Interview : Boo­ba, pile et face

À L’OC­CA­SION DU LAN­CE­MENT DE SON PRE­MIER PAR­FUM, “BE” A REN­CON­TRÉ LE RAP­PEUR BU­SI­NESS­MAN À CANNES. AUS­SI DOUX DANS LA VIE QUE SON RAP EST VIOLENT.

Be - - SOMMAIRE - — PRO­POS RE­CUEILLIS PAR ANNE BIAN­CHI *unküt.fr

Il a mau­vaise ré­pu­ta­tion. Un pas­sage par la case pri­son et des bas­tons très mé­dia­ti­sées avec ses ri­vaux du rap fran­çais font de lui le pro­to­type du rap­peur sul­fu­reux. Les filles “bon genre” le trouvent vul­gaire et mi­so­gyne, les autres fan­tasment sur ses at­ti­tudes de bad boy, sa car­rure de boxeur et son sou­rire en­fan­tin. Ni ange ni dé­mon, Boo­ba est un phé­no­mène de so­cié­té. En chiffres comme sur la ba­lance – 102 kg de muscles ta­toués pour 1 m 92-, le rap­peur bu­si­ness­man de 37 ans pèse lourd : 1,5 mil­lion de disques ven­dus, 4 mil­lions de fans sur Fa­ce­book, 400 mil­lions de vues de ses clips sur You­Tube, et 10 mil­lions de chiffre d’af­faires pour sa marque, Unküt. Du 92, où il a gran­di, à Mia­mi, où il vit au­jourd’hui, le “Duc de Bou­logne” s’est fait tout seul, à force de portes fer­mées et de boy­cotts par les mai­sons de disque et les grands mé­dias. S’il parle un fran­çais peu châ­tié, il a su im­po­ser un style et son art de la “pun­chline” lui a va­lu d’être es­tam­pillé “gé­nie lit­té­raire” par une cer­taine in­tel­li­gent­sia al­lant de Ben­ja­min Bio­lay à la “Nou­velle Re­vue Fran­çaise”. Violent dans ses clips, mais ti­mide et pu­dique dans la vie, Boo­ba a deux vi­sages. Il est mé­tis, d’un père sé­né­ga­lais homme de la nuit et d’une mère blanche fran­çaise “sans pré­ju­gés” qui l’a éle­vé seule, mu­sul­man non pra­ti­quant, très at­ta­ché à ses ra­cines afri­caines et à sa fa­mille. Quand il parle de Lu­na, sa fille, sa voix est douce, son re­gard sou­rit. L’ins­tinct ani­mal est in­tact, re­ven­di­qué. Dans vingt ans, Boo­ba se rêve en boss, puis­sant et en­tou­ré des siens. En re­trait, “OKLM”, comme dit son der­nier titre.

Pour­quoi avoir choi­si Cannes pour lan­cer votre pre­mier par­fum ?

Cannes offre une ex­po­si­tion par­faite, il y a beau­coup de monde et c’était le bon mo­ment par rap­port à la sor­tie, sur In­ter­net* et dans les bou­tiques Unküt.

À qui s’adresse Unküt ?

À tout le monde, il n’y pas d’âge ou de style par­ti­cu­lier pour le por­ter.

Quelles sont vos ré­fé­rences en ma­tière de par­fum ?

J’ai com­men­cé à me par­fu­mer vers 17 ans. Da­vi­doff, Ac­qua di Gio d’Ar­ma­ni, et Dior Homme, le par­fum de mon grand frère, ont été mes pre­miers coups de coeur.

Comment vous-êtes vous im­pli­qué dans ce pro­jet ?

À tous les ni­veaux. Du visuel au fla­con, en passant par le jus et la boîte, je re­garde tout. Comme je le fais avec les vê­te­ments ou la mu­sique. J’aime tout contrô­ler.

Vous pré­voyez d’en lan­cer un pour femme ?

Si ce­lui-ci marche bien, on a dé­jà un jus fé­mi­nin qui est prêt, oui.

Qu’est-ce que vous ai­mez qu’une femme sente ?

Une femme, ça sent bon de par­tout. La crème sur le corps, le spray dans les che­veux, le gloss par­fu­mé... J’aime celles qui prennent soin d’elles.

Vous vous sou­ve­nez du par­fum de votre mère ?

Cha­nel N°5.

Dans la vie, quelle odeur vous trans­porte ?

Celle de la bouffe. Une bonne viande grillée ou un plat qui mi­jote. J’adore man­ger. Si­non, j’aime aus­si le sillage lais­sé par une in­con­nue dans un as­cen­seur, ça sti­mule mon ima­gi­na­tion [il fait mine de re­ni­fler, ndlr], je me de­mande alors à quoi elle pou­vait res­sem­bler.

