Ques­tions in­ter­dites

SEXE, SAN­TÉ, TRAVAIL, AMI­TIÉ, LO­GE­MENT, FA­MILLE... IL Y A DES SU­JETS QUE VOUS N’OSEZ PAS ABOR­DER. ICI, AU­CUN N’EST TA­BOU. NOS EX­PERTS VOUS RÉ­PONDENT.

Be - - SOMMAIRE - PAR AN­TOINE BOI­TEL

LÉA, 29 ANS De­puis que mon mec est de­ve­nu pa­pa ga­ga, je n’arrive plus à le voir comme un ob­jet sexuel, et je fan­tasme sur des hommes plus re­belles. Comment faire pour ral­lu­mer la flamme ?

Le fait de de­ve­nir pa­rent est en soi une crise exis­ten­tielle. Il s’agit aus­si d’un dé­fi pour le couple, qui doit re­pen­ser sa dy­na­mique à deux. Votre com­pa­gnon a choi­si d’em­bras­ser plei­ne­ment sa pa­ren­ta­li­té et peut-être vous sen­tez-vous pri­vée de votre propre ma­ter­ni­té s’il se com­porte en pa­pa poule ou même en “père-mère”. Il s’agit d’un phé­no­mène as­sez nou­veau au­quel les jeunes femmes n’ont pas été pré­pa­rées dans leur édu­ca­tion. Nor­ma­le­ment, avoir un en­fant leur per­met de ré­soudre leur oe­dipe : elles se sont faites à l’idée que pa­pa n’est pas dis­po­nible, et elles choi­sissent donc un autre homme pour avoir un en­fant. Au lieu de ce­la, vous vous tour­nez vers l’image du re­belle, exac­te­ment le genre de gar­çon que l’on veut à l’ado­les­cence. Il s’agit d’une forme de ré­gres­sion, et, après tout, vous n’êtes pas très loin de l’ado­les­cence qui, au­jourd’hui, se ter­mine au­tour de 25 ans. Pour sauver cette re­la­tion, votre com­pa­gnon va donc de­voir re­trou­ver un peu de vi­ri­li­té pour être plus en phase avec vos dé­si­rs. Mais avant de vous de­man­der : “Comment ral­lu­mer la flamme ?”, ques­tion­nez­vous sur la ré­ac­ti­va­tion de cette pro­blé­ma­tique oe­di­pienne. Votre com­pa­gnon n’est pas qu’un ob­jet sexuel ni un sex-toy bri­sé, c’est votre amou­reux et le père de votre en­fant. De son cô­té, il se peut qu’il se re­tranche der­rière ce nou­veau rôle de pa­pa poule pour évi­ter de se confron­ter à son propre conflit in­té­rieur : peut-être éprouve-t-il lui aus­si du mal à vous voir au­tre­ment que comme la mère, ce qui est cou­rant après l’ar­ri­vée du pre­mier en­fant. Vous de­vriez en par­ler avec lui chez un psy. Si vous ne sou­hai­tez pas re­cou­rir à l’aide d’un pro­fes­sion­nel, vous pou­vez aus­si es­sayer d’agir comme le fai­saient au­tre­fois les hommes pen­dant que leur femme était en­ceinte : le trom­per ! Ce­la vous per­met­tra peut-être d’avan­cer, comme un sur­saut...

Doc­teure Émi­lie T., psy­chiatre à Pa­ris.

SU­ZANNE, 28 ANS Je suis fâ­chée avec ma soeur de­puis dix ans, mais j’ai­me­rais re­prendre contact. Comment l’abor­der sans la bra­quer ?

Com­men­cez par lui faire un signe, lui en­voyer une carte avec un mot sin­cère, pour lui dire que vous pen­sez à elle. Dites-lui que vous ai­me­riez pou­voir lui par­ler, et de­man­dez-lui si elle est d’ac­cord. Par­lez-lui avec votre coeur, sans at­tendre ni exi­ger quoi que ce soit de sa part. Ex­pli­quez ce que vous res­sen­tez, par exemple que vous êtes triste ou pei­née de ne plus avoir de contact, et par­lez de votre be­soin de lien, de par­tage ou de paix. Il est im­por­tant de ne sur­tout pas la culpa­bi­li­ser avec des “tu ne m’a ja­mais ap­pe­lée, tu n’as pas ré­pon­du à mes mes­sages...”, mais plu­tôt de lui de­man­der comment elle va, et de lui pro­po­ser de vous ren­con­trer ou de fixer un ren­dez-vous té­lé­pho­nique. N’ou­bliez pas de vé­ri­fier qu’elle est d’ac­cord avec ce­la, car il est pri­mor­dial que vous soyez sur la même lon­gueur d’onde. Si le dia­logue reste dif­fi­cile, vous pou­vez lui pro­po­ser une mé­dia­tion avec un tiers neutre, qui vous ai­de­ra toutes les deux à res­tau­rer une écoute et un dia­logue.

