CLÉ­MENCE RO­CHARD

24 ans, cor­don­nière-bot­tière

Be - - TÉMOIGNAGE -

Comment de­vient-on cor­don­nière ? En dé­pri­mant en fac de psy­cho. En qua­trième an­née, en consul­tant la ru­brique cor­don­ne­rie-bot­te­rie du site des Com­pa­gnons du de­voir, j’ai eu le dé­clic et je me suis ins­crite. Ce­la fait presque deux ans que je suis en ap­pren­tis­sage dans une cor­don­ne­rie à Pa­ris*, je passe mon CAP ce mois-ci. Et après ? Je vais en­ta­mer mon tour de France du com­pa­gnon­nage pen­dant quatre ans. Je vou­drais de­ve­nir bot­tière, fa­bri­quer des chaus­sures de luxe, comme Pierre Cor­thay ou Wal­ter Stei­ger. Les places sont chères, il faut ex­cel­ler. Pour­quoi ne pas avoir choi­si cette

voie plus tôt ? Parce qu’au ly­cée, les branches tech­niques étaient pour ceux qui n’avaient pas de bonnes notes. Mes grands-pa­rents étaient bou­lan­gers, mais mon rap­port avec les mé­tiers ma­nuels s’ar­rê­tait là. Au­jourd’hui, je ré­pare des chaus­sures toute la jour­née, avant de dî­ner à la Mai­son des Com­pa­gnons et de suivre deux heures de cours, et je n’ai ja­mais été aus­si heu­reuse !

Qu’est-ce qui a chan­gé ? Ma vie est plus concrète, je peux me­su­rer le travail ac­com­pli, c’est gra­ti­fiant. Beau­coup de clients me confient qu’ils au­raient ai­mé être ma­nuels, sans avoir osé fran­chir le pas. Je suis ra­vie de l’avoir fait, j’ai été sou­te­nue par ma fa­mille. Le re­gard sur l’ar­ti­sa­nat change, peut-être grâce à la vague du do it your­self et des tu­tos sur le Net. *L’Échoppe, 66, rue La­marck, Pa­ris 18.

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