Kate Upton : corps et âme

ELLE FÊTE SES 22 ANS ET UN PRE­MIER FILM. BAR­BIE GIRL SUR LE PA­PIER (GLA­CÉ), LOIN DES CA­NONS, KATE EM­BALLE POUR­TANT LA MO­DO­SPHÈRE. PAR QUEL MI­RACLE ?

Be - - ÉDITO - — GAËL L E BELLEGO

Soyons franc : son ac­tu ci­né ne vaut pas un penny. Un chick flick ba­lourd – “Triple al­liance” –, ode usée à la fi­dé­li­té et à l’es­time de soi. Sur­prise, le film car­tonne au box-of­fice US : 25 mil­lions de dol­lars la pre­mière se­maine, de­vant le bien-mou­lé “Cap­tain America”. Certes, ses par­te­naires à l’écran, les ban­kable Ca­me­ron Diaz et Les­lie Mann, font des grimaces, et par temps de crise, ça vaut bien le prix d’un ti­cket. Mais l’explication est ailleurs, quelque part dans la bande-an­nonce : cette scène au ra­len­ti où Kate Upton jogge sur le sable, ser­rée dans un maillot une pièce blanc qui a du mal à tout conte­nir. Une vi­sion “Alerte à Ma­li­bu” proche de l’hyp­nose. 90E. Un gros bon­net de la mode, pour­rait-on dire. Kate, c’est d’em­blée une paire in­ha­bi­tuelle. Des seins na­tu­rels, pas gon­flés à l’im­plant, si gros qu’ils masquent le reste. Elle s’en plai­gnait ré­cem­ment au “Sun”, sé­rieuse comme un pape en Terre sainte : “J’ai­me­rais qu’ils soient plus pe­tits, et que mes fesses aient l’at­ten­tion qu’elles mé­ritent” – comme si Ma­ri­lyn, à chaque interview, avait ex­pli­qué son grain de beau­té, et Liz Tay­lor, la cou­leur éme­raude de ses yeux. Ou si vous, en soirée, dis­ser­tiez sur vos doigts de pied. Pour se ra­vi­ser, en un tweet du 16 avril : “J’ai des mo­ments d’in­cer­ti­tude, mais j’aime et je suis fière de mon corps, je ne vou­drais rien chan­ger.” Pro de la com, elle a com­pris qu’il ne fal­lait pas se ti­rer une balle dans le dé­col­le­té : ses seins, c’est son gagne-pain, sa façade, sa force cen­tri­fuge. La par­tie qui dé­signe le tout. On ima­gine sa for­mi­dable las­si­tude aus­si, à de­voir ré­pondre aux éter­nelles mêmes ques­tions pneu­mo­cen­trées...

AN­NA WIN­TOUR A SUC­COM­BÉ

Ouf ! nous voi­là dé­bar­ras­sé de l’en­com­brant pré­am­bule. Pas­sons à la ques­tion. Une colle. Il s’agit d’expliquer l’im­pos­sible : comment cette fille, fan­tasme de rou­tier et d’in­for­ma­ti­cien, qu’on ima­gi­ne­rait dans une pa­rade de pom-pom girls ou un clip de car wash, comment cette fille, donc, peut faire quatre

