Le ré­gime par in­té­rim

Al­ter­ner jour­nées détox et re­pas free-style est l’ul­time mode aux États-Unis. Trop beau pour être vrai ? La ré­ponse des ex­perts.

Be - - ÉDITO - RÉA­LI­SA­TION AU­RÉ­LIE LAMBILLON. STY­LISME MARION GUIOT. PHO­TOS FRED MEYLAN.

Cinq jours pour man­ger ce que l’on veut, deux jours de diète

à 500 ca­lo­ries, et beau­coup de ki­los per­dus : c’était la pro­messe al­lé­chante du ré­gime 5:2 ap­pa­ru l’an­née der­nière. Une cure min­ceur par al­ter­nance qui a, de­puis, fait des pe­tits avec, no­tam­ment, le “eve­ry other day”, un qua­si-jeûne un jour sur deux, le “deux se­maines, deux se­maines” ou en­core la plus lou­foque “diète jus­qu’au dî­ner”. Moins las­santes, moins déso­cia­li­santes et sur­tout moins frus­trantes que les ré­gimes clas­siques, ces nou­velles règles font des émules outre-At­lan­tique. Alors for­cé­ment, à l’ap­proche de la plage, on sa­live à l’idée de pou­voir suc­com­ber au com­bo tomate/moz­za/ ro­sé. Même juste de temps en temps.

PLUS MINCE, PLUS VITE

Les études me­nées pour prou­ver leur ef­fi­ca­ci­té avancent des chiffres éblouis­sants : 55 % de poids per­du en plus qu’avec un ré­gime clas­sique pour la diète “deux se­maines, deux se­maines”, par exemple. Étonnant ? Pas vrai­ment, puis­qu’en al­ter­nant les jours à man­ger nor­ma­le­ment avec ceux à 500 ca­lo­ries, on in­gère moins de ca­lo­ries qu’en sui­vant un ré­gime en conti­nu. Mieux, les mé­de­cins à l’ori­gine de ces mé­thodes as­surent que l’on ne se goinfre pas les jours de li­ber­té, mo­ti­vées par la perte de poids ra­pide et peut-être aus­si parce que l’es­to­mac s’est re­cro­que­villé. En­fin un ré­gime qui marche ?

JUSTE UNE ILLU­SION

“Peut-être, mais à quel prix ?”, s’in­ter­rogent les ex­perts fran­çais. “Sautes d’hu­meur, som­no­lence diurne, manque d’éner­gie et mau­vaise ha­leine sont au ren­dez­vous les jours res­tric­tifs, rap­pelle Va­lé­rie Or­so­ni, coach des stars et sur le site le­boot­camp.com. Sans oublier que ces chocs à ré­pé­ti­tion en­traînent la pro­duc­tion de toxines en masse.” Pénible, mais pas in­sur­mon­table si la perte de poids se confirme. À moins que le corps, ef­frayé par la res­tric­tion, ne se mette à sto­cker deux fois plus les jours de li­ber­té. Sur­tout que les doses de nour­ri­ture ont ten­dance à ex­plo­ser ces jours-là… “La mé­ca­nique ne peut que se dé­ré­gler, aver­tit le doc­teur Du­kan, au­teur du cé­lèbre ré­gime hy­per­pro­téi­né. Les len­de­mains de jeûne, l’ap­pé­tit se­ra au­to­ma­ti­que­ment dé­cu­plé. On peut lut­ter contre une mau­vaise ha­bi­tude ali­men­taire ou contre la gour­man­dise, mais pas contre la faim.” À moyen terme, les plus pes­si­mistes pré­disent l’ar­rêt pro­gres­sif des jours de jeûne et/ou une hy­per­com­pen­sa­tion les jours free.

GRAND CORPS MA­LADE

L’épui­se­ment phy­sique n’est pas en op­tion. “Au ni­veau mé­ta­bo­lique, c’est ca­tas­tro­phique. Le corps a be­soin de man­ger à heures ré­gu­lières, trois fois par jour, pour un ap­port pré­cis en nu­tri­ments. Bien faire fonc­tion­ner son corps, c’est es­sen­tiel pour par­ve­nir à mai­grir”, mar­tèle le doc­teur Pierre-Jean Gi­del, nu­tri­tion­niste à la cli­nique Science & Beau­té d’An­tibes. Sur­tout que le men­tal ne suit pas non plus… “Ces ré­gimes, ce n’est pas la li­ber­té mais l’anar­chie. D’un cô­té, on s’af­fame et on se prive de ce qu’on aime, de l’autre on fait des ex­cès. C’est le meilleur moyen pour com­men­cer à perdre du poids, puis en ga­gner beau­coup plus. Un sys­tème ex­ces­sif ne peut pas rendre les gens rai­son­nables”, conclut avec sa­gesse le doc­teur Ap­fel­dor­fer, psy­chiatre an­ti­ré­gime, co­fon­da­teur du site de