Laure Gal­vez, coach-mé­dia­trice et fon­da­trice du centre Es­prit d’al­liance.

MAE­VA, 27 ANS J’ai beau crier mes va­leurs ré­pu­bli­caines, dès que je croise un homme ty­pé arabe avec une barbe, je ne peux pas m’em­pê­cher de pen­ser “ter­ro­riste”. Suis-je ra­ciste ?

Même si vous faites des gé­né­ra­li­tés, on ne peut pas conclure que vous êtes ra­ciste. Cer­tains sté­réo­types sont ac­quis so­cia­le­ment et font par­tie des pro­ces­sus qui per­mettent de trai­ter ra­pi­de­ment les in­for­ma­tions du mi­lieu en­vi­ron­nant. Lors­qu’un in­di­vi­du est confron­té à un autre, comme il a peu de temps pour ana­ly­ser les in­for­ma­tions le concer­nant, il ac­tive l’ap­par­te­nance de cet in­di­vi­du à un cer­tain groupe – dans votre cas, “mu­sul­man”. Votre res­sen­ti s’ap­puie sur la base d’un faible nombre d’in­dices (la barbe), et les sté­réo­types ac­ti­vés sont les traits sup­po­sés ca­rac­té­ris­tiques (“in­té­griste”) du groupe de cet homme. Ce pro­ces­sus s’en­clenche plus en­core si vous n’avez eu que peu de temps pour trai­ter les in­for­ma­tions et que vous avez des pré­ju­gés né­ga­tifs à l’ori­gine. A prio­ri, si vous dis­po­sez de plus de temps et que, comme vous le pré­ci­sez, vous avez de faibles pré­ju­gés, vous de­vriez in­ter­ve­nir dans le pro­ces­sus et op­ter pour un trai­te­ment ap­pro­fon­di, jus­qu’à écar­ter les sté­réo­types au pro­fit d’in­for­ma­tions in­di­vi­dua­li­santes sur la cible. À vous de faire l’exer­cice d’une ré­flexion plus pous­sée à chaque fois que vous glis­sez vers des ju­ge­ments hâ­tifs pour évi­ter les mau­vais ré­flexes. Édith Sa­lès-Wuille­min, pro­fes­seure de psy­cho­lo­gie so­ciale à l’uni­ver­si­té de Bour­gogne, au­teure de “La Ca­té­go­ri­sa­tion et les Sté­réo­types en psy­cho­lo­gie so­ciale” (éd. Du­nod).

NA­DIA, 19 ANS J’ai­me­rais tra­vailler dans la mode, mais je fais un bon 42, et j’ai en­ten­du dire que le mi­lieu est cruel… Est-ce que je vais me faire re­ca­ler ?

C’est vrai que l’in­dus­trie de la mode est as­sez sté­réo­ty­pée. “Le diable s’ha­bille en Pra­da” n’est pas qu’une pa­ro­die, et cette co­mé­die re­flète en par­tie les écueils de cet uni­vers qui mise en­core beau­coup trop sur le phy­sique et main­tient les gens qui y tra­vaillent (et ceux qui veulent y en­trer) sous une cer­taine pres­sion. Même si les men­ta­li­tés évo­luent peu à peu, la com­pé­ti­tion y est très in­tense, il faut se dé­mar­quer par sa confiance en soi, son ori­gi­na­li­té, sa ca­pa­ci­té à bien s’en­tendre avec les gens. Par ailleurs, vous se­rez choi­sie pour votre travail, votre goût et votre amour du pro­duit, pas pour votre taille. Gar­dez en tête l’idée qu’évo­luer dans la mode, c’est la créer et non pas la suivre. Quelques exemples prouvent qu’éner­gie et pas­sion mènent au suc­cès : Su­zy Menkes, Ma­ry Ka­trant­zou ou en­core Co­lette, fon­da­trice du concept store, sont au­tant de per­son­na­li­tés qui ont su im­po­ser leur vi­sion et leur style sans faire un 34. Cons­tance Tsat­sa­nis, chef de pro­duit sou­liers et pe­tits ac­ces­soires chez Ni­na Ric­ci.

