LA FEMME, L’AVE­NIR DE LA PRESSE?

DANS UN CONTEXTE DE CRISE DE LA PRESSE, LES RÉDACTRICES S’OR­GA­NISENT, LANCENT LEURS PRO­JETS ET FONT BOU­GER LES LIGNES.

Be - - TOUT DE SUITE - — ANNE- LAUREPINEAU

Le 3 mars, dans les pages de “Li­bé­ra­tion”, un col­lec­tif de femmes jour­na­listes, réunies sous le mot d’ordre “Pre­nons la Une”, dé­non­çait le trai­te­ment des femmes dans les pages des jour­naux comme dans les salles de ré­dac­tion. Car, en pleine crise de la presse, l’ex­pres­sion “pla­fond de verre” n’a ja­mais mieux por­té son nom : 82 % des in­ter­viewés sont des hommes et les jour­naux sont di­ri­gés à 70 % par la gent mas­cu­line. Quant aux en­tre­pre­neurs de la nou­velle presse, du foot (“So Foot”) au fé­mi­nisme (“Cau­sette”), ils res­tent ma­jo­ri­tai­re­ment mâles. En­fin, jus­qu’à pré­sent. Parce qu’elles sont de plus en plus nom­breuses à ras­sem­bler des ca­pi­taux (même si les banques re­chignent en­core à prê­ter aux femmes) et à créer des jour­naux qui leur cor­res­pondent. Leurs jeunes mé­dias poussent sur In­ter­net (Les Nou­velles News, Brain), dans les kiosques (“Pau­lette”, “Doo­lit­tle”) ou en li­brai­ries (“Chic Fille”, “Ci­trus”). Chaque fois, ça dé­coiffe : au­dace des chartes gra­phiques, dé­pla­ce­ment des lignes édi­to­riales, ori­gi­na­li­té des for­mats... Elles n’ont pas peur d’oser. Elles créent même des “niches” : en sep­tembre pa­raî­tra ain­si le pre­mier nu­mé­ro de “Well Well Well” 1, ma­ga­zine ori­gi­nal des­ti­né à un pu­blic les­bien, une cible ab­sente des kiosques car bou­dée par les an­non­ceurs. Pour sa créa­trice Ma­rie Kir­schen, fraî­che­ment li­cen­ciée par “Têtu”, la ren­ta­bi­li­té n’est pas le but. Avec une poi­gnée de consoeurs, elle a fon­cé la tête la pre­mière dans l’aven­ture de sa vie : “Un lec­to­rat nous at­tend : nous avons re­cueilli plus de 17 000 eu­ros sur les sites de crowd­fun­ding.”

TOUTES EN­SEMBLE

Avec cou­rage ou dé­ter­mi­na­tion, “créer un mé­dia de zé­ro, avec son iden­ti­té vi­suelle et édi­to­riale, reste ex­tra­or­di­naire”, nous confie Faus­tine Ko­pie­jws­ki. En oc­tobre der­nier, avec deux an­ciennes col­lègues de “Be”, elle a fon­dé Cheek2, un pure player fé­mi­nin et pop. “On nous di­sait que c’était dingue de se lan­cer, se sou­vien­telle, mais on sa­vait que ça mar­che­rait.” Ra­chèle Be­vi­lac­qua ne la contre­di­rait pas. En avril, cette rédactrice che­vron­née a lan­cé sa re­vue, “Portrait” 3, com­po­sée d’au­da­cieuses ren­contres. Cette adepte du jour­na­lisme à l’amé­ri­caine le re­con­naît : “Je n’avais pas d’autre choix que de me lan­cer, je vou­lais prendre du plai­sir, tra­vailler avec des gens que je choi­si­rais. Et je ne suis pas la seule : tous ces titres in­dé­pen­dants qui pa­raissent, c’est la gloire de la créa­ti­vi­té et de la pen­sée sin­gu­lière.” À l’heure où les ré­dac­tions tra­di­tion­nelles se sé­parent de leurs plumes, il y a fort à pa­rier que les femmes se­ront nom­breuses à faire bou­ger les lignes.

1. “Well Well Well” n° 1, avec une nou­velle in­édite de Vir­gi­nie Des­pentes, un portrait de Cé­line Sciam­ma et un grand dos­sier sur le ma­riage pour tous (sor­tie en sep­tembre, 128 p., 15 €.) 2. Cheek­ma­ga­zine.fr 3. “Portrait” n° 1, avec une nou­velle in­édite de Claude Pon­ti, un portrait de Ro­khaya Dial­lo et une co­lo­nie de va­cances sans garde-fous (168 p., 18 €).

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