Den­nis la ma­lice

AVANT LE FILM “EA­SY RI­DER”, L’ACTEUR HOP­PER A ÉTÉ UN EA­SY PHO­TO­GRA­PHER. LA PREUVE EN IMAGES À TRA­VERS UNE EX­PO LON­DO­NIENNE.

Be - - ÉDITO - — GAËL L E BELLEGO

Sa vie est un ro­man. Et ses an­nées 60, un album pho­to... De Den­nis Hop­per, on connaît d’abord ce plan, fa­rou­che­ment hip­pie, ex­trait de son chef-d’oeuvre de 1969, an­née beat­nik, “Ea­sy Ri­der” : Stet­son et barbe au vent, ju­ché sur une Har­ley, l’hymne “Born to Be Wiiiild” de Step­pen­wolf à pleins gaz. La suite de sa car­rière au ci­né­ma, de “Apo­ca­lypse Now” à “Blue Vel­vet”, se­ra pa­vée de mau­vaises in­ten­tions et d’ex­cès, mais tout a été écrit là-des­sus. On connaît moins son pas­sé de pho­to­graphe. C’est la Royal Aca­de­my of Arts de Londres qui fait la lu­mière : quatre cents cli­chés en noir et blanc, qu’on croyait au feu, ex­hu­més d’un pla­card, au mi­lieu des dé­cos de Noël de sa “man­sion” de L.A. ! “The Lost Album”, titre l’ex­po : de­puis 1970 à Fort Worth (Texas), plus ja­mais cette col­lec­tion n’avait été mon­trée. Et pour cause : quand Hop­per, dans un ac­cès de dé­mence, vou­lut brû­ler les né­ga­tifs, le com­mis­saire d’ex­po Wal­ter Hopps plan­qua tout. Sa­chant bien que l’ar­tiste n’est pas homme à pro­fé­rer des me­naces en l’air... C’est James Dean, son pote de­puis le tour­nage de “Géant”, qui l’en­cou­ra­gea le pre­mier, mais sa pre­mière femme, Brooke Hay­ward, qui lui of­frit son Ni­kon en 1961, pour son vingt-cin­quième an­ni­ver­saire. Hop­per, alors trop san­guin, rate sa car­rière à Hol­ly­wood. Et l’incendie do­mes­tique car­bo­ni­sant ses trois cents ta­bleaux la même an­née le dé­becte de la pein­ture. La pho­to, donc. En ra­fale. Des mil­liers de cli­chés, té­moi­gnage pré­cieux sur l’Amé­rique des six­ties en mu­ta­tion. Les co­pains d’abord : acteur de la contre­cul­ture, il fré­quente et im­mor­ta­lise ce que l’art mo­derne compte de mieux : Wa­rhol et sa Fac­to­ry, Roy Lich­ten­stein as­sis en tailleur, Jasper Johns po­sé sur un so­fa blanc, Rau­schen­berg ti­rant mieux la langue que Mi­ley Cy­rus... Et, au-de­là, la top Peg­gy Mof­fitt ou Paul New­man, qua­si nu, pre­nant un bain de so­leil. Mais aus­si les rues (Har­lem), les pay­sages (côte Est), l’His­toire en marche (la lutte de Lu­ther King). Et, bien sûr, les Hells An­gels. Comme une pré­fi­gu­ra­tion d’“Ea­sy Ri­der”. Car cet homme était vrai­ment “Born to Be Wild”, al­lez voir plu­tôt. Den­nis Hop­per, “The Lost Album”, Royal Aca­de­my of Arts à Londres. Du 26 juin au 19 oc­tobre. roya­la­ca­de­my.org.uk

Ro­ger Vadim et Jane Fon­da, im­mor­ta­li­sés pour leur ma­riage en 1965 par Den­nis Hop­per.

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