Ques­tions in­ter­dites

SEXE, SAN­TÉ, TRAVAIL, AMI­TIÉ, LO­GE­MENT, FA­MILLE... IL Y A DES SU­JETS QUE VOUS N’OSEZ PAS ABOR­DER. ICI, AU­CUN N’EST TA­BOU. NOS EX­PERTS VOUS RÉ­PONDENT.

Be - - SOMMAIRE - PAR AN­TOINE BOI­TEL ET LAURIANE GEPNER.

J’ai ar­rê­té les études après le bac. Du coup, j’ai des la­cunes en culture gé­né­rale. Par où com­men­cer pour les com­bler ?

Vou­loir se do­ter d’une culture gé­né­rale, c’est se pla­cer dans une dé­marche pro­gres­sive, vo­lon­taire et ré­gu­lière. Il faut se fixer des ob­jec­tifs ac­ces­sibles et ne pas s’en­ga­ger dans des textes trop longs et trop poin­tus qui pourraient vous dé­cou­ra­ger. L’une des mé­thodes peut être d’or­ga­ni­ser les connaissances en grandes thé­ma­tiques (his­toire, phi­lo­so­phie, sciences, lit­té­ra­ture, éco­no­mie, mu­sique,...) puis se fixer une liste de lec­tures ré­gu­lières et ré­par­ties entre ces do­maines. La culture gé­né­rale est une fa­çon de sa­voir faire les liens entre les dif­fé­rents do­maines du sa­voir. Quand vous vous sen­ti­rez prête, n’hé­si­tez pas à tes­ter vos sa­voirs (il existe beau­coup de sites de jeux en ligne ou des pu­bli­ca­tions pa­pier). Vous pou­vez en­fin com­plé­ter cette dé­marche d’ou­ver­ture sur l’ac­tua­li­té cultu­relle en vi­si­tant des mu­sées et des mo­nu­ments, ou en al­lant voir des pièces de théâtre et des concerts.

Gué­naëlle Le Sol­leu, rédactrice en chef de “L’Élé­phant”,

la re­vue de culture gé­né­rale.

Je n’ai au­cun mal à trou­ver des hommes de pas­sage. Mais à plus de 30 ans, je n’ai ja­mais eu d’his­toire longue. Dois-je m’in­quié­ter ?

Dif­fi­cile de ré­pondre à cette ques­tion sans dis­po­ser d’élé­ments de votre his­toire per­son­nelle. Avez-vous été ac­ca­pa­rée par les dé­buts de votre vie pro­fes­sion­nelle ? Avez-vous souf­fert d’une his­toire d’amour sans re­tour ? Les hommes qui vous plaisent sont-ils éga­le­ment ceux qui vous conviennent ? Dites-vous que toutes vos re­la­tions doivent vous ai­der dans cette ré­flexion car elles vous ont ap­pris des choses sur vous-même. Ceux qui vous ont quit­tée vous ont sans doute ex­pli­qué pour­quoi, vous lais­sant ain­si des clés pour mieux vous connaître. Par ailleurs, l’in­quié­tude que vous nour­ris­sez à ce su­jet joue sans doute en votre dé­fa­veur. Peut-être exer­cez-vous une pres­sion trop forte sur l’autre dès les dé­buts d’une re­la­tion ? Le pa­ral­lèle avec la construc­tion d’une ami­tié est in­té­res­sant : une connais­sance ne de­vient pas tout de suite votre meilleur ami. Seuls le temps et le sen­ti­ment que l’on passe des mo­ments heu­reux créent une com­pli­ci­té plus forte. L’en­trée dans l’amour aus­si est pro­gres­sive, car cha­cun met du temps à sa­voir jus­qu’où il peut al­ler, s’il est vrai­ment amou­reux… Exi­ger d’être ai­mée tout de suite ne vous per­met­tra pas de “gar­der” votre par­te­naire. Au contraire, ce­la pour­rait le faire fuir. Il est né­ces­saire de vivre la re­la­tion le plus se­rei­ne­ment pos­sible, et au jour le jour, sans mettre de pres­sion. Ce qu’il faut sti­mu­ler, c’est l’en­vie de se voir, de par­ta­ger en­semble des plai­sirs de na­ture dif­fé­rente (in­tel­lec­tuel, sexuel, etc…). C’est pa­ra­doxa­le­ment par cette lé­gè­re­té – à des an­nées lu­mière de l’in­sé­cu­ri­té – que vous conser­ve­rez votre par­te­naire. Patricia De­la­haie, psy­cho­so­cio­logue et au­teure de “Comment faire

