To be or not to be ? Bouée de sau­ve­tage

CE MOIS-CI, FABIEN CONSTANT NOUS EM­MÈNE SUR LA MER AGITÉE DES COL­LEC­TIONS CROI­SIÈRE.

Be - - SOMMAIRE -

OK, j’opte pour l’ou­ver­ture fa­cile. Vous êtes prêts ? On est sur France 3, en 1995, on re­garde “La Croi­sière s’amuse” et on chante “Love, ex­ci­ting and new, come aboard, we’re ex­pec­ting you”... Le “Love Boat”, le grand ba­teau de la mode qui vous ac­cueillait dé­jà deux fois par an avec les col­lec­tions de prêt-à-por­ter, puis deux fois de plus avec la cou­ture, puis deux fois de plus avec l’homme puis 120 000 fois sup­plé­men­taires avec toutes les col­lec­tions cap­sules et autres col­la­bo­ra­tions en tous genres, eh bien le grand pa­que­bot de la mode vous ac­cueille à pré­sent pour ses col­lec­tions Croi­sière. De­puis plu­sieurs sai­sons, on peut même dire que c’est LE grand re­tour de la Croi­sière, com­pre­nez une col­lec­tion entre deux sai­sons qui a été créée pour la cliente qui, un peu comme vous, en ce mo­ment, al­lait se do­rer la pi­lule à la mer sauf que, elle, elle était mé­ga for­tu­née donc elle y al­lait à Noël. Les mai­sons ont in­ven­té ces col­lec­tions d’entre-deux pour ré­pondre au ras-le-bol des clientes qui en avaient marre de se re­trou­ver en vi­son à Saint-Barth. On les com­prend. C’est pas wa­ter­proof le vi­son. Le syn­drome du “y a plus de sai­son” s’étant lar­ge­ment gé­né­ra­li­sé dans la mode, et ce, non pas pour cause de ré­chauf­fe­ment cli­ma­tique, en­fin pas que, mais sur­tout par hys­té­rie consu­mé­riste qui fait que plus per­sonne n’at­tend qu’il fasse froid pour por­ter le pull Pra­da de l’hi­ver pro­chain, les in­gé­nieux cer­veaux de la mode se sont dit : “Res­sor­tons les col­lec­tions Croi­sière, ça ré­ali­men­te­ra le ma­ga­sin en cours de sai­son...” C’est Karl La­ger­feld qui a re­lan­cé la chose. Et quitte à re­faire des dé­fi­lés Croi­sière, chez Cha­nel, qui voit ra­re­ment les choses en pe­tit, on s’est dit, tiens et si on em­me­nait tout le monde en croi­sière, jus­te­ment. New York, Shan­ghai, Sin­ga­pour et Du­baï, tout est bon pour mon­ter dans un avion hors sai­son. Dior et Vuit­ton ont dé­fi­lé en mai, comme s’il n’y avait pas eu de po­dium en mars. Le pre­mier a em­bar­qué pour New York, le se­cond a construit une boîte de verre géante au mi­lieu des ro­chers à Monaco. Et Ni­co­las Ghes­quière, tout fraî­che­ment ar­ri­vé à la di­rec­tion ar­tis­tique de la marque, a dé­jà pon­du sa deuxième col­lec­tion en moins de trois mois. Que re­te­nir de tout ça ? Eh bien que la Croi­sière est un en­tra­per­çu com­mer­cial de ce qui va se faire, et, alors, au­tant vous l’an­non­cer tout de suite, que ce soit du cô­té des im­pri­més post­mo­der­nistes mi­ni­ma­listes rayés de Vuit­ton ou de Dior ou des djel­la­bas peace and love ba­rio­lées de chez Cha­nel, les late 60s et ear­ly 70s sont à la mode, pile comme étaient en­core à la mode les dé­fi­lés Croi­sière à cette époque-là. Comme quoi... Je vous laisse, je pars en croi­sière. Une vraie, aux Ca­na­ries. Vous sa­vez, celles avec une moyenne d’âge de 75 ans et où les seules conver­sa­tions mode portent sur le confort des bas de conten­tion. Une autre vi­sion de la mode.

LOUIS VUIT­TON

Trois te­nues pour trois in­vi­ta­tions : à dé­jeu­ner chez Dior, à dî­ner chez Cha­nel,

et à brun­cher chez Louis Vuit­ton.

DIOR

CHA­NEL

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