UN AN APRÈS… MA PRE­MIÈRE RE­LA­TION HO­MO­SEXUELLE

Be - - TÉMOIGNAGE - — PRO­POS R ECUEILLIS PAR HONOR I NE CROSNIER

Chas­te­ment au dé­but, moins après. Je me res­sai­sis et lui dé­clare qu’il faut que je rentre. Alma com­prend tout de suite, elle me dit de ne pas m’in­quié­ter et qu’elle m’ap­pel­le­ra le len­de­main. En ar­ri­vant chez moi, j’ai honte, je n’ima­gine pas ra­con­ter ça à qui que ce soit, je ne veux pas être la “gouine” de la fa­mille et je me dis que plus ja­mais je ne la re­ver­rai. Mais, le len­de­main ma­tin, je n’ai qu’une en­vie : qu’Alma m’appelle. Ce qu’elle fait l’après-mi­di. Nous nous don­nons ren­dez-vous le soir même, dans un autre res­tau­rant. Quand je la vois as­sise en train de m’at­tendre, je la trouve en­core plus belle que la veille. Je m’ap­proche en trem­blant, sans sa­voir comment on va se dire bon­jour. Sem­blant de­vi­ner ma gêne, elle me ca­resse sim­ple­ment la main. Je lui ex­plique que je ne sais pas ce que je fais là, que je n’avais ja­mais fait ça avant, que je ne com­prends pas ce qui m’arrive. Elle ne ré­pond rien et ne fait que me sou­rire, comme si elle connais­sait dé­jà ce dis­cours, comme si on le lui avait dé­jà ser­vi mille fois. Elle me dit que je suis très jo­lie, qu’elle a pen­sé à moi toute la jour­née, que je n’ai au­cune rai­son d’avoir peur et, pour dé­tendre l’at­mo­sphère, qu’elle est contre le ma­riage et que je n’ai donc pas à m’in­quié­ter. Après le dî­ner, nous al­lons chez elle, un pe­tit appartement qui sent la pein­ture et l’ambre. Elle me montre sa gui­tare, des pho­tos aux murs, et elle pré­pare un thé. Nous nous em­bras­sons sur son ca­na­pé pen­dant des heures. Alma me désha­bille, je la désha­bille à mon tour. Cette fois, tout est très na­tu­rel pour moi. Comme si j’avais cou­ché avec plein de filles avant. Nous nous ca­res­sons, je porte ma bouche à ses seins et, moi qui n’avais ja­mais connu ça, je prends un plai­sir im­mense à dé­cou­vrir son corps. Avec le re­cul, je me de­mande comment tout ce­la a pu me sembler aus­si évident : des seins, des jambes douces, un sexe de femme… Nous fai­sons l’amour dans son sa­lon, je suis par­fois mal­adroite, alors Alma me guide un peu. Je suis nue contre elle et je jouis. Très fort. Nous re­com­men­çons plu­sieurs fois. J’ai en­vie de la dé­vo­rer et de tout goû­ter d’elle. Je ne res­sens au­cune gêne, je ne m’im­pose au­cune li­mite. Alma est douce et pas­sion­née. Elle me touche comme on ne m’a ja­mais tou­chée. Au pe­tit ma­tin, je me ré­veille ef­frayée et amou­reuse. Je ne veux pas la quit­ter et nous pas­sons la jour­née en­semble, à faire l’amour et à man­ger des glaces. Dé­jà le prin­temps, les arbres re­ver­dissent, les gens sont heu­reux, tout comme le couple que nous for­mons avec Alma. Notre re­la­tion s’ins­talle. Je vais la cher­cher à son pe­tit ca­fé le soir et nous mar­chons dans les rues de Lyon. Je ne lui tiens pas la main de­vant les gens, je n’y arrive pas. Je ne l’em­brasse pas non plus, évi­dem­ment. Alma com­prend, bien qu’elle s’agace par­fois. Nous nous ai­mons dans le noir et en de­hors du monde. Les mois passent. Je n’ai tou­jours pas pré­sen­té Alma à qui que ce soit et j’ai dé­ser­té les dî­ners de co­pains. Je mène une vie se­crète, à la li­mite de la schi­zo­phré­nie.

DOUTES ET CER­TI­TUDES

Alma et moi com­men­çons à nous dis­pu­ter. Elle est très pos­ses­sive et, bien que je lui consacre la plu­part de mon temps, elle ne se sent pas exis­ter au­près de moi. Mes ex­pli­ca­tions tournent en rond et l’agacent. Elle me traite de lâche, à rai­son, sans doute. Elle me dé­fie, je ré­siste. Elle en vient même à me me­na­cer. Je laisse les choses pour­rir dou­ce­ment. Je filtre ses ap­pels une fois sur deux. Un jour, pour lui faire plai­sir, je me fais ta­touer une pe­tite croix sur le poi­gnet avec un A des­sous. Elle fait la même chose avec un L. Nous sommes liées de la ma­nière la plus cli­ché qui soit, mais c’est tout ce que je peux lui don­ner comme preuve. Je re­com­mence à voir mes amis, ils m’avaient man­qué. Je ne leur dis tou­jours rien au su­jet d’Alma, je n’y arrive pas, je ne me sens pas les­bienne. Et pour cause : je n’ai au­cune at­ti­rance pour d’autres filles. À la fin de l’été, un soir, nous sor­tons toutes les deux sur une pé­niche. La mu­sique et l’al­cool ex­citent beau­coup Alma, qui tente plu­sieurs fois de me don­ner un bai­ser. Je lui op­pose un re­fus ca­té­go­rique, à la li­mite de la vio­lence. Lorsque nous par­tons, elle est ex­cé­dée et hu­mi­liée. Elle se met à m’in­sul­ter dans la rue, en pu­blic. J’ai honte et je la sup­plie de se cal­mer. Nous ren­trons mal­gré tout chez elle et fai­sons l’amour, pas­sion­né­ment. Je sais que c’est la der­nière fois. Alma pleure. Je me rha­bille et lui avoue que je n’y ar­ri­ve­rai pas. Je la laisse seule dans son lit et je fi­nis par lui an­non­cer que je la quitte, qu’elle vaut mieux que ça, que je n’ai rien d’autre à lui of­frir. Elle jette un cen­drier que j’évite avant de prendre la fuite. Je rentre chez moi avec la sa­tis­fac­tion du de­voir ac­com­pli et, quand j’y ré­flé­chis au­jourd’hui, je dois avouer que cette rup­ture a été un réel sou­la­ge­ment. Ce­lui de ne rien chan­ger à mes cer­ti­tudes, à ma vie : je res­te­rai la Louise que les gens connaissent, avec ce pe­tit se­cret en moi. Je n’ai ja­mais re­vu Alma de­puis ce soir-là et je n’ai eu au­cune nou­velle d’elle non plus, pas même de loin. Je suis pas­sée plu­sieurs fois dans son quar­tier avec l’es­poir ab­surde de la croi­ser. Je de­vrais être pas­sée à autre chose, et pour­tant, je pense tous les jours à elle.

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