oc­tobre. la bonne ren­contre” (éd. Le Livre de Poche). En li­brai­ries en

J’ai en­vie de me faire po­ser un stérilet pour échap­per aux hor­mones de la pi­lule, mais ma gy­né­co re­fuse car je n’ai pas d’en­fants. A-t-elle rai­son ?

Dans les an­nées 1970-1980, des études avaient mon­tré un risque d’infection gé­ni­tale aug­men­té chez les femmes por­teuses d’un stérilet. Elles ont de­puis été re­vues, fai­sant ap­pa­raître de nom­breux biais faus­sant les ré­sul­tats. Au­jourd’hui, les conclu­sions sont très claires : le stérilet n’aug­mente ni le risque d’infection ni ce­lui de sté­ri­li­té à terme. Lors­qu’un pro­blème d’in­fé­con­di­té sur­vient, il est lié aux in­fec­tions gé­ni­tales dé­jà en pré­sence, et par­ti­cu­liè­re­ment le chla­my­diae, qui peuvent bou­cher les trompes et rendre sté­rile. Si on soup­çonne une jeune femme d’avoir contrac­té cette ma­la­die sexuel­le­ment trans­mis­sible, il faut im­pé­ra­ti­ve­ment faire un pré­lè­ve­ment, et suivre un trai­te­ment avant la pose du stérilet. Puisque ce moyen de contra­cep­tion n’en­traîne pas de sté­ri­li­té, on le pro­pose au­jourd’hui aux femmes qui n’ont pas eu d’en­fants. Il existe un risque de re­jet de ce­lui-ci car leur uté­rus est souvent plus pe­tit. C’est pour­quoi on opte pour une ver­sion plus adap­tée ap­pe­lée le “short”. At­ten­tion : une hy­giène scru­pu­leuse est re­quise pour li­mi­ter le risque d’in­fec­tions.

Eli­sa­beth Au­be­ny, gy­né­co­logue et pré­si­dente

de l’As­so­cia­tion fran­çaise pour la contra­cep­tion.

Mon mec me tanne pour avoir un en­fant, mais il sort tous les soirs jus­qu’à 4 heures du mat’. Puis-je croire qu’il se­ra un père res­pon­sable ?

Être pa­rent im­plique une grande res­pon­sa­bi­li­té, un sens du par­tage et même du sa­cri­fice. Si votre com­pa­gnon vous “tanne”, il faut d’abord qu’il ar­rête de se com­por­ter comme un égoïste vis-à-vis de vous, qui avez l’air par­ti­cu­liè­re­ment conci­liante. Qu’il vous prouve, au quo­ti­dien, son at­ta­che­ment à une vie de fa­mille plus clas­sique, celle qu’il va ren­con­trer en de­ve­nant pa­pa. C’est la pre­mière et in­dis­pen­sable étape pour sa­voir si votre homme peut de­ve­nir un pa­pa res­pon­sable, ai­dant et ai­mant, et non ab­sent. En ré­su­mé, s’il ne change pas avant la gros­sesse, il y a peu de chance pour qu’il le fasse en­suite. En re­vanche, s’il ac­cepte d’évo­luer par amour pour vous et par en­vie d’avoir un en­fant, nom­breuses se­ront les oc­ca­sions de se pré­pa­rer à de­ve­nir pa­rent : pré­sence aux écho­gra­phies, aux pré­pa­ra­tions à l’ac­cou­che­ment...