On dit que la mé­moire ol­fac­tive est la plus sen­so­rielle. Avez-vous un sou­ve­nir lié au par­fum ?

Je viens d’avoir une fille, Lu­na,

“QUAND JE FAIS QUELQUE CHOSE, J’AIME ETRE AU TOP, JE SUIS UN COMPETITEUR”

elle a quatre mois, et je n’ar­rête pas de la sen­tir. Je ne m’en lasse pas, der­rière les oreilles, les pieds, par­tout. Je suis comme un pe­tit chien.

Vous avez 37 ans, et avez au­tre­fois dé­cla­ré que 40 ans était l’âge de la re­traite pour un rap­peur. Vous le pen­sez tou­jours ?

J’étais jeune quand j’ai dit ça. À l’époque, je n’avais pas d’exemple de rap­peur qui per­for­mait pas­sé la tren­taine. Des gens comme LL Cool J ou Pu­blic Ene­my, au bout d’un mo­ment, ils sont pé­ri­més, il n’y a plus rien qui se dé­gage.

C’est propre au rap ?

Oui, parce que le rap est une mu­sique vio­lente et quand on prend de l’âge, on a moins de choses à dire, à re­ven­di­quer. Mais bon, ça c’était à l’époque. Main­te­nant, il y a des gens qui ont chan­gé la donne, comme Jay-Z. Il a plus de 40 ans, il conti­nue à faire des al­bums qui se vendent par mil­lions, donc je me dis que l’on peut pas­ser la qua­ran­taine et ne pas être ri­di­cule. J’ai re­pous­sé ma li­mite.

Vous ai­mez en­core rap­per ?

Bien sûr que j’aime ça et je le fe­rai tant que l’on vien­dra me voir en concert et que l’on ne me fe­ra pas sen­tir que je suis rin­gard. Mais je n’ai pas non plus comme ob­jec­tif de rap­per à 50 ans. Quand je fais quelque chose, j’aime être au top, je suis un com­pé­ti­teur.

Sur Ins­ta­gram, Fa­ce­book, Twit­ter, vos fans – les rat­pis – forment une vé­ri­table com­mu­nau­té. D’où vient ce nom ?

Ça s’est fait mal­gré moi. Rat­pis [pi­rate en ver­lan, ndlr] est le titre d’une de mes chan­sons. Moi je lance des trucs, et après je ne contrôle plus, c’est hors de por­tée. C’est ça In­ter­net.

Vous êtes ac­cro aux ré­seaux so­ciaux ?

Non, pas ac­cro, mais ça fait par­tie du jeu. C’est un ou­til pro­fes­sion­nel, et une fois qu’on y est, il faut nour­rir. Ins­ta­gram, je m’y suis mis mal­gré moi, parce qu’un mec avait créé un faux compte avec 70 000 fol­lo­wers. J’ai vou­lu prendre les choses en main.

C’est une fa­çon aus­si de contrô­ler votre com­mu­ni­ca­tion ?

Exac­te­ment. Ça per­met de jau­ger sa cote de po­pu­la­ri­té. Et de faire pas­ser des mes­sages.

Et dans la vie, quand une fille vous plaît, vous faites fa­ci­le­ment pas­ser le mes­sage ?

Je ne suis pas un dra­gueur, je pré­fère quand les choses se font na­tu­rel­le­ment. Le cô­té “bon­jour ma­de­moi­selle, vous êtes ra­vis­sante”, ce n’est pas mon truc. Je ne suis pas un ba­ra­ti­neur.

En par­lant de drague, on connaît vos pen­chants pour les filles pul­peuses, Kate Moss n’a donc au­cune chance avec vous ?

Pas vrai­ment, non. Il faut un mi­ni­mum.

Votre idéal, ça se­rait plu­tôt Kim Kar­da­shian ?

Non, c’est trop, et sur­tout, c’est fake.

Vous vi­vez à Mia­mi, le fake est de­ve­nu la nor­ma­li­té là-bas, non ?

Oui, mais je n’aime pas les femmes en plas­tique. Son der­rière, il est faux. J’aime les vraies femmes moi, pas les ma­chines de guerre.

Vous avez dé­cla­ré que la femme idéale ne de­vait pas avoir trop d’am­bi­tion pour elle-même.

J’ai dit ça ? Non, je n’ai pas dû le dire comme ça. Mais c’est vrai que la femme qui est dans le dis­cours “je n’ai pas be­soin d’un homme, je ne veux pas d’en­fants avant 30 ans car j’ai ma car­rière à gé­rer, etc”, ce n’est pas pour moi. Je ne suis pas ma­cho mais bon, je pense qu’une femme doit en prio­ri­té s’oc­cu­per de sa fa­mille, et de ses en­fants.

