Ay­me­line Va­lade, nais­sance d’une co­mé­dienne

DANS LE “SAINT LAURENT” DE BER­TRAND BO­NEL­LO*, LA TOP IN­TER­PRÈTE BET­TY CA­TROUX. PORTRAIT DU NOUVEL ES­POIR DU CI­NÉ­MA FRAN­ÇAIS.

Be - - ÉDITO - — AU­RÉ­LIE LAMBILLON

Un film somp­tueux. Des co­mé­diens par­faits”. Telles étaient les bribes de phrases sai­sies à la réouverture des portes de la pre­mière pro­jec­tion du film de Ber­trand Bo­nel­lo, au Pa­lais des Fes­ti­vals. Par­mi ces “co­mé­diens par­faits” (Gas­pard Ul­liel, Jé­ré­mie Re­nier, Léa Sey­doux, Ami­ra Ca­sar, tous épous­tou­flants), une jeune in­con­nue n’a lais­sé per­sonne in­dif­fé­rent. Ay­me­line Va­lade, 29 ans, étoile des po­diums de mode, mais no­vice des salles obs­cures, hyp­no­tise par son in­ter­pré­ta­tion fine et juste de Bet­ty Ca­troux, mi­roir fé­mi­nin d’Yves Saint Laurent, double créa­tif et spi­ri­tuel du cou­tu­rier avec le­quel elle par­ta­geait une vi­sion hé­do­niste de leur époque. Un rôle exi­geant pour toute ac­trice confir­mée. Un hon­neur, une au­baine et un sa­cré chal­lenge pour une jeune man­ne­quin qui n’a même ja­mais pro­non­cé trois lignes pour le ci­né­ma. D’ailleurs, si Ber­trand Bo­nel­lo a don­né peu de mots à son per­son­nage, il a su fil­mer l’im­por­tance de cette fi­gure fé­mi­nine hors norme dans la vie du créa­teur. Et Ay­me­line Va­lade a su lui don­ner vie. Fi­gure aty­pique du man­ne­qui­nat, cette Mont­pel­lié­raine un brin gar­çon man­qué n’a ja­mais rê­vé de faire la cou­ver­ture d’un ma­ga­zine. Quand, à 15 ans, elle est re­pé­rée sur son skate dans une rue du vieux Nice, elle est ha­billée, comme ses co­pains, d’un jean bag­gy et de bas­kets, et n’a que faire de re­joindre une agence. Pen­dant dix ans, elle snobe les pro­po­si­tions, pré­fé­rant conti­nuer ses études pour étu­dier la com et le jour­na­lisme. Un drôle de pre­mier cur­sus pour celle qui, à 11 ans, ne sa­vait ni lire ni écrire, mais réus­sis­sait à trom­per son monde en fai­sant ha­bi­le­ment sem­blant. Lors­qu’elle cède en­fin aux si­rènes de la mode, elle a 25 ans, au­tant dire l’âge du dé­am­bu­la­teur dans la ligne de vie d’un top. Mais face aux jeunes slaves lisses et sté­réo­ty­pées, son mètre 78 gra­cile et ner­veux, son re­gard bleu trou­blant, son franc-par­ler, son sens in­né du style et sa com­pré­hen­sion de la mode, la pro­pulsent nou­velle co­que­luche des créa­teurs. Elle en­chaîne aus­si­tôt les fa­shion weeks, dé­fi­lant, entre autres, pour Cha­nel et Ch­loé à Pa­ris, Guc­ci, Emi­lio Puc­ci, Dolce & Gab­ba­na à Mi­lan et Marc Ja­cobs à New York. Pa­ra­chu­tée chez les hap­py few que les marques s’ar­rachent, elle mul­ti­plie les cam­pagnes pub pour Alexan­der Wang, Ken­zo, Lan­vin. Elle au­rait pu s’en conten­ter. Pas son genre. En 2012, Ami­ra Ca­sar, dé­jà cas­tée pour le tour­nage de “Saint Laurent”, ren­contre cette beau­té à la per­son­na­li­té bien trem­pée au dé­fi­lé des Mé­tiers d’Art de Cha­nel. À son re­tour, elle sug­gère à Ber­trand Bo­nel­lo de l’au­di­tion­ner pour le rôle de Bet­ty Ca­troux. Le réa­li­sa­teur tient son ac­trice, et le reste ap­par­tient dé­jà à l’his­toire. En l’amie du créa­teur, Ay­me­line Va­lade dit reconnaître “l’ar­ché­type de la femme mo­derne. Une femme libre, avant­gar­diste dans son at­ti­tude et son rap­port aux autres”. Un rôle fi­na­le­ment sur me­sure pour celle qui ad­met­tait ré­cem­ment dans une interview pré­fé­rer “cho­quer qu’en­nuyer”.

*Sor­tie pré­vue en oc­tobre.

Ay­me­line Va­lade et Gas­pard

Ul­liel.

Pas­sage réus­si des po­diums à l’écran, et

du brun au pla­tine.

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