LU­CIE, 34 ANS Ça fait six mois que je n’ai pas fait l’amour avec mon mec : pas le temps, pas trop en­vie, puis plus en­vie du tout. Comment re­lan­cer le dé­sir ?

Six mois, c’est beau­coup ! Dans la plu­part des couples, le dé­sir s’es­tompe sous le poids des sou­cis quo­ti­diens. De­man­dez-vous s’il a to­ta­le­ment dis­pa­ru ou si ce­la tient seule­ment à votre re­la­tion ac­tuelle. Ac­cor­dez-vous du temps pour ré­flé­chir en­semble à cette ques­tion et évo­quer les blo­cages sans vous poin­ter du doigt l’un l’autre. Dans ces si­tua­tions, il est pri­mor­dial de ne pas lais­ser le si­lence et la gêne s’ins­tal­ler. Si vous tra­vaillez beau­coup tous les deux, ne vous con­ten­tez pas de man­ger avant de pas­ser la soirée en­tière de­vant la té­lé­vi­sion. Met­tez-vous en tête de créer de l’insolite : “Ce soir, j’es­saie un plan sexe.” Il existe aus­si une autre fa­çon de pas­ser outre vos dif­fi­cul­tés et de vous sen­tir à nou­veau dé­si­rable : en dra­guant au travail ou dans un cadre ex­té­rieur (votre salle de sport, par exemple). En­fin, veillez à ce que votre ab­sence de dé­sir n’ait pas une cause phy­sio­lo­gique. Le manque de lu­bri­fi­ca­tion ou la dys­pa­reu­nie (des dou­leurs res­sen­ties au cours du coït) peuvent em­poi­son­ner la vie sexuelle.

Do­mi­nic Anton, psy­cho­thé­ra­peute. do­mi­ni­can­ton.fr

ÉLO­DIE, 31 ANS Ça fait un an qu’on es­saie d’avoir un en­fant avec mon par­te­naire, mais ça ne marche pas. Ma gy­né­co­logue dit qu’il est en­core tôt pour lan­cer des ana­lyses sur la fer­ti­li­té, mais je pa­nique. Que faire ?

D’abord, sa­chez que l’idée que la pi­lule, même prise sur une longue du­rée, puisse être une cause d’in­fer­ti­li­té est fausse. La ma­jo­ri­té des femmes re­trouve sa fer­ti­li­té dès l’ar­rêt de la contra­cep­tion. Seul un très faible pour­cen­tage garde un ef­fet ré­ma­nent qui peut en­traî­ner une dys­ovu­la­tion pour une du­rée de trois mois avant un re­tour à la nor­male. Par ailleurs, il existe une sorte de men­songe so­cial sur la du­rée de concep­tion. Énor­mé­ment de femmes disent être tom­bées en­ceintes très peu de temps après l’ar­rêt de la pi­lule alors qu’elles ont mis plu­sieurs mois. La peur du ju­ge­ment, que les amis puissent pen­ser qu’elles ont eu du mal, voire qu’elles ont eu re­cours à des tech­niques de pro­créa­tion mé­di­ca­le­ment as­sis­tée... En réa­li­té, la du­rée moyenne de concep­tion est plu­tôt de dix-huit mois. Ras­su­rez-vous, il n’y a pas de quoi an­gois­ser si vous réa­li­sez qu’après quelques mois d’es­sai, vous n’êtes pas en­ceinte. Cette in­quié­tude est at­ti­sée par la mé­dia­ti­sa­tion des pro­blèmes de fer­ti­li­té et l’aug­men­ta­tion crois­sante du re­cours à la PMA. Au bout d’un an, ne pas être tom­bée en­ceinte ne si­gni­fie pas être in­fer­tile, ni que ce­la ne va pas mar­cher dans les mois qui viennent. On peut tou­te­fois vous pres­crire un bi­lan simple afin de vé­ri­fier qu’il n’y a pas d’obs­tacle à la pro­créa­tion, comme une écho­gra­phie pel­vienne en dé­but de cycle, un bi­lan sper­ma­tique pour votre conjoint et, éven­tuel­le­ment, une ra­dio des trompes. Si ce bi­lan est nor­mal, ne de­man­dez pas à être trai­tée avant un an d’es­sai sup­plé­men­taire. La très grande ma­jo­ri­té des pa­tientes peut avoir une gros­sesse na­tu­relle.

Doc­teur Fré­dé­ric La­ma­zou, gy­né­co­logue-obs­té­tri­cien.

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