Donc elle doit res­ter à la mai­son ?

Ce que je veux dire, c’est que les en­fants, ça ne se cale pas dans un plan de car­rière. Et en plus, 30 ans, je trouve que c’est trop vieux. Moi, quand je suis tout seul avec ma fille, je suis per­du. J’ai be­soin d’une mère, pas d’un PDG qui est tout le temps au bu­reau.

Vous êtes à l’an­cienne !

C’est pas à l’an­cienne, c’est na­tu­rel. Dans la jungle, la lionne s’oc­cupe elle-même de ses pe­tits, je ne vois pas ce qu’il y a de mal à ça. En tout cas, je ne veux pas que ma femme fasse pas­ser sa car­rière avant sa fa­mille. C’est plus le rôle de l’homme…

… D’al­ler cher­cher à man­ger ?

Oui, voi­là ! Je suis très ani­ma­lier !

Qu’est-ce que vous avez en­vie de dire aux filles qui vous trouvent mi­so­gyne ?

Je com­prends que cer­taines choses puissent mal pas­ser. Après, ce que je fais, c’est du rap, il y a une culture. Dans les chan­sons, on ne parle pas des femmes en gé­né­ral, on parle d’un cer­tain type de filles, avec un cer­tain com­por­te­ment. Les filles bien, il n’y a rien à dire des­sus, c’est pas mar­rant.

Vous ne con­si­dé­rez pas que vous vé­hi­cu­lez une image dé­gra­dante de la femme ?

C’est une image par­tielle. Je conçois que ce soit violent pour qui n’est pas en

contact avec ce monde-là, mais ça existe. On a af­faire à des grou­pies qui sont com­plè­te­ment bar­jos. Quand une fille pro­pose à mon garde du corps de lui faire une gâ­te­rie pour prendre une pho­to avec moi, on est où là ? Et bon, même si on parle mal de ces filles, on ne leur met pas des tartes non plus. On en ri­gole, en fait.

On dit souvent qu’il y a tou­jours une femme der­rière un grand homme, vous par­ta­gez cet avis ?

Il y a la mère for­cé­ment, en pre­mier. Après, moi j’ai ja­mais eu be­soin d’une femme pour me ti­rer vers le haut. Quoique... Anne, ma ma­na­geuse, m’a beau­coup ai­dé, je n’en se­rais pro­ba­ble­ment pas là sans elle.

Plu­tôt Na­billa ou Tau­bi­ra ?

Na­billa ! Après, Tau­bi­ra est peut-être plus in­té­res­sante... Ou pas. C’était sur le phy­sique la ques­tion, on est bien d’ac­cord ?

On dit que vous avez eu une his­toire avec Na­billa ?

Pas d’his­toire d’amour, non...

Vous dites que tout s’achète en ce bas monde, l’amour aus­si ?

Je pense que tout et tout le monde a un prix. Mais l’amour, ça ne s’achète pas.

Vous vous voyez où dans vingt ans ? Au calme comme le titre de votre der­nier mor­ceau ?

Moins dans l’ex­po­si­tion, en tout cas, oui. Mais boss de plein de bu­si­ness. J’aime créer des em­plois, faire tra­vailler des gens, c’est un vrai ac­com­plis­se­ment pour moi.

Vous êtes un vrai en­tre­pre­neur ?

Je n’ai pas eu le choix. Per­sonne ne vou­lait de moi, j’ai dû de­ve­nir mon propre pa­tron pour exis­ter. À force de me boy­cot­ter, les mai­sons de disque et les grands mé­dias m’ont créé. Moi, j’al­lais faire comme tous les mou­tons, si­gner dans une ma­jor et prendre 8 % de royal­ty, j’au­rais été leur es­clave. Fi­na­le­ment, ces re­jets et ces portes fer­mées ont été ma chance.

Qu’est-ce qui vous manque au­jourd’hui ?

Je suis au­tant pro­duc­teur qu’ar­tiste, mais dans l’idéal, je pré­fé­re­rais en­voyer Boo­ba au “Grand Jour­nal”, faire un concert au V.I.P ou des interviews, que le faire moi-même. J’as­pire de plus en plus à être en re­trait.

Der­nière ques­tion, vous êtes OK pour po­ser torse nu pour la pho­to ?

Ah non ! Ça va pas non ! Je suis pas une bi­atch ! Tout à l’heure, vous me par­liez de l’image dé­gra­dante de la femme dans les clips de rap, mais vous faites pa­reil là. [Il rit]. Bon en fait, c’est parce que j’ai un peu de ventre en ce mo­ment, re­ve­nez dans un mois, ce se­ra bon.

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