KATE UPTON CHOI­SIT, DÉ­CIDE, OSE, PAR­FOIS JUS­QU’AUX CONFINS DU MAU­VAIS GOÛT

cou­ver­tures du “Vogue” d’An­na Win­tour ? Être pho­to­gra­phiée par les plus grands, Bruce Weber, Ma­rio Tes­ti­no ou An­nie Leibovitz ? Alors, on cherche, on en­quête. On la ren­contre [lire p. 93]. Al­ler au-de­là des évi­dences, de la blonde à bru­shing, de la ra­vis­sante idiote, de la belle Amé­ri­caine éle­vée au grain. Al­lez, un quiz : son film “Triple al­liance” est di­ri­gé par Nick Cas­sa­vetes, fils de John et de Ge­na Row­lands. Pas rien. Pour son pre­mier rôle au ci­né­ma, Kate a sû­re­ment dû po­tas­ser, réviser ses clas­siques avant tour­nage. “Vous avez vu les films de John Cas­sa­vetes ? – Off course !” [En­thou­siaste.] “Quel est votre pré­fé­ré ?” Si­lence, em­bar­ras, mor­dille­ment de lèvres. “Euh, ben, hum... Je trouve ses films trop dark. Je pré­fère les co­mé­dies. Quand je vais au ci­né­ma, ce n’est pas pour me prendre la tête.” Kate est plus di­serte quand il s’agit de ci­ter des marques de sacs, elle adore Pa­ris et le shop­ping, fan­fa­ronne-t-elle. “La jeu­nesse, c’est la pas­sion pour l’in­utile”, écri­vait Gio­no. Bon, en même temps, Kate Upton n’a ja­mais pré­ten­du être Ma­rie Cu­rie ou Vir­gi­nia Woolf. La culture gé­né­rale n’est donc pas sa botte se­crète. Cher­chons en­core... La ré­ponse est dans la ren­contre, et sa poi­gnée de main. Ferme, dé­ci­dée. Sur le visage rayonne bien cette “fraî­cheur de vivre” Hol­ly­wood Che­wing Gum. L’eu­pho­rie d’une muse qui s’amuse, qui profite des luxes que sa jeune vie lui offre, voya­geuse carte Gold, au­jourd’hui à New York, de­main aux îles Cook. Mais la belle n’est pas naïve, elle joue la fausse can­deur, nuance. Le cô­té “Oops my boobs !” pous­sé au max. Et il faut une in­tel­li­gence cor­po­relle et spatiale hors pair pour créer l’im­pres­sion de se mon­trer nue tout en ca­chant l’es­sen­tiel. D’une main, d’une bande de tis­su, d’une ombre por­tée... Il n’existe pas un cli­ché d’elle à poil – fakes ex­cep­té. La top dé­cla­rait au “Elle UK” : “Je ne veux pas être for­cée à faire quoi que ce soit. Si je fais quelque chose, c’est parce que je le veux bien.” Kate Upton a de l’aplomb dans la tête. À 22 ans le 10 juin, rap­pe­lons-le. Ca­me­ron Diaz louait cette belle qua­li­té : “Elle est ex­trê­me­ment maî­tresse d’elle-même. En prin­cipe, les filles de son âge ont be­soin d’être gui­dées, mais Kate a dé­jà une connais­sance très af­fir­mée de qui elle est et où elle va.” Un mé­lange de pré­co­ci­té et d’en­thou­siasme. Et cette conscience ai­guë d’être à part. De son phy­sique aty­pique, sexuel là où la mode pro­meut souvent l’asexuel, elle fait une force. Le confron­tant aux lois de la na­ture. Ici, pour “Sports Il­lus­tra­ted”, elle prend la pose en ape­san­teur et Bi­ki­ni à bord d’un vol

pa­ra­bo­lique ; là, elle trône au mi­lieu des man­chots de la ban­quise, en An­tarc­tique, par – 30 °C. Sans ja­mais perdre le sou­rire. Au men­tal.

UNE SÉ­RIE TÉ­LÉ À ELLE SEULE

Le ré­sul­tat est in­con­gru et beau, dis­so­nant et fou. On les croi­rait un ho­lo­gramme ou le fruit d’un tru­cage Pho­to­shop, elle et son corps dé­rai­son­na­ble­ment plan­tu­reux, cam­pés dans un no wo­man’s land. Ce n’est pas “Mar­tine à la plage, à la ferme, en ba­teau...”, mais “Kate fait du bo­dy pain­ting”, “Kate nue sur un da­da”, “Kate mange une ca­rotte dé­gui­sée en bun­ny” (à quand sous l’eau, avec un ca­la­mar géant ?)... C’est une per­for­meuse dont on aime suivre les aven­tures. Une autre n’au­rait pas dé­pas­sé le man­tra “sois bonne et tais-toi”. Kate Upton, elle, choi­sit, dé­cide, ose, par­fois jus­qu’aux confins du mau­vais goût. En 2012, Ca­rine Roit­feld, qui l’avait plan­tée dans un pré au mi­lieu de co­chons de lait, che­vreaux, chiots, pous­sins et d’un éphèbe dé­gui­sé en li­corne, pour le clip de lan­ce­ment de son “CR Fa­shion Book”, rap­pe­lait que “le mau­vais goût est souvent plus ins­pi­rant que le bon goût”. Elle n’a pas froid aux yeux. La voi­là en train de cou­rir, de dan­ser – comme dans la vi­déo “Cat Dad­dy” de Ter­ry Ri­chard­son, en 2012, vue par 20 mil­lions de you­tu­beurs –, consciente des ef­fets pro­duits par le poids de ses vo­lup­tés. Notre man­ne­quin IMG contri­bue, avec Emi­ly Ra­taj­kows­ki et La­ra Stone, à dé­ré­gler les us et cou­tures de la mode. L’ac­trice Aman­da Sey­fried lâ­chait en mai : “Mer­ci à Dieu d’avoir in­ven­té Kate Upton. Un su­per­mo­del qui a des formes. Elle in­carne la nou­velle image de la beau­té.” On la re­garde alors avec “ivresse et lente gour­man­dise”, pour ci­ter Bau­de­laire. À son insu, croit-on. Elle qui joue de son image mieux que per­sonne. “Triple al­liance”, de Nick Cas­sa­vetes. Avec Kate Upton, Ca­me­ron Diaz, Les­lie Mann. Sor­tie le 18 juin.

De “Va­ni­ty Fair” à “Vogue UK” en passant par “V”, au­cun ma­ga­zine de mode ne ré­siste à la vo­lup­teuse Kate.

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