Vincent Vi­dal, au­teur de “Nou­veau Pa­pa” (éd. Le­duc.s).

Je n’ai ja­mais eu d’or­gasme seule. Toutes mes copines, oui. Suis-je une in­com­pé­tente de la mas­tur­ba­tion ?

Il existe des tech­niques pour se don­ner du plai­sir et tout un ap­pren­tis­sage à ef­fec­tuer, no­tam­ment sur le plan ana­to­mique. Pre­miè­re­ment, vous de­vez re­pé­rer votre cli­to­ris. Ce­la pa­raît bête, mais beau­coup de jeunes femmes ne savent pas vrai­ment où il se trouve. En­suite, il vous fau­dra ap­prendre à ex­ploi­ter votre sen­si­bi­li­té : quelles ca­resses vous plaisent ? Comment les uti­li­sez­vous ? Avez-vous dé­jà eu un or­gasme ? Cli­to­ri­dien ou vaginal ? Quelle sen­sa­tion re­cher­chez-vous ? Vous de­vez re­cen­ser vos pré­fé­rences pour les convo­quer au mo­ment de vous mas­tur­ber. Les mou­ve­ments du bas­sin re­vêtent aus­si une grande im­por­tance dans la jouis­sance. En­suite, l’ima­gi­naire éro­tique, ce ci­né­ma in­té­rieur, est l’élé­ment ca­pi­tal de la mas­tur­ba­tion. Pour en jouir plei­ne­ment, il faut chas­ser toute pen­sée pa­ra­site. En clair, il faut être épa­nouie et psy­cho­lo­gi­que­ment dis­po­nible afin de pou­voir se concen­trer sur le plai­sir, toute seule ou à deux.

An­dréa Sa­doun, sexo­thé­ra­peute à Pa­ris.

Mon mec est un tendre, mais moi, j’ai­me­rais des rap­ports sexuels plus mus­clés. Comment le lui faire com­prendre sans mettre à mal sa vi­ri­li­té ?

C’est une re­quête que j’en­tends fré­quem­ment en consul­ta­tion. Ce­la ren­voie à une époque où les rap­ports sexuels avaient par­fois plus à voir avec le viol qu’avec l’union. Nous avons heu­reu­se­ment dé­pas­sé ce stade dans nos contrées. À l’in­verse, les hommes consi­dèrent souvent que les femmes sont for­cé­ment des êtres dé­li­cats. Ain­si, la sen­si­bi­li­té que la femme met­tait au­tre­fois en avant pour se pro­té­ger des as­sauts d’hommes bru­taux consti­tue à pré­sent un rem­part ima­gi­naire et bien en­com­brant. Il faut que les hommes com­prennent que les femmes sont plus ro­bustes qu’ils ne se le fi­gurent. Vous de­vez en par­ler avec lui aus­si pru­dem­ment que pos­sible, car vous l’avez pres­sen­ti, il s’agit ni de le vexer ni de lui faire peur. Au mo­ment des ca­resses par exemple, avec toute la dou­ceur que ce­la im­plique, il doit sen­tir que vous ai­me­riez aus­si être ma­laxée et “prise”. Bien sûr, il peut être dur pour lui de com­prendre qu’un peu de fer­me­té et de raf­fi­ne­ment doivent co­exis­ter dans les rap­ports. Vous pour­riez com­men­cer par le fé­li­ci­ter pour ses qua­li­tés et évo­quer en­suite vos at­tentes : “Tu es un mer­veilleux amant, mais je ne suis pas en sucre… Tu peux me se­couer !” Vous pou­vez en par­ler du­rant l’acte pour le gui­der. N’hé­si­tez pas à at­tra­per sa tête pen­dant un cun­ni­lin­gus, ou à vous of­frir en le­vrette, ou à lui pro­po­ser des jeux de rôle. Vous de­vez créer un sur­saut pour que les choses changent afin de sor­tir de la frus­tra­tion.

Dr Gé­rard Le­leu, sexo­logue, au­teur des “Plus Belles Ca­resses

d’amour” (éd. Le­duc.s).

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.