in­ca­pa­ci­té. Ce­la m’a en­sei­gné une chose : un jour, si je ne me sens plus digne d’être digne, eh bien, je trou­ve­rai autre chose. On peut avoir plu­sieurs vies, plu­sieurs pas­sions. En­suite, il y a celle qui va vous faire ga­gner de l’ar­gent... Ai­miez-vous votre re­flet dans le mi­roir ? Jus­qu’à l’ado­les­cence, pas spé­cia­le­ment. Je me trou­vais aty­pique, trop grande, avec un visage bi­zarre et de longs bras. Moi, j’étais comme tous les ga­mins, je vou­lais res­sem­bler à tout le monde. Ça m’a rat­tra­pée lorsque j’ai com­men­cé à faire du ci­né­ma. Avant, dans le sport, je n’avais au­cun rap­port avec mon image. Tout était in­té­rio­ri­sé. Les gar­çons ne vous re­gar­daient pas ? J’étais dans l’équitation, un uni­vers d’hommes. J’avais beau­coup d’amis gar­çons. Eux pen­saient par­fois que ça pou­vait dé­bou­cher sur quelque chose. Moi ? Rien. Je ne com­pre­nais pas bien la dif­fé­rence entre l’ami­tié et la sé­duc­tion.

Vous avez donc été tar­dive en amour… Mon pre­mier amou­reux est ve­nu avec mon pre­mier cha­grin d’amour. J’étais au con­ser­va­toire, j’avais 21 ans. C’était la pre­mière fois que je tom­bais amou­reuse. Je m’en sou­viens, c’était hor­rible parce que le mec s’en fou­tait roya­le­ment. De­puis, ça a chan­gé. J’aime être amou­reuse. J’ai eu beau­coup d’amours pla­to­niques d’ailleurs. Qu’est-ce qui vous plaît et vous at­tire chez un homme ? J’aime les mecs ca­pables de se re­mettre pro­fes­sion­nel­le­ment et hu­mai­ne­ment en ques­tion. Ce n’est pas si cou­rant. On en voit beau­coup ac­cro­chés à leurs cer­ti­tudes : “J’ai tra­vaillé, j’ai réus­si, je suis ar­ri­vé là où je vou­lais, main­te­nant c’est comme ça, je ne bouge plus.”

Dans le film qui vous a ré­vé­lée, “La­dy Chat­ter­ley”, vous vous ba­la­diez nue. Là, dans “Sous les jupes des filles”, on ne voit pas un bout de peau, mais vous êtes co­cue. Est-ce pire que de se re­trou­ver à poil ? Je ne sais pas... Ça m’est sû­re­ment dé­jà ar­ri­vé, mais comme je n’ai ja­mais fouillé dans le por­table de mon co­pain, je ne suis ja­mais tom­bée de la chaise. Je n’ai pas connu ce sen­ti­ment de tra­hi­son amou­reuse. Je ne peux donc pas dire si j’ai été trom­pée ou non. Ça n’em­pêche pas d’avoir un point de vue sur la ques­tion. Votre ma­ri, joué par Alex Lutz, ment comme Pi­noc­chio. Lui, ce n’est pas son nez qui s’al­longe, mais son zi­zi qui ré­tré­cit. Il se re­trouve tou­jours à poil quand vous le gron­dez comme un pe­tit en­fant. Vous aus­si, vous trou­vez que ça fait pe­tite bite de trom­per ? Moi, je ne trompe pas ! Comme amou­reuse, je suis très en­tière, très en­ga­gée. En ce­la, les ques­tions sou­le­vées par le film m’ont per­tur­bée. Je suis d’ac­cord qu’un couple existe par une somme de com­pro­mis. Mais je n’arrive pas à conce­voir qu’on puisse vivre sans consi­dé­rer le bien-être de l’autre. Un couple, pour moi, ce sont des choix faits en­semble. Même le li­ber­ti­nage, ça doit dé­cou­ler d’un com­mun ac­cord et non être dé­cré­té de ma­nière uni­la­té­rale. Les hommes et les femmes sont-ils égaux de­vant l’adul­tère ? Je pense que les hommes peuvent da­van­tage se cou­per en deux. Mais je connais au­tant de femmes que d’hommes qui vont voir ailleurs. Peut-être que dans un couple à l’an­cienne, où la femme est en­tre­te­nue par l’homme, ce­la est moins pos­sible pour elle. Elle ac­cepte cette sou­mis­sion à son dé­sir. Si vous ne trom­pez pas, vous ar­ri­vet-il de men­tir ? Ça m’arrive de me men­tir à moi-même. Au­tre­ment, non. Quand on me pose une ques­tion, je ré­ponds. Fran­che­ment, à l’heure des ré­seaux so­ciaux, je ne vois pas l’in­té­rêt de vou­loir ca­cher quelque chose. Il y a une telle trans­pa­rence. Vous êtes-vous sen­tie pié­gée quand “Pa­ris Match” a ti­tré l’an­née der­nière sur votre his­toire avec Ju­lien Do­ré : “Ju­lien Do­ré a été mon grand amour” ? Non, parce que ce sont mes mots. On était sé­pa­rés. Le jour­na­liste m’a po­sé une ques­tion, et j’y ai ré­pon­du. Une interview, c’est un re­lais qui ne me semble pas agres­sif. Là-des­sus, je re­fuse de jouer les vierges ef­fa­rou­chées, fa­çon : “Moi ?! J’ai dit ça ! Ja­mais !”

Et la presse people ? Je ne me suis ja­mais fait shoo­ter dans la rue. Chaque fois, ça a été des pho­to­mon­tages. On ne m’a rien vo­lé de mon in­ti­mi­té. Ce qui est sûr, c’est qu’on se res­semble plus dans les jour­naux people que dans les pages des ma­ga­zines, où tout est contrô­lé, re­tou­ché. En même temps, vous n’avez rien à ca­cher... Al­lez, même pas une pe­tite trom­pe­rie ? Non. À part si vous in­cluez les amours pla­to­niques dans le lot. Alors là, si, une fois. Même si je per­siste à croire que l’in­fi­dé­li­té passe par le corps.

Inès (Ma­ri­na Hands) règle ses comptes avec la fri­gide So­phie (Au­drey

Fleu­rot), dans “Sous les jupes des

filles”.

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