Alors, on aime ?

NOS CINQ JU­RÉS ONT LU, VU ET EN­TEN­DU POUR VOUS. ILS LIVRENT LEUR AVIS TRAN­CHÉ.

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DAI­SY TARRIER a lu “Le Zoo de Men­gele” de Gert Nygård­shaug (éd. J’ai Lu).

La pre­mière ligne du livre ?

“La col­line aux ma­gno­lias en sud-est du vil­lage s’illu­mi­nait d’un vert tendre dans la lu­mière ra­sante du cou­chant ; la douce brise hu­mide, presque im­per­cep­tible, ap­por­tait le par­fum lé­gè­re­ment amer du can­fo­rei­ra, le cam­phrier.”

Ra­con­tez-nous l’his­toire sans trop en dire...

L’en­fance et la ven­geance de Mi­no face à l’avi­di­té des com­pa­gnies qui dé­vastent son conti­nent, sa fo­rêt, ses res­sources et ses proches.

Le pas­sage qui vous a mar­qué ?

“Cette beau­té, il fal­lait l’ad­mi­rer. Était-ce pour ce­la que Mi­no col­lec­tion­nait des pa­pillons ? Pour mon­trer à tous la mé­chan­ce­té, la bru­ta­li­té qu’il croi­sait sur son che­min ? Voyez, voyez, toute cette in­no­cence qui n’est que beau­té !”

Une bonne rai­son de le lire ?

Ou­vrir les yeux sur ce qui se passe ailleurs pour que nous puis­sions bé­né­fi­cier de res­sources.

À qui l’of­fri­riez-vous ?

Aux di­rec­teurs des mul­ti­na­tio­nales res­pon­sables de ce dé­sastre, aux chefs d’État pour qu’ils ne puissent plus dire : “On ne sa­vait pas.”

Note at­tri­buée ?

A. C’est un ou­vrage cruel, mais juste et tou­chant. Dai­sy Tarrier, pré­si­dente de l’as­so­cia­tion En­vol vert contre la dé­fo­res­ta­tion. en­vol-vert.org

LOU CHA­MA­RANDE a écou­té l’album épo­nyme de Jungle (XL Re­cor­dings). Sor­tie le 14 juillet.

Vos pre­mières im­pres­sions ?

On trouve dans cet album des so­no­ri­tés si di­verses qu’elles en de­viennent dif­fi­ciles à dé­ce­ler. Aus­si bien funk que hip-hop, soul ou rock, “Jungle” semble re­fu­ser qu’on le ré­duise à la moindre éti­quette.

Vos titres pré­fé­rés ?

“Bu­sy Ear­nin’” pour sa lé­gère in­fluence dis­co et son cô­té plus vin­tage. Pro­ba­ble­ment la chan­son la plus re­pré­sen­ta­tive de la gé­né­ro­si­té mu­si­cale de l’album, et le genre de mor­ceau qu’il se­rait si bon d’écou­ter en vi­nyle ! “Lu­cky I Got What I Want” : la sym­biose des voix et les per­cus­sions en­tê­tantes font de cette chan­son une des plus puis­santes de l’album. En­fin “Son of a Gun”, qui com­prend un ins­tru­men­tal en­voû­tant et des pa­roles soi­gnées.

Ceux que vous ai­mez le moins ?

“Smo­king Pixels”, car il fait of­fice d’in­ter­lude mu­si­cal et n’ap­porte rien.

Dans quelles cir­cons­tances écou­te­riez-vous ce disque ?

N’im­porte la­quelle, du mo­ment qu’il y a du so­leil.

À qui l’of­fri­riez-vous ?

À qui­conque aime la bonne mu­sique.

Note at­tri­buée ?

A. Un album sau­vage mais maî­tri­sé. Ce duo bri­tan­nique pour­rait bien ou­vrir les es­prits les plus fer­més.

Lou Cha­ma­rande, chan­teuse et mu­si­cienne.

MA­TEI GHEOR­GHIU a lu “Les Au­gus­tins”, de Mé­li­sa Go­det (éd. JC Lat­tès).

La pre­mière ligne du livre ?

“J’ai une théo­rie. Je sais que c’est idiot d’avoir des théo­ries, que ça ne sert à rien. Mais je n’en ai qu’une, alors on peut bien me l’ac­cor­der.”

Ra­con­tez-nous l’his­toire sans trop en dire...

Malika, jeune jour­na­liste, va ex­plo­rer un squat, lieu où s’entre-tissent plu­sieurs lignes de vie qui forment un mo­tif com­plexe.

La phrase qui vous a mar­qué ?