coa­ching min­ceur li­ne­coa­ching.com. Et les études qui prouvent l’ef­fet slim, alors ? “Me­nées sur des échan­tillons ri­di­cules pen­dant des pé­riodes très courtes, elles pré­sentent des ré­sul­tats dou­teux, sur­tout que ces der­niers sont uni­que­ment ba­sés sur les dé­cla­ra­tions des par­ti­ci­pants”, ba­laye Va­lé­rie Or­so­ni. Bref, pas plus consis­tantes que les feuilles de sa­lades que l’on doit bou­lot­ter les jours sans.

LES CONTRATS COURTS QUI FONT MIN­CIR EN CDI

S’il ne faut pas comp­ter sur les diètes à mi-temps pour trans­for­mer du­ra­ble­ment sa sil­houette, rien n’em­pêche de s’en ins­pi­rer pour dé­blayer les pe­tits ex­cès de l’hi­ver ! Trois pistes à suivre…

1. Le shot d’“eve­ry other day”

Un jour de diète à 500 ca­lo­ries, un jour de li­ber­té, et re­be­lote… L’in­té­rêt ? Le corps s’ha­bi­tue­rait sans pro­blème à ce rythme sur 48 heures, et ce sans souf­frir de ca­rence en nu­tri­ments. Une ou deux se­maines de ce trai­te­ment de­vraient faire fondre un sup­plé­ment ra­clette. Après, stop ! Pour les rai­sons dé­jà évo­quées, et parce que, me­nés sur le long terme, les ré­gimes bi­po­laires sont soup­çon­nés d’en­traî­ner des troubles ali­men­taires (bou­li­mie, etc.).

2. L’es­ca­lier nu­tri­tion­nel si­gné Du­kan

Le hé­raut de l’hy­per­pro­téi­né re­vient avec une nou­velle ver­sion moins stricte de son ré­gime star. Le lun­di, on dé­marre avec des pro­téines à vo­lon­té, aux­quelles on ajoute les lé­gumes le mar­di, un fruit le mer­cre­di, deux tranches de pain com­plet le jeu­di, une por­tion de fro­mage le ven­dre­di, une de fé­cu­lents le sa­me­di, tan­dis que le di­manche, on s’au­to­rise un re­pas de ga­la ! “Avec cette gra­dua­tion, les gens com­prennent quels ali­ments sont les meilleurs pour eux et adoptent de bons ré­flexes”, pré­cise le Dr. Du­kan. En li­mi­tant la sen­sa­tion de faim, on fi­dé­lise les can­di­dats à la perte de poids. Dom­mage qu’il manque juste un travail de fond sur les quan­ti­tés.

3. Les cra­quages maî­tri­sés

Soit ja­lon­ner une re­prise en main plus clas­sique de pe­tits écarts. “Il faut sor­tir des ré­gimes sco­laires et in­fan­ti­li­sants, af­firme Va­lé­rie Or­so­ni. Après un écart, il suf­fit de faire at­ten­tion le len­de­main et d’aug­men­ter un peu le ni­veau d’exer­cice.” Une étude pa­rue dans la re­vue scien­ti­fique “Ap­pe­tite” en 2013 a confir­mé que les femmes qui fai­saient des écarts en culpa­bi­li­sant gros­sis­saient plus que celles qui as­su­maient. Mais pour­quoi ? Se sen­tir cou­pable frei­ne­rait la perte de poids en ren­dant les ali­ments in­ter­dits plus dé­si­rables jus­qu’à en­clen­cher de nou­veaux cra­quages. Alors que les pé­che­resses as­su­mées bé­né­fi­cie­raient d’un taux d’en­dor­phines et de do­pa­mine en hausse, de cor­ti­sol en baisse et donc d’une sen­sa­tion de faim ré­duite. Alors, oui à la tomate/moz­za/ro­sé pour toutes !

Bo­dy en co­ton, H & M. Assistantes sty­lisme Lé­na Kal­flèche et Ol­ga Bo­cha­ro­va. As­sis­tant pho­to Rud­dy Le­poul­tier. Pro­duc­tion N House Pro­duc­tions. Man­ne­quin So­veig chez IMG.

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