“Il en est ain­si de la vie des squats. Ils naissent de la né­ces­si­té, s’épa­nouissent dans l’en­thou­siasme et meurent de l’in­dif­fé­rence ou de l’in­com­pré­hen­sion, c’est se­lon.”

Une bonne rai­son de le lire ?

L’au­teure dé­crit fi­ne­ment l’uni­vers des squats, un phé­no­mène qui prend de l’am­pleur à me­sure que la pau­vre­té se ré­pand. Elle brosse avec sen­si­bi­li­té et jus­tesse des por­traits ty­piques de ce genre d’aven­ture.

À qui l’of­fri­riez-vous ?

Aux res­pon­sables po­li­tiques, aux pro­mo­teurs im­mo­bi­liers et à tous ceux que la mi­sère dé­range.

Note at­tri­buée ?

A. Par in­té­rêt pour ce su­jet, pour la fi­nesse de la struc­ture et pour l’in­tel­li­gence af­fec­tive de l’in­trigue. Ma­tei Gheor­ghiu, doc­to­rant à l’IRISSO Dau­phine (Ins­ti­tut de re­cherche in­ter­dis­ci­pli­naire en sciences so­ciales), au­teur du mé­moire “À l’école du squat”.

MI­CHÈLE CHIQUOT a lu “Le Jour où tu m’as quit­tée”, de Va­nes­sa Sch­nei­der (éd. Stock). Sor­tie le 20 août.

La pre­mière ligne du livre ?

“Où es-tu mon amour, que fais-tu ? Ton ab­sence me donne des ver­tiges, je n’arrive plus à mar­cher droit. Tout se brouille, tout s’en­roule.”

Ra­con­tez-nous l’his­toire sans trop en dire…

C’est une des­crip­tion mi­nu­tieuse de la dé­pres­sion d’une femme quit­tée par un homme plus jeune, et du travail de deuil qui en ré­sulte.

La phrase qui vous a mar­quée ?

“Je vous ai re­gar­dés avec en­vie, vous étiez plus beaux les uns que les autres et vous sem­bliez vous suf­fire à vous-mêmes, re­pre­nant, le temps d’un dé­jeu­ner d’été, une dis­cus­sion tis­sée entre vous de­puis tou­jours.”

Une bonne rai­son de le lire ?

Nous sommes pris à té­moin de ce qui dé­vaste cette femme : l’amour de cet homme, sup­po­sé ac­quis qui, sou­dain, lui échappe. Du bord du gouffre avec le­quel elle flir­tait, elle envisage un nouvel ho­ri­zon.

À qui l’of­fri­riez-vous ?

À ceux qui ont vé­cu cet ef­fon­dre­ment de l’illu­sion qui vous fait pas­ser du tout au rien, vous ame­nant la co­lère, le désar­roi et le doute.

Note at­tri­buée ?

A. Ça se lit vite, le style est fluide, dé­li­cat, pré­cis dans l’ex­po­sé de ce qu’éprouve la nar­ra­trice.

Mi­chèle Chiquot, psy­cho­logue cli­ni­cienne–psy­cho­thé­ra­peute.

FAN­NY BONIFACE a vu “Jim­my’s Hall”, de Ken Loach. Sor­tie le 2 juillet.

La pre­mière scène du film ?

Le re­tour en ca­lèche de Jim­my dans son vil­lage na­tal, en Ir­lande, en 1932.

Ra­con­tez-nous l’his­toire sans trop en dire...

C’est un ré­cit his­to­rique qui s’ins­pire de la vie de Jim­my Gral­ton. À la fois fê­tard, do­té d’une grande conscience po­li­tique et d’un es­prit fron­deur, Jim­my rentre après dix an­nées d’exil aux États-Unis. Sou­te­nu par une par­tie de son vil­lage, il sou­haite rou­vrir l’an­cien dan­cing, mais l’Église et l’État s’y op­posent.

La scène qui vous a mar­quée ?

Tous ces mo­ments de vie où les per­son­nages dansent, rient, où les vi­sages s’éclairent, où les corps se rap­prochent en ca­dence.

Une bonne rai­son d’al­ler voir ce film ?

Pour se rendre compte du pou­voir de l’Église sur les es­prits à cette époque. La danse sous toutes ses formes est fi­na­le­ment un pré­texte à un be­soin d’éman­ci­pa­tion sain dans ce contexte so­cial étouf­fant.

Avec qui iriez-vous le voir ?

Seule, comme d’ha­bi­tude.

Note at­tri­buée ?

Fan­ny Boniface, pro­fes­seure et dan­seuse aux Bal­lets Wa­sa. bal­lets­wa­sa.com

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